Depuis quelques années, des médicaments en parfait état finissent à l'incinérateur du CHU de Rennes, a reconnu la direction de l'hôpital. La raison ? Un "bug" informatique lié, selon un syndicat, au PPP signé avec le groupe de BTP Eiffage pour la construction de la pharmacie centrale de l'hôpital. Explications.

En ces périodes où la santé publique est censée faire des économies, la direction du Centre hospitalier universitaire de Rennes a reconnu mercredi 11 juin que des médicaments en parfait état finissent depuis des années à l'incinérateur de l'hôpital breton. Selon un syndicat, cette situation s'expliquerait par un "bug" informatique lié, au PPP*conclu avec Eiffage pour la construction de la pharmacie centrale de l'hôpital.

 

D'après la direction, le robot chargé de répartir les médicaments et les dispositifs médicaux (prothèses, seringues...) entre les différents services de l'hôpital ne reconnaît pas certains produits livrés sur des palettes qui ne sont pas aux normes européennes: peut-on lire dans le quotidien Ouest-France.

 

En effet, certains services, induits en erreur par le robot, commandent ainsi plusieurs fois des médicaments qui sont en fait déjà à disposition, entraînant des doublons et des problèmes de stockage. Pour l'hôpital, il devient plus simple et moins coûteux en main d'oeuvre de détruire ces médicaments plutôt que les remettre dans le circuit interne.

 

Un "gâchis" financier ?
Un dysfonctionnement qui a un coût et qui suscite la polémique. D'après le syndicat SUD Santé Sociaux, qui a dénoncé le "gâchis" par l'intermédiaire du Mensuel de Rennes, le montant des médicaments détruits (depuis la mise en place d'un nouveau système informatique à la pharmacie centrale de l'hôpital) atteindrait "des centaines de milliers d'euros". Une somme contestée par la direction du CHU, qui se dit cependant incapable de chiffrer le montant des médicaments détruits depuis la mise en place de cette pharmacie en 2010.

 

Comment expliquer un tel imbroglio ?
Le CHU met en cause le groupe de BTP Eiffage, dont une filiale a conçu le bâtiment qui abrite la pharmacie de l'hôpital et a mis en place les systèmes d'automatisation. Comme le rappelle clairement le communiqué du CHU, "le contrat a fait l'objet d'un partenariat public privé fortement encouragé et financé par les pouvoirs publics."

 

L'établissement assure qu'il "maintient une pression constante" sur ce fournisseur mais ne peut "pallier ces insuffisances structurelles mesurées dès l'ouverture du bâtiment".

 

Enfin, pour le syndicat, SUD Santé Sociaux, le seul moyen de résoudre ces dysfonctionnements serait de "dénoncer le bail, car Eiffage refuse de faire les travaux qui permettraient d'améliorer le processus informatique". "Il faut que l'hôpital rachète le bâtiment afin de procéder aux travaux nécessaires et de mettre en service un nouveau robot de stockage", indique-t-il dans un communiqué.

 

Après la sortie du PPP du Centre hospitalier sud-francilien (CHSF) à Evry au mois de mars dernier, les PPP ont décidément la vie dure dans ce secteur...

 

 

*L'hôpital a signé un bail de 22 ans avec le groupe de BTP, à qui il verse un loyer.

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