PORTRAIT

Maison d'architecte Isabelle Mahe
Isabelle Mahe ©
Isabelle Mahe : «le paysage alentour comme point de départ de la maison» (diaporama)

Le choix du lieu d’implantation d’une habitation est essentiel, pour Isabelle Mahe. Tellement que cette architecte est partie de la forêt située à proximité de sa maison pour décider de la forme et de l’orientation qu’elle allait donner à ses pièces. Visite en images.



Il a fallu tout le charme tranquille du bois des Metz, situé à Jouy-en-Josas (78), pour éloigner l’incorrigible parisienne qu’était Isabelle Mahe de la capitale : «J’ai d’abord été séduite par l’omniprésence de la forêt sur laquelle débouche la rue, explique-t-elle. Un cadre verdoyant qui a rapidement dicté les plans de sa propre maison. Car, selon cette architecte diplômée de l’école Paris-Villemin, qui reprend volontiers l’un des préceptes cher à Christian de Portzamparc, le travail n’est pas seulement de créer les murs mais surtout «d’occuper le vide entre ces murs». Et, selon elle, cela passe par «l’intégration du paysage au bâtiment» : «Mon premier travail de fin d’études, qui remonte au milieu des années 80, avait porté sur un centre cultuel, précise-t-elle. Je devais y créer des lieux de recueillement propices à la prière». Pour mener à bien ce projet, Isabelle Mahe s’est alors tout simplement inspirée du caractère austère de l’espace extérieur : «A l’époque, je m’étais attachée à véhiculer les sentiments et les sensations que pouvaient faire naître le lieu, vers l’intérieur de la bâtisse». Une première démarche qui s’est renforcée, au fil des années, jusqu’à devenir le fil conducteur de l’ensemble de ses créations.

Une maison ouverte
Vue du dehors, et hormis sa toiture asymétrique, l’habitation d’Isabelle Mahe est assez semblable à ses voisines. Pourtant, quelques indices annoncent déjà une demeure d’exception : «Cette maison est la seule à ne pas avoir de barrière extérieure pour délimiter les cinq mètres de terrain situés à l'avant, indique l’architecte. Le choix a été fait de se tourner vers la rue et d’accroître ainsi la sensation d’espace». Même le mur de la façade a été créé dans cet esprit : «Composé de carrés de verre, il participe, lui aussi, à atténuer la séparation entre le domaine public et la surface privée».

A l’intérieur de la maison, ce rapport aéré à l’espace se répète : «Il n’existe aucune porte, sinon pour les sanitaires. Les pièces sont en fait circonscrites par leurs différences de niveaux, ajoute Isabelle Mahe. Seuls les sanitaires possèdent une porte coulissante». C’est que l’architecte a composé sa maison selon son mode de vie propre : «Il n’était pas question de réaliser un logement familial avec beaucoup de petites chambres, comme souvent en banlieue parisienne. Au contraire, je souhaitais qu’elle revendique une possibilité d’habiter autrement, à l’image du couple sans enfant que mon compagnon et moi-même formons».

L’omniprésence de la forêt
L’habitation a été construite en fonction du lieu et, en particulier, de la forêt toute proche : «La maison est orientée vers le bois. Le choix de grandes baies vitrées augmente les possibilités de vue sur cet espace vert, le rendant ainsi plus proche. Toutefois, pour compenser son orientation nord défavorable, des ouvertures transversales ont été réalisées».

L’omniprésence de ce paysage naturel a un effet immédiat : il dicte l’ambiance intérieure qui évolue au fil des saisons. «Son décor changeant apporte tantôt de la lumière en hiver, lorsque les feuilles sont mortes, tantôt une présence massive en été. La partie du logement qui accueille la bibliothèque et le piano profite pleinement de cette verdure. Elle confère à cette pièce un certain isolement, renforcé par sa situation en contrebas». Cette atmosphère est propice à la musique et à la rêverie, mais aussi au repos. La chambre qui possède une ouverture à l’ouest a d’ailleurs été dotée d’une baie vitrée et d’un balcon au nord, deux éléments qui permettent pleinement d’admirer la vue.

Si ce concept de maison reste encore atypique dans le quartier, il pourrait bien conquérir d’autres riverains. Isabelle Mahe a remarqué que certains de ses voisins avaient déjà commencé à faire, comme elle, sauter les barrières autour de leur parking. Une démarche qui, comme l’espère cette architecte, pourrait bien marquer les prémisses d’une nouvelle façon d’habiter…

Leslie Cottenceau-Mathurin (08/06/2009)


 



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