TENDANCE - L'industrie du bâtiment serait la seule dont la productivité per capita décroît à cause du manque d'interopérabilité des acteurs d'un chantier. Une opportunité pour l'adoption du BIM qui pourrait changer la donne et permettre le développement de nouveaux services. Batiactu s'est entretenu avec Emmanuel Giorgi, directeur de Keyrus Management, un cabinet de conseil spécialisé dans la gestion des données.

"Tous les acteurs de la 'smart city' - urbanisme, mobilité durable, réseaux intelligents - sentent que les performances des réseaux et l'efficacité des prestations sont déterminés par la capacité à mener des interventions en ayant l'information juste à temps", nous explique Emmanuel Giorgi, directeur de Keyrus Management, un cabinet de conseil spécialisé dans la data. Cette maîtrise de la donnée, issue principalement de la maquette numérique, est donc un enjeu crucial des années à venir. "Cette technologie avancée est une nécessité pour la vie d'un bâtiment", assure le spécialiste.

 

"Tout contribue à l'essor du BIM : on s'interroge aujourd'hui sur l'usage des bâtiments, comme la construction de centres commerciaux - des lieux inhospitaliers - à l'heure du commerce sur Internet. Faut-il investir encore dans des terrains en grande banlieue ou tout miser sur le commerce numérique ? Demain, dans dix ou vingt ans, est-ce que la mobilité automatisée nécessitera encore des parkings ? Comment rendre les circulations plus fluides ?", poursuit-il. Les acteurs de la construction (entreprises, bailleurs, architectes, bureaux d'ingénierie) supportent donc, à l'heure actuelle, le coût des investissements liés à la maquette numérique. "Mais il va devoir être partagé", annonce Emmanuel Giorgi.

 

Compléter la vente par un ensemble de services au long cours

 

"Quelle doit être la stratégie pour investir dans le BIM ? Comment l'articuler avec une stratégie environnementale ? La plateforme doit-elle être totalement ouverte ou partagée et avec qui ? Il faut en fait s'appuyer sur les technologies de la data et accompagner les acteurs, qu'il s'agisse d'industriels, de majors de la construction, de foncières ou d'entreprises qui gèrent des réseaux", analyse le directeur de Keyrus Management. Il donne l'exemple d'un gestionnaire de parc immobilier qui, grâce à des données de consommation énergétique corrélées à des prévisions météorologiques pourrait lancer des maintenances prédictives. "Pour lui, c'est beaucoup plus intéressant que la location sèche de mètres carrés", estime le spécialiste qui prévoit la création de nouveaux services et usages, appelés à se généraliser. "Grâce à un simple smartphone, l'électricien pourra signaler qu'il a installé un interrupteur dans un appartement, l'information remontera et sera donc tracée", nous raconte-t-il.

 

"J'imagine mal un architecte conserver et entretenir les données d'une maquette numérique pendant 50 ans"

 

Interrogé sur le métier nouveau de "BIM manager", Emmanuel Giorgi répond : "C'est une fonction très spécialisée, transverse à la vie du projet. C'est donc un rôle différent de celui du constructeur, puisqu'il y a unité de lieu mais pas de temps. Et j'imagine mal un architecte conserver et entretenir les données d'une maquette numérique pendant les 50 ans de la durée de vie d'un ouvrage…". Selon le spécialiste de la donnée, la fonction créera l'organe et des sociétés spécialisées apparaîtront, capables d'opérer le BIM du début à la fin d'un projet. Du côté des industriels, dont on compare souvent la démarche d'amélioration à celle menée par la très exigeante industrie aéronautique. Le directeur de Keyrus Management résume : "En BIM-isant leurs produits, en dehors des dimensions et de quelques données techniques, ils apportent tout un environnement supplémentaire. Par exemple une vidéo de bonne mise en œuvre, ou des données d'utilisation, des aspects liés à la logistique ou la maintenance des produits. De quoi être présent tout au long de sa durée de vie et… générer du cash flow récurrent grâce à des services liés". Le BIM, les objets connectés, les compteurs intelligents, les réseaux communicants convergent donc pour assurer une visibilité financière sur du plus long terme que la vente ponctuelle et assurer des revenus aux détenteurs de l'information.

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