Exit le bleu de travail ! Désormais, le vêtement de travail se veut tendance, mais attention tout en restant confortable et protecteur. Fabricants, entreprises redoublent de créativité pour séduire les artisans, ouvriers afin qu'ils s'approprient leurs habit, véritable vecteur d'image. Décryptage.

Il est bien loin le temps du bleu de travail, du plombier en salopette ou du maçon en marcel. Aujourd'hui, les artisans, ouvriers, employés des travaux publics veulent le confort, certes, mais aussi l'esthétique. Notamment les nouvelles générations. Preuve en est, actuellement, on ne parle pas de vêtement de travail, mais de "work wear". Hoodies, tee-shirts aux multiples coloris, pantalons jean font désormais partie de la garde-robe des travailleurs du bâtiment. Et donc des catalogues des fabricants.

 

Des produits qui parlent directement aux apprentis. "Les jeunes ont apporté une nouvelle dynamique au secteur, ils aiment être lookés, et ce même à l'heure du déjeuner puisque souvent ils n'ont pas le temps de se changer", raconte Alexandra Avram, directrice marketing chez Lafont, spécialiste du vêtement professionnel. Et de compléter : "La partie 'apparence' est de fait un facteur important, mais il faut également tenir compte de la partie risque, mieux assimilée à l'école par cette population".

Des tissus high tech

Un critère important qui a influé sur les tissus devenus plus techniques, voire high tech. Le Cordura, réputé pour sa résistance et sa solidité, fait désormais l'unanimité chez les fabricants toujours à la recherche de nouveautés. Plus particulièrement dans le secteur des équipements de protection individuels (EPI), plus réglementé que le simple vêtement de travail : "Nous venons de signer un partenariat sur un tissu multirisque espagnol : le Santanderina. Il se distingue par sa résistance à l'abrasion, son confort et sa douceur ", note Alexandra Avram. Chaque fabricant espère donc trouver la bonne formule afin de s'adapter aux besoins et aux nouveaux modes de vie des utilisateurs. "Notre point de départ, c'est l'utilisateur final. Peintres, maçons… il faut segmenter les offres-produits pour répondre aux contraintes et aux demandes des diverses professions", développe François Ruet de chez Molinel, spécialiste du vêtement de travail. Agrandissement des poches adaptées à la dimension du smartphone, poches sans scratch pour les lunettes pour qu'elle soit accessibles rapidement, tissus plus épais en bout de fermeture de parka pour ne pas gêner le menton, "un concentré de petites astuces" jalonne le vêtement de travail, s'enthousiasme François Ruet. Le secteur rivalise d'ingéniosité pour séduire un public large allant de l'ouvrier à l'entreprise : "Dans le monde du travail, il véhicule l'image d'un groupe, d'une société. C'est un véritable élément corporate", souligne la directrice marketing de Lafont.

Les femmes, une cible chouchoutée

Dirigeants, jeunes, tuteurs, salariés… aucun acteur n'est négligé. Dans ce contexte, les femmes, qui représentent 11% des salariés du bâtiment, disposent désormais de produits chez presque tous les fabricants. "Cette cible est bien là. On a des gammes adaptées à la morphologie féminine : habit cintré, ajusté aux hanches, etc.", détaille Stéphanie Duvert, directrice Développement et Marketing chez Muzelle Dulac Hasson. De même, chez Lafont, la collection L by Lafont propose des parkas cintrées, des tee-shirts vintage, des poches fixées aux bons endroits. En outre, à l'image des créations de haute couture, les collections sont régulièrement renouvelées : "Cette année, notre catalogue changera à 60% pour anticiper les tendances du marché. Tout va de plus en plus vite. Si auparavant le cycle de vie d'un produit était de 10 à 20 ans selon les secteurs, désormais il est beaucoup plus court. Dans l'artisanat, il atteint seulement 5 ans. Des chiffres influencés par la mode mais aussi par les normes qui bougent environ tous les cinq ans", souligne Alexandra Avram (Lafont). Être dans le vent nécessite donc d'être en pointe sur la technicité, la sécurité, le confort mais aussi la mode.

 

Dans un secteur toujours plus concurrentiel (NDLR : notamment des pays scandinaves), les fabricants doivent se démarquer pour toucher un public de plus en plus large. Pour soigner sa notoriété, Lafont a récemment tissé un partenariat avec le site de mode vintage Detoujours.com où l'on peut voir quelques pièces de la marque. Mais la marque souhaite aller encore plus loin : "Le B to C nous semble primordial car il valorise notre marque auprès du plus grand nombre", relève Alexandra Avram. Si dans les années 80, Coluche portait leur célèbre salopette, de même que le personnage de Vic joué par Sophie Marceau dans La Boum, Lafont espère aujourd'hui trouver un nouveau porte-drapeau. "Pourquoi pas Stromae ? ", plaisante le directeur général adjoint, Patrice Chazal. Que répondra le jeune chanteur belge au look si particulier. En tout cas, l'invitation est lancée…

 

Découvrez en pages suivantes quelques vêtements de travail illustrant ces différentes tendances
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