TENDANCE. D'ici à 50 ans, nous serons quelque 9.5 milliards d'habitants sur terre, et il n'y aura donc plus assez d'espace pour nourrir le monde. C'est à partir de ce constat que des chercheurs et des architectes-urbanistes ont développé ces dernières années des prototypes de ferme urbaine. En la matière, ils ont fait preuves d'une imagination… fertile. Tour d'horizon.

Cultiver des fraises en été, manger les haricots et les salades de son potager... si ces petits privilèges étaient jusqu'à présent l'apanage des habitants de la campagne, les citadins peuvent aujourd'hui également s'adonner aux joies du jardinage.

 

C'est en tout cas, l'objectif de nombreux projets mis en place ces dernières années. A l'origine, l'objectif idéaliste de pouvoir nourrir la planète. De ce postulat, des constructions expérimentales ont émergé lorgnant même du côté de la science-fiction parfois. On se souvient ainsi, en 2009, de la tour Dragonfly, imaginée par l'architecte belge Vincent Callebaut qui mettait en scène deux ailes de libellules (Dragonfly) transparentes nervurées, alimentées de potagers urbains : "Cette ferme est conçue pour nourrir ses 50.000 habitants ainsi que 100.000 personnes aux alentours", expliquait à l'époque le concepteur, comparant son gratte-ciel aux jardins ouvriers d'antan. Mieux, son projet introduisait dans chaque logement un mur potager dans la cuisine afin de produire des légumes et des fruits frais pour les occupants. Même idée du côté du cabinet français SOA, qui s'est intéressé à cette question et a développé un concept baptisé "Tour vivante". Cette dernière proposait de cultiver des espèces locales de façon traditionnelle et de fabriquer des micro-climats destinés à la culture de végétaux importés des quatre coins de la planète afin d'éviter le transport. Mais attention, Pierre Sartoux précisait bien en 2006 : "Notre but n'est pas de dire qu'on va sauver le monde!" Point d'utopie donc…

Les toits potagers, une réalité

Ces fermes verticales étant pour l'instant restées à l'état de projet, ces concepts ont tout de même fait germer des initiatives intéressantes comme les toits potagers, implantées depuis longtemps à Brooklyn ou à Tokyo. En France, il n'est plus rare de voir se propager ce type de culture, notamment sur les immeubles de bureaux. Les salariés n'hésitent plus à mettre la main à la… binette pour voir pousser leur salade. Un des exemples emblématiques est le potager urbain expérimental installé sur les toits d'AgroParisTech (Centre Paris Claude Bernard) depuis décembre 2011. L'idée de départ ? Voir s'il est possible de cultiver des légumes sur une base de déchets organiques abondants en milieu urbain et périurbain, du type bois, compost ou carton. Dans un autre genre, mais à Paris toujours, le restaurant la recyclerie accueille une basse-cour de 17 poules, un jardin aromatique et des arbres fruitiers. Une tendance que l'on trouve également dans le résidentiel. Dans la cité Balzac de Vitry-sur-Seine, l'architecte Bruno Rollet a dessiné un bâtiment sur lequel se hisse au-dessus de ses 29 logements sociaux des serres et un potager. De même, la régie immobilière RIVP a soutenu le projet d'un jardin potager de 250 m2 dans le 13ème arrondissement de Paris. Objectif : créer et tisser du lien social tout en sensibilisant à l'importance de consommer local. Pas de doute, la capitale veut être en pointe sur ces thématiques. D'ailleurs, la maire Anne Hidalgo a lancé l'opération 100 hectares de toits végétalisés.

Du toit potager à la ferme urbaine industrielle

Mais ce n'est pas tout, certains poussent la démarche encore plus loin… A Lyon, l'équipe du projet FUL (Ferme Urbaine Lyonnaise) a créé un bâtiment capable d'abriter et contrôler une culture agricole en hydroponie, majoritairement sous climat artificiel, répartie en plateaux techniques superposés. Ici, le but est de fournir une production conséquente et continue, plus particulièrement pour l'industrie. "Nous commencerons au départ avec des salades qui grandiront sous la lumière de leds. Pour l'énergie, nous prévoyons d'utiliser un système de cogénération, voire de trigénération afin d'être en autocosonsommation. Un système qui pourrait nous permettre de chauffer des logements avec la récupération et le renvoi de calorichaleur", explique Philippe Audubert, un des trois porteurs du projet FUL. Ce dernier, qui se penche sur la production à grande échelle et dont le coût sur trois ans atteint 9 millions d'euros, est bel et bien lancé et devrait voir le jour fin octobre 2016 à Lyon et Angers. Une concrétisation qui pourrait drainer et alimenter encore de nouvelles idées…

 

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