LAUREAT. Avec sa Virtual Building Platform, la jeune pousse Openergy développe une plateforme cloud dédiée à la garantie de performance énergétique des bâtiments. Elle combine analyse des données et simulation en temps réel afin d'identifier les écarts éventuels entre consommations et objectifs. Entretien avec Riad Ziour, le co-fondateur de la start-up qui a remporté le trophée "Start-up Construction 2020-2050".

Openergy s'adresse à un marché en plein essor : celui de la garantie de performance énergétique. La solution consiste donc à mettre en parallèle consommations réelles et objectifs chiffrés, afin de savoir si ces derniers sont atteints ou s'il existe un écart, qu'il s'agira d'expliquer. Riad Ziour, l'un des deux fondateurs de la start-up, nous raconte : "La société existe depuis quatre ans. Elle part du constat que deux mondes coexistent : celui des énergéticiens et thermiciens, d'un côté, et celui des statisticiens et informaticiens de l'autre. Les premiers ont une bonne compréhension des phénomènes physiques, tandis que les seconds développent des outils de calcul. Notre plateforme allie les deux, la simulation, d'habitude utilisée en conception, et l'analyse des données".

 

La "Virtual Building Platform" a nécessité trois ans de R&D et combine donc des données réelles de consommation et de météorologie afin d'alimenter en direct une modélisation virtuelle du bâtiment. "Les données d'input sont, au minimum, celles d'un compteur communicant et de quelques sondes de température. Mais, pour un résultat plus détaillé, il vaut mieux celles d'une GTB (système de gestion technique, Ndlr)", dévoile-t-il. La solution Openergy s'adresse donc uniquement au tertiaire et à l'habitat collectif avec chaufferie collective, et pas du tout à la maison individuelle. "Nous sommes sur le même segment que Cofely ou Dalkia, avec qui nous travaillons. Il faut en effet un certain volume d'énergie consommée", précise le dirigeant.

 

Big data ET temps réel ?

 

Question volume de données en revanche, Riad Ziour nous livre sa réflexion : "Le terme medium data serait peut-être plus approprié que big data, puisque la volumétrie est importante sans être exceptionnelle comme celle d'un géant comme Amazon. Il faut considérer qu'un gros bâtiment de bureaux, comme le nouveau siège de Veolia à Aubervilliers génère 1 million de données par jour, soit 10.000 toutes les 10 minutes environ". Le recours à des outils existants, développés pour les acteurs du Web ou de la finance, des secteurs économiques plus en avance que le bâtiment dans la numérisation, permet d'analyser facilement cette quantité de données, même en cas de forte demande (plusieurs milliers de bâtiments). "Elle est gérée en analyse glissante sur des clusters de serveurs. Les volumes sont compris entre quelques gigaoctets et un teraoctet au maximum par bâtiment. On peut être rapidement 'challengés' au niveau de la montée en puissance mais les technologies du cloud permettant de faire tourner les calculs sur des serveurs à la demande existent déjà", assure-t-il. Une fois collectées et traitées, ces données alimentent donc la partie simulation énergétique qui, à son tour peut nécessiter un certain temps de calcul.

 

 

"Ce n'est évidemment pas du 'temps réel' à la milliseconde, ni même à la seconde. Nous nous adressons à des energy managers, donc l'échelle de temps est plutôt de l'ordre de l'heure. Chaque bâtiment peut être soumis à une dizaine de simulations par jour", nous explique le co-fondateur d'Openergy. Mais la plateforme se révèle capable d'identifier automatiquement les causes des éventuels écarts relevés entre les consommations théoriques et réelles et de distinguer les responsabilités en cas de non-respect d'un contrat avec garantie de performance. Mais qu'en est-il de la consommation électrique des data-centers qui seront mobilisés pour résoudre toutes ces simulations numériques ? N'effacera-t-elle pas les bénéfices attendus à l'autre extrémité de la chaîne dans les bâtiments réels ? "Qu'on se rassure tout de suite : la dépense énergétique pour les calculs est sans commune mesure avec les économies réelles ! Il existe un facteur 1.000 entre ces deux grandeurs", précise Riad Ziour.

 

"Le marché de la garantie de performance énergétique est le marché de demain", Riad Ziour

 

La plateforme virtuelle a d'ores et déjà été testée par certains grands acteurs comme Engie (d'où sont issus les deux cofondateurs) et EDF sur différents cas concrets pour mieux comprendre le comportement des bâtiments. Puis la partie temps réel a été déployée chez Veolia, ainsi qu'à Saclay au centre R&D d'EDF. "Immobilière 3F l'a employé pour vérifier la performance de logements nouvellement livrés tandis que Cofely l'utilise pour ses contrats de garantie", nous dévoile le dirigeant. L'étape suivante, pour la jeune pousse, sera donc de lever des fonds, afin d'accompagner son développement commercial et opérationnel. Elle compte également améliorer son interface utilisateur, afin de la rendre plus agréable. Mais Riad Ziour en est certain : "Le marché de la garantie de performance énergétique est celui où il y a le plus de valeur ; c'est le marché de demain". La start-up vise 2.500 bâtiments suivis en 2019.
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