Traditionnellement utilisée par les agriculteurs pour tapisser le sol des étables, la paille s'offre aujourd'hui une nouvelle fonction en arrivant dans les murs des maisons. La preuve en images, avec un bâtiment de 500 m² qui va accueillir des bureaux et un potager bio.

L'histoire des trois petits cochons n'est plus si éloignée de la réalité. Des maisons aux murs de paille voient peu à peu le jour dans l'Hexagone, à l'image du bâtiment de 500 m² conçu par l'architecte Stéphane Peignier pour «Les Jardins de Cocagne» (une coopérative qui créé des jardins biologiques collectifs à vocation d'insertion sociale et professionnelle), et qui vient de s'achever près de Lyon. Mais, contrairement au célèbre conte, cet édifice écologique se distingue aussi par sa résistance au vent et au feu... Un atout qui pourrait lui permettre, à terme, de rivaliser avec les bâtiments plus classiques comme ceux en béton ou en brique.

 

Pas de feu de paille
Née en Amérique du nord au siècle dernier, la maison de paille s'est progressivement étendue aux autres continents. Parfois utilisées en murs porteurs, les bottes sont, ici, entreposées pour venir combler l'ossature bois en Douglas de 27 mm d'épaisseur : «Les ballots sont posés sur une pierre étanche, rehaussée du sol, pour les préserver des remontées d'humidité, puis enchâssés dans une structure secondaire en bois», explique Stéphane Peignier. Des enduits en terre sont ensuite projetés à la main, au sablon ou à la machine, fibrés sur toute leur surface et enfin talochés en finition classique. L'ultime étape consiste en l'application d'une couche de chaux pour protéger le matériau.

 

Ainsi utilisée, la paille résiste au feu comme au vent : «Grâce à l'enduit, la paille ne s'enflamme pas, la chaleur étant, au contraire, diffusée», précise Stéphane Peignier. Selon les laboratoires du CSTB et son certificateur allemand, la protection atteint même 90 minutes au lieu des 15 à 30 minutes exigées. Concernant le vent, l'architecte est également confiant : «La paille est comprimée entre les montants quand, dans le même temps, l'ossature en bois travaille en traction. Grâce à cette structure, la bâtisse peut résister à des tempêtes atteignant jusqu'à 120 km/h».

 

Un matériau écologique
Encore assez rarement utilisée dans la construction française, la paille a pourtant un atout majeur : son abondance. «A peine 10% seulement de la production de paille suffirait à construire des maisons sur tout le territoire», selon un calcul des compaillons (le Réseau français de la construction en paille). En outre, ce matériau assure une forte isolation : «Il correspond à 60 cm de laine de verre, soit trois fois plus qu'un bâtiment classique», ajoute Stéphane Peignier. «Et pour éviter tout pont thermique, de la laine de bois en panneaux vient combler les espaces interstitiels».

 

Issue de la production locale et non traitée, la paille s'adapte parfaitement à cet édifice qui se veut écologique : «Le bureau d'étude misait sur un bâtiment passif qui consommerait 23 kW/h/m²/an. Au final, il sera à énergie positive, grâce notamment à l'isolation en paille et aux 150 m² de panneaux photovoltaïques posés sur le toit, qui devraient assurer 15 kW/h/m²/an». D'autres équipements parmi lesquels 15 m² de capteurs solaire pour l'eau chaude sanitaire, une VMC simple flux, un poêle à bois comme chauffage d'appoint en hiver et un mur trombe pour capter et diffuser plus durablement la chaleur ont également été mis en place. Avec tous ces dispositifs, l'édifice, d'un coût de 530.000 euros devrait être amorti en à peine sept ans... Pas de quoi mettre les Jardins de Cocagne sur la paille !

 

Fiche technique :
Bâtiment de paille des Jardins de Cocagne
Travaux : avril 2008 à juin 2009
Lieu : La Tour de Salvagny (Rhône)
Superficie : 500 m²
Coût : 558.000 € dont 100.000 de panneaux photovoltaïques
Financement : 1/3 par l'association, 1/3 en subventions de fondations privées, 1/3 de subventions publiques.
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