RÉNOVATION. A Vicq, petite commune des Yvelines, la commune entreprend depuis un an la rénovation de son musée d'art naïf, dans l'espoir de le rouvrir au public malgré un certain désamour de la discipline en France.

Le froid matinal picote, mais Stéphane Le Tirant, chef de chantier, assure "qu'il y a quand même pire comme cadre de travail", tout en pénétrant dans le musée d'art naïf qui révèle ses trésors. L'intérieur de la bâtisse n'a pas bougé d'un iota, si ce n'est l'épaisse couche de poussière qui s'agglomère au-dessus d'un piano ou de chaises empilées.

 

Quand, en 1997, la propriétaire des lieux Françoise Adnet lègue à la commune de Vick sa demeure et musée, "elle donne vraiment tout", synthétise Heraldo Villegas, adjoint au maire, l'œil vers un cliché de mariage en noir et blanc qui orne le mur d'une cuisine devenue salle de pause.

 

L'homme aux côtés de François Adnet n'est autre que Max Fourny, son époux et premier propriétaire du musée de Vicq. Dans un ancien corps de ferme, le fondateur de la revue Art et Industrie - qui a vaguement connu la gloire dans la course automobile - installe sa collection d'art naïf, jusqu'à lui consacrer un musée, ouvert en 1973.

 

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Dans le musée d'art naïf, presque tout a été conservé. © LT pour Batiactu

 


Musée condamné à la fermeture

 

Pour la petite commune de 380 âmes au budget modeste, le cadeau "ne pouvait être accepté qu'à condition qu'il n'en coûte pas un sou à la mairie", rappelle Bernard Jacques, édile de Vicq et exploitant agricole à la retraite. Par le biais d'un bail emphytéotique, le musée privé est alors géré par des associations, qui font tour à tour faillite, condamnant le musée à la fermeture.

 

Le temps et la fièvre normative ayant fait leur œuvre, l'option d'une réouverture du musée est alors indissociable d'une opération de réhabilitation de l'édifice du XVIIIe siècle, et de travaux de mise aux normes et d'isolation.

 

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3 personnes sont mobilisées sur le chantier de couverture de la toiture. © LT pour Batiactu

 

Désormais propriétaire du musée, la commune a décidé de débuter le chantier par la toiture, "élément le plus endommagé de la bâtisse", défend Bernard Jacques. Les travaux de couverture mobilisent trois personnes, chapeautés par Stéphane Le Tirant, gérant de LCC Couverture-zinguerie. L'ensemble du chantier de rénovation est quant à lui piloté par les architectes Pascal Bas et Grégory Vallot, en coopération avec un architecte des bâtiments de France.

 

Commune protégée

 

Car l'ensemble de la commune est protégé. De l'Eglise Saint-Martin de 1112 classée monument historique, à la présence d'un cimetière mérovingien, "dès que vous creusez quelque part, vous tombez sur un squelette", ironise Heraldo Villegas, béret vissé sur la tête.

 

Pour l'heure, les seules pépites à déceler sont les 900 œuvres d'art naïf autrefois exposées et désormais stockées dans une pièce calfeutrée qui les protège des méfaits de l'humidité et de la pluie. Déclenchée par la commune "grâce à un contrat rural permettant d'obtenir 70% des subventions", le changement de toiture a débuté en septembre 2018 et le couvreur Stéphane Le Tirant a bon espoir qu'il prenne fin en février 2019.

 

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Stéphane Le Tirant, gérant de la société LCC Couverture-zinguerie et chef de chantier. © LT pour Batiactu

 

Pour ce dernier, le chantier a des airs de madeleine de Proust : "j'ai eu l'occasion de visiter le musée jeune, quand j'habitais dans la commune à 4 km d'ici. Il y a un peu d'histoire, sans trop de complexité pour travailler, le chantier rêvé". "Nous avons dû réaligner les charpentes" concède-t-il toutefois avant de se faire rattraper par l'un de ses artisans : "la phase de nettoyage était quand même pénible, les tuiles glissaient, c'était presque réduit à l'état de poussière".

 

Format et nuance de la tuile imposés

 

Le nouvel habit de la toiture du musée d'art naïf est fourni par Terreal qui a dû s'adapter aux demandes de l'architecte des bâtiments de France pour la forme et la nuance de la tuile notamment. Les formats utilisées se sont inspirés de celles typiques de la région yvelinoise, alternant du 17x27 et 17x26, "ce qui permet d'avoir un décalage rappelant le côté ancien de la toiture", appuie Julien Lepers, chef de produit pour Terreal.

 

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Les formats des tuiles utilisées se sont inspirées de celles typiques de la région yvelinoise, alternant du 17x27 et 17x26.

 

Encore méconnue, cette tuile épaisse de 1,4 centimètres à pureau brouillé est sortie il y a 5 ans de l'usine de Bavent en Normandie. Son petit nom: "Pommard panache d'automne", "dont le mélange a été imaginé en coopération avec des couvreurs et des architectes des bâtiments de France", précise Mohamed Jabbour, délégué commercial chez Terreal. Pour lui, un chantier de rénovation comme celui de Vicq est un terrain de jeu où s'appliquent le savoir-faire de couvreur qui se raréfie, et la promotion de la tuile de terre cuite, face à sa concurrente synthétique qui commencerait à lui faire de l'ombre.

 

"La pose des tuiles est dispensée de clouage en plein carré, et nous disposons un écran réfléchissant mince agissant comme une barrière radiante, qui assure un confort l'été en évitant le transfert de chaleur", vante le délégué commercial. Stéphane Le Tirant, lui, y voit surtout l'aspect pratique - tant dans la pose que le panachage réalisé en amont par Terreal -, qui lui aurait fait gagner "25% de temps de travail".

 

Une réouverture encore en suspens

 

Lorsque le chef de chantier et son équipe auront terminé leur œuvre, la commune de Vicq aura encore d'autres chantiers à superviser, mais surtout à financer. Dans cette bâtisse qui entoure un jardin aujourd'hui labouré par les engins de chantier, il faut recréer un chemin d'accueil adapté aux personnes à mobilité réduite, agrandir un couloir "pour créer une salle nouvelle", et modifier le tracé pour permettre un cheminement en circuit et plus en aller-retour.

 

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(g à d) Le maire de Vicq Bernard Jacques et son adjoint à l'urbanisme Heraldo Villegas. © LT pour Batiactu

 

"Il nous faudrait encore un million d'euros pour terminer les travaux et envisager la réouverture au public", estime Bernard Jacques. Des demandes de subventions aux dossiers de mécénat, "il y a de moins en moins d'argent partout", regrette le maire. Même au Loto du patrimoine.

 

 

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