La filière biomasse, qui devrait jouer un rôle primordial dans la transition énergétique, est toutefois confrontée à différents facteurs de tension. Les acteurs devront, pour tirer leur épingle du jeu, diversifier leurs sources de financement et s'assurer d'un approvisionnement régulier, révèle la dernière étude Xerfi-Precepta. Détails.

Troisième source d'énergie verte, la biomasse - ou valorisation énergétique à partir du bois, des déchets et de gaz émis par la fermentation de déchets (biogaz) - jouera un rôle majeur dans la transition énergétique. En effet, elle totalise à elle seule près de la moitié des efforts à fournir pour atteindre l'objectif de 23% de la consommation d'EnR d'ici à 2020.

 

Malgré ses atouts indéniables - réduction des émissions de CO2, développement d'emplois locaux non délocalisables, les perspectives de croissance restent contrastées selon les filières, souligne l'étude Xerfi-Precepta*. Car les incitations fiscales et réglementaires tendent aujourd'hui à ne favoriser que la biomasse solide et la méthanisation, via le fonds chaleur, le système du tarif d'achat garanti ou les divers appels d'offres.

Adopter des stratégies communes

Cependant, les acteurs sont désormais confrontés à plusieurs facteurs de tension, note l'étude. Ceux de la biomasse électrique ont ainsi du souci à se faire, le système de tarifs d'achat garanti de l'électricité verte afin de favoriser l'équilibre du réseau étant remis en cause par le législateur. De plus, la faiblesse actuelle du signal-prix des énergies et du carbone ne favorise pas le lancement de nouveaux projets, insiste Xerfi. Sans compter l'attentisme des banques, les problèmes d'acceptabilité des populations installées près des centrales à biomasse, des méthaniseurs ou des incinérateurs, ou encore le déséquilibre entre l'offre trop faible de biocombustibles et une demande en plein essor…

 

Quelles solutions dès lors pour la filière ? Avoir des stratégies communes, détaille Xerfi, comme l'ont démontré Dalkia et Cofely en développant de nouvelles capacités sur le territoire français. La diversification du mix énergétique ou des modes de traitement des déchets est également une piste à suivre par les énergéticiens et les professionnels des déchets. Enfin, l'innovation reste le nerf de la guerre, concède Xerfi, notamment en termes d'amélioration des équipements et des projets : la numérisation et les nouvelles technologies doivent impérativement entrer dans les process de fabrication.

Besoin d'une filière moderne et structurée

Mais ces stratégies communes ne pourront se mettre en place que si les sources de financement sont diversifiées et si l'approvisionnement est récurrent.

 

La question du financement est en effet au cœur de l'écosystème des projets liés à la biomasse. Elle est même devenue essentielle, affirme Xerfi. A ce titre, les initiatives se multiplient, notamment dans le secteur du capital-risque, avec le lancement de nouveaux fonds. De plus, l'appel aux marchés financiers, l'intervention de Bpifrance et de la Caisse des Dépôts ou encore le financement participatif sont des sources à exploiter, complète l'étude.

 

En outre, pour lever les contraintes d'approvisionnement, la solution viendrait de la mobilisation de la ressource en bois ou en déchets. Et cela passe par la modernisation et la structuration de la filière bois en amont, la mobilisation de nouvelles ressources forestières et la création de centrales de taille limitée. Là encore, l'innovation devra jouer un grand rôle, en matière de techniques de valorisation (gazéification, torréfaction, micro-méthanisation…).

 

Enfin, sans volonté du gouvernement, cela ne pourra se faire, conclut l'étude Xerfi.

 


*Etude Xerfi-Precepta "Les marchés de la biomasse - Stratégies de croissance et défis pour les acteurs français".

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