TRANSITION. Face aux épisodes de fortes chaleurs qui se multiplient et à l'urbanisation galopante, les collectivités territoriales recourent à de nouveaux outils pour aménager au mieux les villes. Le Cerema propose un accompagnement spécifique aux acteurs publics, et des expérimentations portent déjà leurs fruits.

Avec l'épisode de canicule qu'elle a connu à la fin du mois de juin 2019, la France se prépare de plus en plus à supporter ces épisodes de fortes chaleurs qui tendent à se multiplier avec le réchauffement climatique. En parallèle, l'urbanisation, qui engendre une extension progressive des villes et de leurs périphéries, contribue à accroître les phénomènes d'îlots de chaleur et impacte tant les bâtiments que les infrastructures de transports. La puissance publique se retrouve par conséquent en première ligne pour développer de nouvelles stratégies : au-delà des décisions étatiques, les collectivités territoriales - départements, régions et surtout communes - ont aussi un rôle à jouer. Mais il n'est pas toujours évident pour ces acteurs institutionnels de savoir quoi faire et comment le faire, et c'est pour répondre à ces enjeux que le Cerema - Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement - propose un accompagnement spécifique.

 

Les Schémas de cohérence territoriale (Scot) et les Plans locaux d'urbanisme (PLU), des outils réglementaires déjà efficaces

 

"Les collectivités territoriales ne possèdent pas forcément en interne les compétences nécessaires en termes d'expertise et d'ingénierie, d'autant plus que si un important corpus de connaissances et d'outils commence à se constituer, son appropriation opérationnelle, transversale et généralisée est encore en devenir", constate le Cerema. Malgré cela, il existe déjà des outils permettant de prendre en compte les problématique d'îlots de chaleur urbains, à l'instar des Schémas de cohérence territoriale (Scot) et des Plans locaux d'urbanisme (PLU), qu'ils soient communaux ou intercommunaux (PLUI). Ces derniers comportent notamment des leviers réglementaires assurant aux communes de jouer sur l'aménagement, la préservation des ressources, la mobilité, les bâtiments et l'énergie. Les îlots de fraîcheur peuvent par la suite être privilégiés, en augmentant le nombre d'espaces verts, la présence d'eau ou encore les aménagements en faveur des modes de transports "doux".

 

Par ailleurs, le Cerema participe au projet Diaclimap, pour "Diagnostic climatique des quartiers urbains pour une méthodologie d'assistance à la planification" ; un outil subventionné par l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et qui consiste à réaliser des mesures micro-météorologiques, en complément d'images satellite et de données géographiques diverses pour, in fine, cartographier l'aire urbaine en zones climatiques locales. Les villes de Bordeaux, Nancy, Nice, Lille et Mantes-la-Jolie (Yvelines) ont notamment effectué ce diagnostic. Un autre exemple est celui de Clim'Urba, un outil collaboratif qui propose une approche multi-cibles - tout public, évaluateur et décideur - pour adapter de manière la plus flexible possible les leviers d'action aux besoins de l'utilisateur, avec comme objectif que les Scot et PLUI prennent en compte les enjeux climat-air-énergie.

 

Le Cerema a également développé l'application en ligne GES Urba, qui consiste à évaluer l'impact de scénarios d'aménagement sur la consommation énergétique et les émissions de gaz à effet de serre (GES) d'un territoire et ce, à différentes échelles - Scot, PLU et PLUI. De même, la rénovation des réseaux de chaleur représente une autre piste à ne pas négliger : l'association Amorce, qui regroupe les acteurs locaux de la gestion de l'énergie et des déchets, a publié un rapport d'enquête sur ce sujet ; le Cerema propose en complément une fiche pour épauler les collectivités dans ces travaux de modernisation. Une action qui s'inscrit plus largement dans l'activité du centre d'études, qui organise de nombreux ateliers, conférences et autres séminaires en régions, dans l'optique de sensibiliser les acteurs territoriaux et d'ancrer les bonnes pratiques à l'échelon local.

 


 


"La place de la nature en ville est primordiale"

 

Tous les outils précédemment cités permettent d'établir un diagnostic et d'orienter les pouvoirs publics vers des solutions. "Face à la problématique des îlots de chaleur, les collectivités disposent de solutions 'vertes', liées à la nature et au végétal, de solutions 'bleues' liées à la présence de l'eau, ou encore de solutions dites 'grises' liées aux matériaux urbains", soulignent les équipes du Cerema. "La place de la nature en ville est primordiale. Elle doit être intégrée dès la conception des projets d'aménagement." A cette fin, l'organisation assure la direction scientifique du projet européen de recherche Nature 4 Cities qui ambitionne, via une plateforme web collaborative, de redonner à la nature sa juste place dans le tissu urbain.

 

De plus, le centre d'études sera partenaire d'un autre projet, baptisé CoolParks - pour "Cooling optimisation by parks and urban morphology", ou "Optimisation du rafraîchissement par les parcs et la morphologie urbaine" -, un outil d'aide à la décision pour concevoir des parcs urbains et leur environnement bâti afin de faciliter les îlots de fraîcheur. En collaboration avec la ville et la métropole de Metz, le Cerema planche sur un autre outil, le Sésame (Services écosystémiques rendus par les arbres, modulés selon l'essence), pour aider les collectivités à sélectionner les espèces d'arbres et d'arbustes à planter de préférence en ville, en fonction de leurs caractéristiques biologiques mais aussi des "services écosystémiques" que l'on attend. L'expertise se retrouve en outre dans un ouvrage consacré aux jardins de pluie, édité en partenariat avec l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse : le document se focalise sur les aménagements favorisant l'eau et le végétal, avec l'enjeu majeur qu'est la gestion des eaux pluviales.

 


Les travaux du Cerema sur le secteur du bâtiment

 

Le centre d'études est évidemment aussi amené à réfléchir aux évolutions du secteur du bâtiment. Dans ce domaine, les spécialistes dressent une liste de recommandations : "Pour obtenir un haut niveau de confort d'été, il faut à la fois une bonne isolation du bâtiment et une maîtrise du rayonnement solaire et des apports internes : baisser les stores, fermer les volets, gérer les appareils qui émettent de la chaleur. Mais cela ne suffit pas si l'accumulation de chaleur pendant la journée n'est pas évacuée la nuit par une bonne ventilation. Des systèmes doux de rafraîchissement peuvent compléter ces éléments fondamentaux du confort en climat tempéré : puits thermique faisant circuler l'air sous le sol qui est plus frais, brasseurs d'air, brumisateurs pour les espaces ouverts, etc..."

 

Le Cerema alerte par ailleurs sur le phénomène de retrait-gonflement des argiles sur les chaussées, qui engendre des déplacements volumiques des sols, ce qui affecte en bout de chaîne les fondations des ouvrages et des infrastructures situées en surface, des bâtiments aux routes.

 


Des publications disponibles sur de nombreux sujets et des évènements régulièrement organisés

 

On l'aura compris, le champ des possibles est donc vaste dans ce domaine, d'autant que les enjeux écologiques peuvent se concilier avec les impératifs économiques, comme l'illustre le cas de l'agriculture urbaine : "Jardins collectifs, micro-fermes urbaines, fermes urbaines spécialisées, fermes périurbaines maraîchères... l'agriculture urbaine remplit plusieurs fonctions : alimentaire, sociale, environnementale, et enfin économique", souligne le Cerema. D'autres zones du territoire national sont davantage exposées aux effets du réchauffement climatique : les littoraux subissent ainsi des risques accrus d'érosion et de submersion, d'où une application Android développée par l'organisation et baptisée Rivages. Celle-ci permet au grand public d'étoffer la base de données de relevés du trait de côte, en offrant la possibilité à tout un chacun de réaliser ses propres relevés de la limite entre mer et terre, via l'enregistrement de la position GPS du smartphone. Globalement, l'Etat, la région Bretagne et le centre d'études souhaitent amorcer, sur des territoires volontaires, des expérimentations afin de dégager des solutions concrètes pour garantir la résilience des littoraux.

 

Enfin, les collectivités intéressées par ces problématiques peuvent s'orienter vers les diverses publications du Cerema, avec, entre autres, un guide intitulé "Adapter la mobilité d'un territoire au changement climatique", portant sur la nécessaire harmonisation des politiques locales entre les différents acteurs publics ; l'ouvrage délimite neuf effets du changement climatique (comme la dégradation des infrastructures ou la modification des flux touristiques) et propose sept leviers d'action. Deux autres guides, intitulés "Infrastructures routières : s'adapter au changement climatique, une nécessité !" et "Changement climatique : les réseaux de transport aussi sont vulnérables !", s'attardent pour leur part sur l'analyse des risques et la stratégie de gestion des réseaux de transports. A noter : le Grand port maritime de Bordeaux a eu recours à la méthodologie du Cerema pour analyser les risques auxquels ses infrastructures étaient potentiellement exposées, pour ensuite pouvoir les adapter au mieux.

 

Dernier axe de travail : la préparation du Centre de ressources pour l'adaptation des territoires au changement climatique, ou Cracc. Le Cerema porte ce projet en partenariat avec l'Observatoire national des effets du réchauffement climatique (Onerc), l'Ademe, Météo France et d'autres organismes et opérateurs étatiques, sans oublier les collectivités territoriales. Avec un lancement prévu en novembre 2019, le Cracc se fixe pour objectif de partager les expériences et les bonnes pratiques, en recensant les acteurs concernés dans les secteurs économique, financier, institutionnel mais aussi agricole. De la documentation sera en outre mise à disposition sur de nombreux sujets, de l'aménagement urbain aux infrastructures de transports en passant par les bâtiments, les sols, les questions de santé et de tourisme. Du 18 au 28 novembre prochain se tiendra aussi le premier Sommet virtuel du climat, organisé par l'Association des professionnels en conseil climat, énergie et environnement (APCC) : l'évènement se composera d'une trentaine de conférences web s'adressant aux collectivités, aux entreprises et aux acteurs de la finance.

 

Pour ceux qui peuvent et qui veulent s'en saisir, les outils ne manquent donc pas.

 


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