La polémique enfle entre l'architecte Odile Decq et la Banque populaire de l'Ouest. Au coeur du désaccord : le devenir de l'ancien siège de l'établissement bancaire situé à Montgermont. Pour la maître d'oeuvre, il faut préserver ce patrimoine, tandis que le groupe envisage de le raser. Explications avec les deux protagonistes.

Peut-on parler d'œuvre lorsque l'on parle d'architecture ? Cette question se pose plus que jamais après les polémiques autour de la barre de logements de Courcouronnes de Paul Chemetov, ou encore du supermarché de Ris-Orangis signé Claude Parent. C'est au tour aujourd'hui d'Odile Decq... L'architecte créatrice du Musée d'art contemporain de Rome (Macro) est inquiète : il y a environ deux semaines un coup de téléphone lui a annoncé la future démolition du siège de la Banque populaire de l'Ouest, à Montgermont en Ille-et-Vilaine. Inauguré en 1990, ce bâtiment a été couronné de nombreux prix architecturaux. "J'ai reçu un coup à l'estomac... Physiquement !", nous confie-t-elle.

 

Pour autant, elle ne baisse pas les bras et compte bien défendre son bâtiment jusqu'au bout : "Je me battrais pour qu'il reste", poursuit-elle. Du côté de l'établissement bancaire, la décision de raser cet immeuble de bureaux est le fruit d'une réflexion de près de six ans : "Ces locaux sont en vente depuis 2009, date à laquelle nous avons décidé de rassembler l'ensemble de nos collaborateurs éparpillés sur plusieurs sites. Depuis fin 2014, cet immeuble est vide", nous explique le secrétaire général de la Banque populaire de l'Ouest, Benoît Caron.

Un bâtiment trop énergivore ?

Mais alors pourquoi absolument détruire le bâtiment d'Odile Decq ? Ne vaudrait-il pas mieux le rénover et lui trouver une autre utilisation ? A cette interrogation, il répond sans détour : "La construction présente deux défauts. En effet, les conditions de travail devenaient difficiles avec des variations de température pouvant aller de 30°C l'été à seulement 14°C l'hiver. En outre, le bâtiment se montrait très énergivore", nous développe-t-il. Et de poursuivre : "Nous avons réalisé des études techniques pour une mise aux normes thermiques, mais selon elles, il serait impossible d'atteindre les futurs objectifs réglementaires". Un discours que réfute l'architecte, qui avance que "la rénovation d'un bâtiment est toujours possible !". "La façade est légère et il est aisé de la renforcer, notamment par l'extérieur", précise-t-elle. Concernant cet élément, Odile Decq insiste : "Il y a une obsession sur la grande façade du bâtiment, et c'est vrai, nous avons constaté une mauvaise maintenance de celle-ci, notamment des systèmes de store." Un fait qui pourrait expliquer les problèmes de température. La question thermique a semble-t-elle été cruciale sur ce projet : "A un mois de la fin de la garantie décennale, le groupe m'a attaquée sur ce sujet. Résultat : l'architecte salarié de la banque a préconisé la pose de films réfléchissants", raconte-t-elle.

Un témoignage de solutions innovantes

Au-delà de ces considérations, l'architecte défend avant tout son œuvre qui ,pour elle, est un témoignage de solutions techniques innovantes créées spécialement pour l'immeuble à l'époque : "Nous avons eu recours aux façades en double vitrage vissé suspendu, une première mondiale à cette période ! Nous avons aussi proposé le premier ascenseur panoramique de France. En outre, nous avons collaboré avec des industriels pour imaginer des marches en aluminium que j'utilise aujourd'hui dans de nombreux ouvrages", détaille-t-elle avec enthousiasme. Un point de vue que l'établissement bancaire ne semble pas partager : "Si de son côté, elle voit cela comme une œuvre, pour nous, il s'agit simplement d'un bâtiment tertiaire dans lequel les salariés ne disposaient pas des meilleures conditions de travail", glisse Benoît Caron.

Et après ?

Quid de la suite ? La Banque populaire de l'Ouest a lancé la procédure de demande de permis de démolir : "Le terrain nous appartient, mais l'idée est de le vendre à une structure, propriété du groupe Lamotte, dans laquelle la banque prendra une participation. Notre objectif est de pouvoir construire par la suite un programme mixte de bureaux et de logements", nous précise le secrétaire général. Mais Odile Decq ne l'entend pas du tout de cette oreille : "Je suis prête à défendre une cause qui me semble juste. La banque ne sait même pas si le PLU pourra être modifié pour accueillir des logements". L'architecte du Frac de Rennes, qui pourrait proposer des solutions prochainement, se mobilise et vient de lancer une pétition internationale ainsi qu'une page Facebook dans le but de sensibiliser l'ensemble des acteurs locaux, nationaux et internationaux. Elle espère notamment un classement des lieux en tant que monument historique ou alors une déclaration "Patrimoine du XXe siècle". La polémique n'est donc pas finie, et pourrait même prendre de l'ampleur...
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