Le CSTB a développé un outil numérique capable d'améliorer l'acoustique naturelle des salles de spectacle et de l'adapter à tous les types de musique. Le système a déjà été installé dans plusieurs enceintes internationales, et se décline aujourd'hui en solution pour les salles de moins de 700 places. Découverte.

Opéra, chorale, musique de chambre… Tous les styles musicaux acoustiques (non amplifiés) ont besoin de salles adaptées à leur représentation. Cependant, les villes n'ont pas les moyens d'entretenir des bâtiments et des salles de spectacles dédiées à chaque expression artistique, la mode étant au contraire aux enceintes polyvalentes. Le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) a travaillé à l'élaboration d'un système actif, ajustant en temps réel les caractéristiques d'une salle afin d'en modifier la réverbération naturelle. Les spécialistes du CSTB nous expliquent : "Le son est capté par des micros disséminés dans la salle, retraité par une régie et réinjecté par des hauts parleurs. Le but est de recréer une salle virtuelle aux surfaces recalculées". Il est ainsi possible d'ajouter de la réverbération afin de donner de l'ampleur à une salle de théâtre, dont l'acoustique sèche est d'ordinaire peu adaptée à la musique philharmonique. Le CSTB promet que "musiciens et spectateurs soient immergés dans un espace acoustique offrant les meilleures émotions musicales".

 

Techniquement, la solution nommée "Carmen" (et "Carmencita" pour les plus petites salles) repose sur l'intégration de cellules dans les murs et plafonds de la salle de concert. Chacune d'entre elle est composée d'un microphone et d'un haut-parleur. Ensemble, elles captent et restituent les sons, comme s'ils étaient parfaitement réfléchis par une surface acoustique idéale. Le secret ? Le signal sonore est traité numériquement puis diffusé localement. "Ainsi, on modifie virtuellement les caractéristiques acoustiques des parois (…) tout en préservant la cohérence spatio-temporelle du champ sonore", relate le CSTB. "A l'image de ce qu'il se passe naturellement dans une salle de spectacle où le son se construit par un jeu de réflexions successives sur les parois, le son se construit par des réflexions successives sur les cellules Carmen. C'est la présence de multiples cellules qui interagissent entre elles qui enrichit le champ", poursuit-il.

 

Tout est piloté au doigt et à… l'oreille

 

Carmen
Carmen © CSTB

 

D'un spectacle à l'autre, les temps de réverbération sont donc finement modifiables, entre 1 et 1,6 seconde pour un opéra et 1,8 à 2,5 secondes pour la musique symphonique, par exemple. Des variations "nécessaires à la qualité et au confort acoustiques", selon la rythmique des morceaux, qui sont paramétrables et programmables par un ingénieur du son depuis une interface simplifiée sur tablette. Il pourra également agir sur la distribution spatiale du niveau sonore (pour créer des effets tridimensionnels) ou sur la clarté du signal. Les experts du CSTB nous confient : "Il est possible de masquer les défauts et d'améliorer les caractéristiques d'une salle". Le système peut également servir à la diffusion seule, pour renforcer les voix d'une pièce de théâtre ou pour émettre une musique enregistrée.

 

Le système a déjà été adopté par plusieurs auditoriums à travers l'Europe, dont le théâtre des Quinconces au Mans (825 places), la salle des Princes au Grimaldi Forum de Monaco (1.900 places) ou le Royal Theatre de Norwich (1.280 places). Dans tous les cas, le temps de réverbération naturel, compris entre 1 et 1,2 secondes, a été doublé et porté à plus de 2 secondes, grâce à l'implantation d'une trentaine de cellules et renforts de voix en avant-scène. Barry Wordsworth, le chef d'orchestre du Brighton Philharmonic Orchestra, raconte : "L'installation du système Carmen a complètement changé la vie musicale du Brighton Dome, mais aussi celle de la ville de Brighton tout entière (…) Pour le plus grand bonheur des musiciens et des spectateurs, faire de la musique ici est maintenant un réel plaisir. Dans la salle, qui était auparavant un lieu musical frustrant, nous avons maintenant une acoustique vivante, chaude et très enthousiasmante, valorisant toute la largeur du spectre de l'orchestre". De quoi remplir à nouveau les salles de concert, même les plus modestes, grâce à une qualité acoustique des lieux irréprochable.

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