L'Assurance-maladie vient de dévoiler le bilan de l'année 2014 pour les maladies et les accidents professionnels. Un chiffre marquant dans le secteur du BTP : les maladies professionnelles augmentent de 6,1 % avec un niveau inédit pour les troubles musculo-squelettiques (TMS) qui représentent 92,3 % des maladies professionnelles par rapport à une moyenne de 87 % pour l'ensemble du régime général. Décès, journées perdues ou indices de fréquence très élevés, découvrez tous les chiffres.

Le BTP demeure sans aucun doute le secteur d'activité présentant le plus haut niveau de risque, indiquent, ce jeudi 12 novembre, les statistiques 2014 de l'Assurance maladie-Risque professionnels. Pourtant, les chiffres d'accidents du travail et de maladies professionnelles déclarés sont en régression ces cinq dernières années, nous signale Marine Jeantet, directrice des risques professionnels au sein de la branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT/MP) à la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts).

 

"Si le nombre d'accidents du travail diminue de 3,8 % entre 2013 et 2014, ce secteur demeure l'un des plus sinistrés, avec un indice de fréquence très élevé : 64 accidents du travail (AT) pour 1.000 salariés - par rapport à une moyenne de 34/1.000", détaille Marine Jeantet.

137 décès en 2014 et près de 1.008 décès sur les dernières années

Cela représente également 137 décès en 2014 et près de 1.008 décès sur les cinq dernières années, ajoute-t-elle. D'ailleurs, il faut retenir que les indices de fréquence demeurent très élevés pour les travaux de charpente (125) et pour les travaux de couverture (116).

 

Enfin, dans ce secteur du BTP, les maladies professionnelles augmentent de 6,1 % avec un niveau inédit pour les troubles musculo-squelettiques (TMS) qui représentent 92,3 % des maladies professionnelles par rapport à une moyenne de 87 % pour l'ensemble du régime général.

 

L'étude de la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts) signale également que les cancers dus à l'amiante constituent la grande majorité des cancers d'origine professionnelle (81 %). "Ils sont toutefois en diminution de 3,7 % tandis que les autres types de cancers augmentent de 10,3 %", précise Marine Jeantet.

Les cancers de la vessie en augmentation liés aux poussières de bois

En revanche, "les autres types de cancers augmentent de 10,33 %. Il s'agit, dans 45 % des cas, de cancers de la vessie et dans 25 % des cas, de cancers liés aux poussières de bois", comme notamment des carcinomes des fosses nasales, identifiés comme des "risques émergents" contre lesquels l'Assurance Maladie compte de nouveau agir à travers ses programmes de prévention.

 

"Dans les cancers de la vessie sont notamment incriminés les amines aromatiques et hydrocarbures aromatiques polycycliques qu'on retrouve dans les teintures et colorants mais aussi dans les synthèses de médicaments ou de pesticides et dans l'industrie plastique et du caoutchouc", a détaillé la directrice des risques professionnels.

 

"L'identification du lien professionnel est d'autant plus difficile que cette maladie survient longtemps après l'exposition à un agent cancérogène : 10, 20 voire 40 ans après, donc généralement après cessation de l'activité professionnelle", ajoute aussi le rapport annuel.

"Burn-out" ou syndrome d'épuisement professionnel

Alors que les troubles musculo-squelettiques représentent encore 87 % des maladies professionnelles, le nombre de maladies psychiques liées au travail augmente (315 cas reconnus contre 223 en 2013), mais "principalement en raison de l'évolution de la réglementation", qui permet depuis fin 2012, de déposer plus facilement sa demande, a bien rappelé Marine Jeantet.

 

Interrogée également sur le "burn-out" ou syndrome d'épuisement professionnel, Jeantet a souligné qu'il s'agissait d'un syndrome "multifactoriel" qui n'entre dans aucun tableau de classification de maladies professionnelles, comme les maladies psychiques en général, "toujours examinées au cas par cas".

Trois programmes prioritaires de prévention

Sur la base des orientations adoptées par la commission des accidents du travail et des maladies professionnelles (CAT/MP) et les comités techniques nationaux (CTN) et d'analyses de sinistralité, trois programmes prioritaires de prévention ont été retenus avec pour objectif, à horizon 2017 : faire baisser la sinistralité des TMS, réduire le risque de chute dans le BTP, supprimer ou réduire les expositions sur des agents cancérogènes, a martelé Marine Jeantet.

 

"Le programme prioritaire de prévention des chutes dans la construction doit inciter l'ensemble des acteurs de la construction - maîtres d'ouvrage, maîtres d'oeuvre, coordonnateurs de sécurité et de protection de la santé et entreprises - à prendre en compte et développer la prévention des risques de chute dans les projets de construction", a également signalé la Cnam.

 

Si le premier volet de ce programme consiste à faire évoluer les pratiques des donneurs d'ordre, en développant des prescriptions spécifiques pour la prévention des chutes dans les appels d'offres et les marchés de travaux, le second volet concerne environ 5000 entreprises (de 20 à 49 salariés) qui ont des activités à sinistralité élevée.

 

600 diagnostics réalisés

 

"Suite à l'analyse de ces grilles d'évaluation, 600 diagnostics ont déjà été réalisés par les services prévention et l'OPPBTP (organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics)", glisse Marine Jeantet.

 

Pour rappel : une convention de partenariat avec l'OPPBTP a été signée le 8 septembre 2014 pour "agir de concert auprès de ces entreprises sur les chutes de hauteur, avec ces outils communs."

 

 

 

 

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