Une filière industrielle est en train de faire surface en France, celle de l'éolien flottant. Ideol a lancé officiellement la construction de sa première machine qui sera installée au large du Croisic à la fin de 2016. La société travaille déjà sur plusieurs projets en France et en Asie, tandis que DCNS, autre groupe français engagé dans les EMR, annonce un partenariat aux Etats-Unis. Zoom.

L'éolien flottant fait figure de petit poucet de l'industrie des énergies renouvelables, face aux autres technologies comme l'éolien offshore dont plus de 3.000 machines fonctionnent à ce jour le long des côtes mondiales. Mais c'est un petit poucet dont la croissance est rapide, car la solution est prometteuse en termes de gisement, de simplicité de déploiement et de coût. Et les industriels français se sont lancés dans la bataille mondiale avec un certain nombre d'avantages, dont l'excellence reconnue de l'ingénierie ou l'expertise dans la construction navale ou celle des turbines.

 

Ainsi, Ideol, société fondée en 2010, poursuit rapidement son parcours. Elle vient d'annoncer le lancement officiel de la construction de son premier prototype "Floatgen", dont la particularité est que la turbine Gamesa est munie d'un flotteur en béton, produit avec le concours de Bouygues Travaux Publics sur le port de Saint-Nazaire. La machine sera ainsi la première du genre à voir le jour en France ; elle sera remorquée sur le site d'essais en mer du SEM-REV, au large du Croisic, d'ici à la fin de l'année, avant de débuter son expérimentation in situ. D'une puissance de 2 MW, elle produira de l'électricité qui sera envoyée vers le continent dès 2017. L'objectif sera de valider la solution de fondation flottante adoptée ("damping pool") et "de démontrer l'immense potentiel de l'éolien en mer flottant à échelle commerciale pour produire de l'électricité d'origine renouvelable, loin des côtes, donc sans impact visuel, et au meilleur coût grâce à la qualité du gisement du vent du large", fait valoir Ideol. Il est espéré que l'activité de construction de ces machines génère de nombreux emplois localement, qu'il s'agisse des coques en béton, des mâts et turbines, ou des systèmes d'ancrage (société Le Béon).

 

Floatgen déployé dans trois pays en 2019 ?

 

Récemment la société ciotadenne Ideol a levé plus de 3 M€ lors d'un tour de table réunissant ses actionnaire historiques (PACA Investissement, FCPR Emergence Innovation 1 et Demeter 3 Amorçage, FIP Entrepreneurs Capital 3) et de nouveaux investisseurs dont Tertium, fonds de capital développement azuréen. Paul de la Guérivière, co-fondateur et président de l'entreprise, déclare : "Cette opération offre à Ideol l'opportunité d'ancrer sa position de leader mondial en lançant cette année la construction de démonstrateurs sur deux continents, l'Europe et l'Asie - dont la première éolienne en mer de France - en en préparant activement son déploiement en série". L'industriel français est en effet impliqué dans le projet Nedo au Japon, en partenariat avec un autre turbinier, Hitachi Zosen et qui prévoit le déploiement de deux démonstrateurs d'une puissance unitaire de 3,75 MW au large de l'archipel nippon. Il est également en pourparlers avec China Steel Corporation (Taïwan), afin de nouer un partenariat. Le p-dg français explique : "Cette nouvelle collaboration témoigne de la compétitivité de notre solution flottante vis-à-vis des solutions posées lorsque les fonds marins présentent des caractéristiques complexes. 2016 puis 2017 verront l'installation consécutive de notre fondation en France et au Japon. Nous souhaitons que cette collaboration avec CSC débouche sur l'installation de notre flotteur dans un troisième pays à l'horizon de 2019".

 

D'autres acteurs français se trouvent engagés dans le développement de technologies ou de fermes éoliennes flottantes, comme DCNS (voir encadré) associé à Vinci ou Engie et Eiffage Métal.Un premier appel à projet "Fermes pilotes éoliennes flottantes", portant sur quatre zones propices en Méditerranée et sur la façade Atlantique, a été lancé en France, faisant du pays l'un des plus en pointe dans cette technologie.

 

DCNS partenaire d'un projet de ferme pilote au large du Maine :
Le spécialiste de la construction navale DCNS a signé un accord de partenariat avec l'université du Maine pour développer une ferme pilote d'éoliennes flottantes d'une puissance de 12 MW, au large des côtes américaines, près de l'île Monhegan. Outre ces deux partenaires, le projet "New England Aqua Ventus" s'appuie sur l'énergéticien Emera et l'entreprise de BTP Cianbro. Les membres du consortium prévoient de développer, produire et exploiter deux éoliennes flottantes d'une puissance unitaire de 6 MW. Le design du flotteur a été testé pendant 19 mois, entre juin 2013 et novembre 2014, au moyen d'un prototype à échelle réduite (1/8e) qui a tout de même été connecté au réseau électrique de distribution. "Le retour d'expérience sur cette première machine a permis aux partenaires de faire des progrès significatifs et des optimisations ont été apportées au design du flotteur. Les études menées par la suite ont porté sur la réduction des coûts dans une optique commerciale et industrielle", annonce DCNS. Le 27 mai 2016, le département américain de l'énergie a annoncé que le projet était éligible à l'obtention d'une aide de près de 36 M€, qui sera versée en trois fois, lors de différents jalons industriels.
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