Si ce label a connu peu de succès dans les firmes du BTP, « le label égalité H/F est une très bonne chose pour traiter spécifiquement de ce sujet ; par ailleurs , il y a aussi le Label Diversité pour rassembler l'ensemble des politiques et actions d'une entreprise », indique Jacques Crémer. En effet, sous cette appellation, les handicapés, les seniors et la problématique des « origines » seront regroupées avec celle de la mixité homme-femme. D'ailleurs, « Bouygues Construction va prochainement briguer le label Diversité », ajoute-t-il. « L'intérêt est d'avoir une approche globale à l'intérieur de laquelle on peut mettre en avant des thématiques. Mais cela n'a de sens que si l'on y met du contenu », précise-t-il. « Aller vers le label Diversité est à l'étude, mais on ne considère pas que c'est un passage obligé », reconnaît aussi Antoine Cristau, responsable Diversité chez Colas. Ainsi, le label Diversité constitue une manière différente d'aborder le problème de la mixité et de la non-discrimination.

 

Le recrutement, un problème structurel
Augmenter le nombre de femmes dans les métiers est une initiative louable, mais encore faut-il trouver les femmes à embaucher ! Secteur masculin s'il en est, le BTP se féminise certes, mais au compte-goutte, si l'on peut dire. « C'est sur le recrutement que le travail reste à faire », martèle Jacques Crémer, DRH de Quille. Même son de cloche dans les autres grandes entreprises du secteur. « Une des principales difficultés, c'est le défaut de candidatures à tous les niveaux », confirme Antoine Cristau, responsable de la Diversité du groupe Colas. « Toutefois, en proportion, on embauche plus de femmes que d'hommes. Le taux d'effort est plus important chez les femmes, et il commence à y avoir plus de candidatures », ajoute-t-il. « La présence de femmes dans les écoles d'ingénieurs est un phénomène récent », assure Jérôme Pavillard, Directeur organisation des ressources humaines chez Lafarge Ciments. Le problème vient donc de l'amont, donc de la formation. Mais aussi des mentalités qui font dire que certains métiers sont réservés aux hommes. A l'AFPA, l'optimisme est de mise, malgré la baisse du nombre de femmes accueillies dans les formations. L'organisme constate ainsi que les femmes sont toujours aussi présentes dans les formations aux métiers traditionnellement masculins : 7.2% dans le bâtiment ; 21.7% dans la mécanique ; 6% dans l'électricité ; 5.7% dans la métallurgie ; 32.6% dans la chimie (source Afpa).

 

« Il y a aussi une mauvaise image du métier, mais qui est en train de changer », déclare Antoine Cristau chez Colas. Ce à quoi s'emploient les deux principales institutions du BTP, la FFB et la Capeb. Cette dernière met ainsi en oeuvre un concours national « Conjuguez les métiers du bâtiment au féminin », qui récompense une étude, une enquête, un travail sur le thème de l'emploi des femmes dans les métiers du bâtiment. Ce concours s'adresse obligatoirement aux groupes mixtes d'élèves de troisième dans le cadre de la découverte professionnelle ou de la séquence d'observation. De son côté, la Fédération du Bâtiment a signé, dès 2003, avec l'ex-ANPE (aujourd'hui Pôle Emploi) et l'AFPA un accord qui vise à aider les entreprises du bâtiment à recruter le personnel qualifié qu'elles recherchent.

 

Quand les femmes s'invitent à la table des patrons
La mixité est aussi au cœur des débats à l'heure où l'on reparle d'une proposition de loi qui risque de modifier le paysage des directions des firmes françaises. En effet, le 20 janvier dernier, les députés français ont adopté, en première lecture, la proposition de loi qui contraint à terme les grandes entreprises à un quota de 40% de femmes dans leur conseil d'administration (CA). En fait, le texte voté impose un quota de 20% qui devra être atteint trois ans après la promulgation de la loi (le Sénat devrait examiner ce texte au printemps 2010, ndlr), et le délai de six ans est prévu pour le quota de 40%. Un pavé dans la mare du « top management » souvent exclusivement masculin…
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