MATERIAU. Le syndicat national du béton prêt à l'emploi (SNBPE) prépare ses membres à répondre à la future réglementation environnementale, en participant plus activement à l'expérimentation E+C-. Il entend mettre en avant certaines caractéristiques du matériau en termes de performances. Explications avec Jean-Marc Golberg, président du syndicat et Azziz Ouattou, de la commission du Développement.

L'expérimentation E+C- introduit une grande évolution par rapport à la RT2012, celle d'un critère carbone. Une nouveauté dans le paysage de la construction qui pourrait bousculer les habitudes des prescripteurs et des entreprises et qui aurait pu inquiéter les acteurs du béton, dont les émissions de CO2 sont souvent considérées comme importantes. Jean-Marc Golberg, le président du Syndicat national du béton prêt à l'emploi (SNBPE), dévoile la stratégie de la filière pour y faire face : "Nous devons être acteurs et nous préparer à cette évaluation de l'empreinte carbone. Il nous faut fournir et alimenter les fiches de déclarations environnementales et sanitaires (FDES) et mobiliser la profession dans le cadre de l'Observatoire E+C-".

 

Appel à la participation de tous les acteurs du béton

 

Azziz Ouattou, le président de la commission Développement au sein du SNBPE, renchérit : "On doit être à la pointe et suffisamment représentés dans la future réglementation". Pour le syndicat, pour être représentatif, l'Observatoire devra comporter un nombre important de bâtiments, au-delà de la centaine inscrits aujourd'hui, et atteindre une taille critique afin d'illustrer toutes les solutions constructives utilisées en France et d'être le plus exhaustif possible. "Il n'y a pas que les bâtiments exceptionnels qui doivent être représentés, mais également les bâtiments génériques", insiste Jean-Marc Golberg qui engage ses adhérents et plus largement les maîtres d'ouvrage à enrichir la base de données E+C- via le programme régional Obec. L'enjeu, pour la filière béton, sera d'alimenter largement cette phase d'expérimentation avant que ne soient définis les seuils d'exigence qui constitueront le socle de la future réglementation environnementale 2020. Ceci pour que ces niveaux de carbone "soient fixés de façon réaliste et crédible, basés sur des données inattaquables pour donner une crédibilité totale", martèle le président du syndicat.

 

Le béton, qui craint d'être maltraité par rapport à ce seul critère d'émission de gaz à effet de serre, souhaite que ce point de vue change. Le président de la commission Développement reprend : "Tous les matériaux vont être pesés, mesurés, et le critère carbone ne sera pas le seul à être pertinent. Pour être représentatifs, il faudra porter d'autres critères, comme l'économie circulaire par exemple". La filière met alors en avant les capacités de recyclage du béton dans le béton, notamment via l'utilisation de granulats issus de déconstructions. "La valeur CO2 du bâtiment est aussi liée à la quantité, la qualité, l'usage et la localisation du matériau", ajoute Jean-Marc Golberg qui porte la notion de placer "le bon béton, au bon endroit". Pour les spécialistes du syndicat, l'impact de la formulation sera important, et une grande précision devra être apportée dès la phase de conception aux classes d'exposition du matériau, en fonction de l'humidité ou de la nature du sol notamment. Car il est courant que les constructeurs n'optimisent pas cette étape et surévaluent les besoins, contraintes ou nécessités, en utilisant des bétons d'un standard trop élevé. Le SNBPE note que de nombreux facteurs influent sur le bilan carbone, comme la provenance et la nature différentes des ciments, l'impact de la saison et des températures lors de la mise en œuvre ou encore la qualité du parement, si crucial pour les architectes mais non prise en compte dans l'expérimentation.

 

Le gros-œuvre n'est pas grand-chose par rapport à toute la durée de vie du bâtiment

 

La filière du béton prêt à l'emploi signale aussi d'autres options techniques ont un poids important en termes de CO2 : "Le choix de l'énergie est très discriminant sur l'impact carbone. Entre la chaudière bois, les réseaux de chaleur, l'électricité ou le gaz naturel, il est différent et varie de 30 à 60 % de l'empreinte totale là où le gros-œuvre représente entre 20 et 30 % seulement", précise Azziz Ouattou. Sur toute la durée de vie des bâtiments, fixée arbitrairement à 50 ans, c'est en effet la consommation énergétique qui représentera le premier poste d'émission de gaz carbonique. Et plus cette durée de vie sera longue, plus les consommations seront proportionnellement importantes par rapport au coût fixe de la construction en elle-même. Or, la filière béton insiste sur la pérennité de son matériau et sur le possible réemploi des bâtiments qui en sont composés. Le président de la commission Développement du SNBPE soulève la question de la 2e voire de la 3e vie des ouvrages, par réutilisation des constructions. Et le syndicat fait également valoir que le béton présente de bonnes caractéristiques d'inertie thermique, qui permettent d'optimiser le dimensionnement des structures et de mettre en œuvre des épaisseurs moindres.

 

Comme le résume Jean-Marc Golberg : "Il n'existe pas de système constructif idéal et le choix final résulte d'un arbitrage entre différentes composantes : les performances techniques, environnementales, le bilan économique, les contraintes ou la disponibilité locale". Mais, à la tête du SNBPE, il entend bien mettre en avant les qualités du béton : "Il a toute sa place. L'expérimentation est une vraie opportunité pour le béton prêt à l'emploi et cela va changer le travail de la profession. Pour rechercher l'efficacité, il faut être participants au processus de conception des bâtiments". Afin de soutenir cette volonté, le syndicat proposera une formation E+C- à tous ses adhérents afin de leur expliquer les enjeux de cette expérimentation et de la future réglementation. Environ 1.500 personnes seraient intéressées en France pour participer à l'une des 100 à 150 sessions de formation assurée par le Ceficem (Unicem) jusqu'à la fin de l'année. Le syndicat annonce également qu'un concours de bâtiments E+C- en béton sera organisé cette année, afin de récompenser les projets les plus emblématiques ; des immeubles exceptionnels qui devront être reproductibles avec des moyens industriels.

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