Une nouvelle section de l'autoroute A89 qui reliera à terme Bordeaux à Clermont-Ferrand a été ouverte vendredi matin à la circulation en Dordogne, alors qu'un conflit entre la société ASF et des riverains retarde l'achèvement des travaux colossaux lancés en 1996.

L'ouverture de la nouvelle section qui relie Périgueux à Thenon porte à 210 le nombre de km en service sur les 340 km de liaison prévue à l'origine pour 2007 et actuellement morcelée en trois parties.

Après 2006, une fois toutes les jonctions réalisées à l'est et à l'ouest, restera, au beau milieu de l'autoroute, un "blanc" de 18 km entre Thenon et Terrasson, région agricole aux portes de la Dordogne où tous les travaux sont gelés depuis juillet 2002. La nationale 89 servira alors de raccord provisoire.

A la mairie de Terrasson, comme dans les autres communes concernées, cette rupture de bande autoroutière est vécue comme "une catastrophe": le petit village de 7.000 habitants, niché dans une vallée verdoyante, redoute de voir déferler pendant plusieurs années, comme l'été dernier, jusqu'à 25.000 véhicules par jour, selon le comptage municipal.
"On se dirige vers une situation épouvantable en période de grandes migrations", souligne Bernard Cochet, le président de l'association Alerte A89 qui rassemble 250 riverains déterminés à préserver leur cadre de vie.

A l'origine, pourtant, c'est ce collectif pugnace qui a obtenu la suspension des travaux sur la section Thenon-Terrasson, après qu'ASF a modifié "unilatéralement" le projet de construction initiale.
En 2001, un tunnel de 2.200 mètres et un petit viaduc prévus dans la déclaration d'utilité publique ont été remplacés par un tunnel trois fois plus court, une tranchée à ciel ouvert et un viaduc deux fois plus important.
Une modification jugée "inacceptable" par les membres d'"Alerte 89" qui la combattront jusque devant le Conseil d'Etat et finiront par avoir gain de cause.

Depuis, le ministère de l'Equipement a proposé une nouvelle formule "tout aérien" que les riverains jugent "encore plus pénalisante" et que rejettent unanimement les élus du Conseil général et des communes riveraines.
"Si c'était un privé, on dirait que cette affaire est une honte", souligne Bernard Cazaux, le président socialiste du conseil général de Dordogne, en pointant que "là, il s'agit de l'Etat puisqu'ASF est prestataire".
Pour lui, comme pour tous les élus du département, l'urgence est de trouver une solution de compromis pour tenter de "rattraper le temps perdu".

Alors que le calendrier le plus pessimiste prévoit un achèvement des travaux en 2011, les chefs d'entreprise plaident eux aussi pour une ouverture rapide de l'axe autoroutier promis depuis vingt ans.
Sollicité par tous, et notamment par le candidat UMP aux régionales en Aquitaine Xavier Darcos, le ministre des Transports, Gilles de Robien, doit trancher dans les prochaines semaines.
A défaut d'une solution rapide, le maire SE de Terrasson, Pierre Delcourt, menace de rendre sa commune "infranchissable" en interdisant la traversée des poids lourds.
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