La mixité bois-béton n'étonne plus dans la construction de logements, mais elle fait aujourd'hui son apparition dans l'édification d'ouvrages de franchissement. La société Arbonis (filiale de Vinci Construction) vient de livrer un pont en lamellé-collé pré-équipé de ferrures et connecteurs, à la commune de Lure (Haute-Saône), le deuxième en France.

C'est le deuxième ouvrage d'art en "mixité bois-béton connecté" de France. Livré à la commune de Lure (Haute-Saône), le pont de Lure présente donc la particularité d'être composé de poutres en bois lamellé-collé déjà équipées de ferrures et connecteurs en usine. Une technique qui a déjà été utilisée pour le pont routier de Lantosque (Alpes-Maritimes), inauguré au tout début de l'année.

 

C'est l'entreprise Arbonis (ex-Fargeot, groupe Vinci), spécialisée dans la production d'éléments lamellés collés de grandes dimensions - comme pour le stade Allianz Riviera de Nice ou la future construction d'immeubles bois de grande hauteur à Marne-la-Vallée - qui a conçu l'ouvrage. Techniquement, le composant de base est une pièce de Douglas de 20 cm d'épaisseur, dont six exemplaires de 1,20 mètre de large sont "empilés" sur 1 mètre de hauteur, selon la technique du recollage en blocs. Les demi-poutres font 31,5 mètres de long et pèsent 10,5 tonnes, avant d'être assemblées en poutres finies de 24 tonnes (avec les éléments métalliques).

 

"Connecté" car doté de systèmes de fixation

 

Pont de bois Lure
Pont de bois Lure © Arbonis

Le système de connexion, posé en atelier, permettra de solidariser les dalles de béton. L'extrados des nervures est donc équipé de connecteurs type goujons Nelson soudés sur plats métalliques vissés dans le bois, au moyen de 22.000 vis. Du côté opposé, l'intrados, est équipé au droit des appuis d'un renfort métallique fretté de vis, destiné à reposer sur les trois appuis prévus par le lot génie civil. L'ouvrage, de 12 mètres de large, doit ainsi dégager un gabarit de 5,50 mètres au-dessus de la RN19 et permettre de rétablir le chemin forestier des Franches Communes et constituer un axe de passage pour la grande faune. Une fois en place sur ses appuis, le pont sera recouvert d'une dalle de béton coulée. Une différence notable par rapport au pont de Lantosque, qui fait appel à des dalles préfabriquées. Ce dernier est suivi par le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement), qui observe avec intérêt cette technologie pionnière.

 

Outre quelques passerelles, le bois n'est que rarement employé dans la construction d'ouvrages de franchissement d'importance. Citons le pont de Crest (Drôme) ou celui de Merle (Corrèze), qui datent du tout début des années 2000 et qui sont également l'œuvre d'Arbonis. En 2010, l'entreprise avait aussi participé à la reconstruction du pont d'Ilonse (Alpes-Maritimes) avec une structure mixte béton/bois/métal où la structure porteuse est constituée de poutres de bois lamellé-collé avec sous-tension métallique. Des expériences encore peu nombreuses face à toutes les constructions de ce type en Suisse ou au Canada. Mais elles sont sûrement appelées à se multiplier, compte tenu des exigences environnementales (le bois est un réservoir de carbone) et de la rapidité de construction sur site.

 

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