Le marathon de la loi Macron achevé, le ministre de l'Economie sème de nouveau le trouble chez artisans du bâtiment à travers sa future loi "Nouvelles opportunités économiques"(Noé). "Ubérisation" ou transformation du numérique, "qualification au rabais" pour les jeunes artisans, nouvelle catégorie du statut d'auto-entrepreneur... Les professionnels du bâtiment voient rouge ! Décryptage et réactions.

Sans aucun doute, la feuille de route de la stratégie pour les "nouvelles opportunités économiques", acronyme de "#Noé", dévoilée le 9 novembre dernier par Emmanuel Macron, à Bercy, inquiète profondément les artisans du bâtiment.

 

Au centre des préoccupations : l'impact de "l'ubérisation" terme employé par les professionnels du numérique, du marketing sur l'emploi et la formation des artisans, en l'occurrence ceux du bâtiment. D'autant plus que les rencontres entre les professionnels de l'artisanat se multiplient ces jours-ci à Bercy et que les réponses du ministère ne sont pas suffisantes, d'après la Capeb. Jusqu'à encore mercredi 25 novembre, son président, Patrick Liébus a tenté d'expliquer au ministre de l'Economie les effets néfastes de ce nouveau dispositif.

Vers une dérogation des qualifications ?

"Après un regard approfondi sur le fond de ce futur projet de loi, je lui ai exprimé mon mécontentement et ma très vive inquiétude sur les risques d'une déstabilisation complète du tissu des entreprises françaises si cette ubérisation de l'économie conduisait à supprimer toute exigence de qualification", nous commente Patrick Liébus. Car c'est bien la réduction du niveau de qualification requis pour s'installer comme artisan qui le tracasse au même titre que l'UPA pour l'ensemble des professions de l'artisanat. En effet, Bercy souhaiterait mettre en place "un assouplissement des qualifications nécessaires pour avoir accès à certains métiers du bâtiment ou de l'artisanat".

 

En clair, dans une démarche de simplification, le ministre de l'Economie souhaite permettre à celles et ceux qui veulent créer une activité qui va avec la transformation ¬numérique de le faire plus facilement, nous confirme ce jeudi 26 novembre l'entourage du ministre de l'Economie.

 

"Quand on regarde le numérique partout dans le monde, il se développe en créant des opportunités pour les qualifications les plus faibles", avait expliqué Emmanuel Macron le 9 novembre dernier dans son discours à Bercy. En France, nous avons encore beaucoup trop de rigidités." Et de citer l'obligation "d'avoir un local pour développer une activité de garde à domicile, d'avoir tel diplôme alors que ce qu'on fait n'est pas couvert par ledit diplôme".

 

Avant d'argumenter ces jours-ci au cours de ces visites officielles : "Quand le quotidien est une galère, on ¬demande d'avoir le droit d'accéder à des opportunités, d'avoir le droit de prendre des risques, de choisir sa propre vie. (…) Ça sert à ça, la ¬microentreprise, c'est pour ça que c'est économiquement essentiel, moralement et politiquement essentiel."

Un mot : simplification

Le ministre de l'Economie plaide pour la simplification : "Il s'agit de faciliter le passage d'un statut à l'autre, de créer un parcours de croissance pour ceux qui ont des projets. C'est un enjeu fondamental, la majorité de ceux qui vont développer leur emploi sont au chômage ou bien ils travaillent au noir". Mais pour la Capeb, tous les moyens ne sont pas bons pour y parvenir.

 

"Ce sont les lobbys d'auto-entrepreneurs en l'occurrence la FEDAE qui poussent vers cette déstabilisation du statut de l'artisanat", Patrick Liébus

 

"L'objectif du ministre est précis : mettre les jeunes au boulot mais je lui ai toutefois rappelé que nous devons avoir des règles de loyauté pour créer de l'emploi!, s'emporte le président de la Capeb. Son idée ? C'est de supprimer des qualifications. Par exemple, il sera possible de recruter un jeune plombier sans qualification, mais cela ne sera pas concevable ! Pour rappel : la loi Raffarin du 10 janvier 1978 sur la protection et l'information des consommateurs de produits et de services rappelle bien l'importance des effets d'une absence de formation d'un métier sur la vie de tous les jours. Ce sont les lobbys d'auto-entrepreneurs en l'occurrence la Fédération des auto-entrepreneurs (FEDAE) qui poussent vers cette destabilisation du statut de l'artisanat."

 

Et de commenter : "Pourtant, je ne suis pas favorable au corporatisme. (…) En comprenant mieux la philosophie de la future loi Noé, le ministre estime qu'il n'y a pas besoin de formation pour être laveur de voiture ou devenir coiffeur (...)."

 

"C'est, pourquoi, dans le secteur de la construction, il est hors de question de toucher aux qualifications, lui a-t-il rappelé. Justement, une équipe de la Capeb s'est chargée ce jeudi de balayer dans le secteur de la construction tous les codes NAF ! (Ndlr : la nomenclature des activités françaises, codification de l'activité principale exercée dans une entreprise)."

 

La Capeb propose à Bercy de rationaliser les "ressources pour embaucher des jeunes artisans et mettre en place des moyens localisés au Pôle Emploi pour lancer des expérimentations d'organismes de créations entreprises du Btp."

 

"Uberisation", cela signifie quoi ?
Les réseaux sociaux, les professionnels du numérique et du marketing utilisent depuis quelques mois le terme "d'Ubérisation", un néologisme formé à partir du nom d'Uber, la fameuse société de transport californienne. Ils s'en accommodent même depuis les incidents des derniers mois entre les taxis et les VTC (voitures de transport avec chauffeur). D'ailleurs, le ministère de l'Economie cite à de nombreuses reprises la plateforme technologique qui met en relation passagers et voitures de transport avec chauffeur, née aux Etats-Unis en 2009, Uber.

 

Aujourd'hui, le phénomène d'"Ubérisation", prend de l'ampleur et s'étend à tous les secteurs d'activités comme le transport, la santé, ou l'hôtellerie. En résumé, "l'Ubérisation" modifie un marché traditionnel via des outils du numérique (plateformes, applications, sites, Etc...) qui deviennent de nouveaux intermédiaires entre le consommateur et le prestataire de service.

 

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