Bouygues Immobilier va déployer une "blockchain" pour contrôler collectivement un réseau intelligent de distribution d'électricité et assurer que l'énergie produite localement serait également consommée sur place. C'est le quartier de Lyon Confluence qui a été choisi comme site pilote : début de l'expérimentation en 2017.

Les réseaux communicants d'énergie doivent permettre une meilleure adéquation entre production et consommation, ce qui est particulièrement important dans le cas des énergies renouvelables intermittentes (solaire et éolien). Un "smart grid" connecte directement producteurs et consommateurs d'électricité et entraîne un meilleur ajustement entre offre et demande, en évitant le gaspillage. Afin de piloter plus collégialement ce type d'installation, Bouygues Immobilier s'est attaché les services de Stratumn (plateforme de développement) et Energisme (expertise informatique) pour déployer une "blockchain" dédiée.

 

Vers une énergie d'origine certifiée ?

 

Thierry Chambon, le président d'Energisme, explique : "Après la collecte de datas, le traitement, l'analyse et la restitution de données de consommation énergétique, il manquait un outil permettant de certifier et de rendre opposables les données. C'est maintenant possible avec la blockchain". De son côté, Richard Caetano, le directeur général de Stratumn, détaille : "Les blockchains offrent à plusieurs acteurs une façon de s'accorder sur un registre de transactions où le contrôle du système est entièrement distribué". En d'autres termes, il s'agit d'une technologie de stockage et de transmission de l'information, transparente mais sécurisée, qui fonctionne sans organe de contrôle centralisé. Par extension, il s'agit d'une base de données qui contient l'historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Elle s'avère donc impossible à falsifier et à manipuler. Le responsable Innovation & Smart Cities de Bouygues Immobilier, Olivier Sellès, résume : "Nous voulons permettre aux habitants d'un éco-quartier de bénéficier d'une énergie d'origine locale certifiée, provenant de panneaux photovoltaïques du voisinage". L'énergie sera ainsi "labellisée" d'origine conforme et non importée sur de longues distances, avec des pertes et des coûts supérieurs. Le directeur général de Stratumn précise : "En utilisant une blockchain pour garantir l'intégrité d'une information ou d'un processus, on assure sa transparence, sa traçabilité et son immuabilité à bas coût".

 

Il est prévu que des panneaux photovoltaïques soient reliés à un tel système à Lyon Confluence au début de 2017, afin de constituer un démonstrateur de réseau local décentralisé de supervision des échanges d'énergie. Le quartier abrite déjà le démonstrateur de l'Institut de la ville durable. Une telle solution avait déjà été annoncée en avril 2016 par le réseau TransActive Grid à Brooklyn (Etats-Unis). Mais Bouygues Immobilier assure vouloir déployer la technologie dans d'autres éco-quartiers français "dès que le pilote aura démontré toutes ses possibilités". Techniquement, la blockchain a été développée grâce à la plateforme "Blockchain as a service" d'Azure (cloud computing de Microsoft), grâce à la collaboration de plusieurs équipes composées d'entreprises, administrations, chercheurs et développeurs, réunis au sein d'une "hackademy" qui s'est tenue les 4 et 5 octobre derniers au Palais des Congrès de Paris.
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