Le Premier ministre a présenté les contours du Grand Plan d'Investissement 2018-2022 qui porte sur quatre priorités : la transition écologique, la formation professionnelle, l'innovation et la transition numérique. L'amélioration de l'efficacité énergétique est la première priorité avec 9 Mrds € prévus. Découvrez toutes les autres.

Pour Edouard Philippe, l'Etat investissait depuis longtemps mais de manière trop éparse. Il a donc chargé l'économiste Jean Pisani-Ferry de définir des priorités pour les cinq années à venir pour lancer un "Grand Plan d'Investissement" proposant une approche plus globale et rationnelle. Quatre axes ont donc été définis : la neutralité carbone en accélérant la transition écologique, l'amélioration de l'accès à l'emploi en faisant progresser les compétences, mettre l'accent sur l'innovation pour accroître la compétitivité économique et enfin l'édification d'un Etat de l'âge numérique. En dévoilant les détails de ce vaste plan quinquennal, le Premier ministre a déclaré : "Le Grand Plan d'Investissement est une composante essentielle de la transformation du pays que nous voulons mener. Le gouvernement s'engage dans un plan d'investissement public résolument ambitieux afin d'assurer une croissance durable et inclusive pour accompagner les réformes qui libèreront les initiatives". En tout, près de 57 milliards doivent être attribués.

 

Viser la neutralité carbone

 

La première priorité sera donc la transition écologique qui recevra 20 Mrds €. La chasse aux passoires thermiques et à la précarité énergétique, déjà annoncée en partie par Nicolas Hulot, verra la mobilisation de 9 Mrds €. Le plan prévoit que, d'ici à 2022, la moitié des habitations occupées par des ménages modestes (propriétaires ou locataires) seront rénovées. Le programme "Habiter Mieux" de l'Agence national de l'habitat sera renforcé (+1,2 Mrd €) afin de financer la rénovation de 75.000 logements par an, soit 375.000 sur l'ensemble du quinquennat. Les demandes d'aides seront entièrement dématérialisées d'ici à la fin de 2018 pour faciliter l'accès au dispositif. La Caisse des dépôts sera également mobilisée au moyen d'enveloppes spéciales de prêts pour le secteur du logement social et les collectivités territoriales. Il est prévu qu'elle assure un cofinancement d'opérations d'amélioration énergétique et se rémunère ensuite sur les économies réalisées. Le gouvernement souhaite que le quart des bâtiments de l'Etat soient mis aux normes environnementales dans les cinq ans.

 

Du côté des Transports, ce sont les chantiers de rénovation des réseaux routiers et ferroviaires qui seront mis en avant, ainsi que la conversion vers des modes moins polluants. Le Grand Plan d'Investissement prévoit 4 Mrds € pour faciliter la mobilité des Français au quotidien. Il est espéré que près de 100.000 véhicules anciens soient retirés des routes chaque année et remplacés par des véhicules plus propres. La prime de base de 1.000 € sera doublée pour les ménages non imposables. Côté Energies renouvelables, le plan financera la hausse de 70 % de la capacité de production nationale, soit 7 Mrds € annoncés.

 

Former pour faire correspondre compétences et marché de l'emploi

 

La seconde priorité annoncée par Edouard Philippe est celle des compétences professionnelles. Faisant correspondre le manque de qualification et le chômage, il est prévu que 2 millions de personnes peu qualifiées soient accompagnées vers l'emploi : 1 million de chômeurs de plus de 25 ans et 1 million de jeunes décrocheurs. Environ 15 Mrds € seront affectés à des formations longues et qualifiantes. L'Education nationale mènera des expérimentations et transformera le premier cycle universitaire pour améliorer la formation initiale et l'insertion professionnelle. Les maîtres et professeurs seront également formés aux développements du numérique et à des pratiques pédagogiques nouvelles, notamment au sein d'Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation.

 

Autre priorité, celle de l'innovation et de la compétitivité économique, dotée de plus de 13 Mrds € en tout. Le Premier ministre annonce souhaiter "consolider l'émergence de grandes universités intégrées de rang mondial, dynamisant l'ensemble du système d'enseignement supérieur et de recherche". Là, ce sont 3,5 Mrds € qui seront investis "pour soutenir l'excellence scientifique française". Au sein des entreprises cette fois, c'est la R&D qui sera dopée, en encourageant la prise de risque dans certains secteurs d'avenir comme l'intelligence artificielle, le big data, les nanotechnologies ou la cybersécurité. Près de 4,6 Mrds € supplémentaires seront ici dépensés. Et les secteurs traditionnels liés à l'agriculture ou la filière bois seront encouragés à faire leur transition numérique ou à modifier leurs pratiques : 5 Mrds € pourraient ainsi être investis "pour mieux intégrer la réponse aux défis climatiques, pour renforcer la compétitivité des différentes filières, pour soutenir la recherche et l'innovation".

 

Cette adaptation numérique sera d'ailleurs le quatrième enjeu du Grand Plan d'Investissement : "L'action publique doit se transformer pour intégrer les nouvelles technologies aux services publics". Environ 9 Mrds € seront affectés à cette tâche afin de parvenir à des services publics 100 % dématérialisés en 2022. Il s'agira cette fois de développer des solutions de télépaiement, des outils de ciblage pour les contrôles de l'administration ou d'améliorer le système de santé par une meilleure gestion ou le développement de la téléconsultation.

 

Mais avec quel argent ?

 

Le Premier ministre précise que tous les financements annoncés n'auront pas d'impact sur le déficit public : il fera appel à des prêts, des fonds propres et des fonds de garantie, à hauteur de 11 Mrds €. De même, des investissements déjà existants, d'un montant de 12 Mrds €, seront réorientés selon les priorités nouvellement définies. Le Grand Plan d'Investissement financera par exemple le troisième volet du Programme des Investissements d'Avenir (PIA 3), dont les axes étaient définis mais n'avaient pas été dotés en crédits, pour un total de 10 Mrds €. Enfin, il est prévu que de "nouvelles mesures budgétaires" de 24 Mrds € financent le plan, sans plus de précision.

 

Concernant le suivi de toutes ces mesures, elle sera assurée par les services de Matignon qui prévient qu'une "sélection rigoureuse assurera que les investissements répondent aux critères du Grand Plan (…) et sont utiles pour les Français". Un point régulier sera fait sur l'efficacité des investissements et les montants versés pourront être augmentés ou réduits selon l'impact socio-économique effectivement constaté.
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