RISQUES PROFESSIONNELS. Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) est en passe de classer les fumées de soudage et les rayonnements UV issus des soudages comme "cancérigène avéré". Une évolution qui n'aura pas forcément de conséquences sur l'exigence de la réglementation européenne.

D'après l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) est en passe de classer "cancérigène avéré" les fumées de soudage et les rayonnements UV issus des opérations de soudage. Jusqu'à maintenant, ces éléments étaient considérés comme "cancérigènes probables". "Auparavant, seulement certains éléments de ces fumées, comme le chrome hexavalent, étaient considérés comme cancérigènes", explique à Batiactu Myriam Ricaud, experte d'assistance sur le risque chimique à l'INRS. "A présent, ce sont les fumées qui sont concernées. Elles peuvent en effet créer des surcharges dans les poumons, et déclencher des irritations, des bronchites chroniques, de l'asthme ou dans le pire des cas des cancers."

 

"Cette décision n'est pas une surprise", Myriam Ricaud, INRS

 

Quant à la dangerosité des rayons UV, elle concerne le soudage à l'arc électrique. "Le Circ a considéré qu'il existait assez d'études concluant qu'il existait un lien entre ces rayons et la possibilité de développer un cancer", explique Myriam Ricaud. Pour la spécialiste, ce nouveau classement n'est pas une surprise. "Cela concerne de très nombreux professionnels. Lorsque l'on visite un atelier où des protections individuelles ou collectives ne sont pas mises en place, on sent une odeur très caractéristique", explique Myriam Ricaud. "Des salariés respirent donc ces fumées durant une grande partie de leur vie. Et même si cela n'est qu'une ou deux heures par semaine, si l'exposition est ainsi régulière sur quinze ans, cela peut avoir des effets néfastes sur la santé."

 

De nombreux professionels du BTP sont effectivement concernés. C'est le cas des métalliers. "Cela fait très longtemps que nous sommes conscients de ces risques et que nous mettons en place des mesures de prévention", explique Jonathan Barreau, responsable technique au sein de l'Union des métalliers de la Fédération française du bâtiment (FFB). "Notamment parce que le chrome hexavalent, présent dans certaines fumées de soudure impliquant de l'acier inoxydable, est déjà considéré cancérigène en France." Ainsi, la décision du Circ pourrait ne pas faire évoluer les pratiques dans les ateliers et sur les chantiers. "Les professionnels ont l'obligation de protéger leurs salariés et le font", remarque Jonathan Barreau. "Toute une gamme d'outils et de pratiques permettant d'aspirer les fumées et les poussières à la source : les torches ou bras aspirant, les tableaux et panneaux aspirant... Des cabines de soudage existent également pour protéger les salariés qui sont à proximité des soudeurs. Et ils portent tous des masques pour se protéger des rayons lumineux."

 

Vers un durcissement de la réglementation ?

 

Il existe également, en matière de protection collective, des systèmes d'aspiration centralisés. "Lorsque ce type d'installation est bien dimensionné, cela fonctionne très bien", confirme Myriam Ricaud. Par ailleurs, l'Union des métalliers a édité, en 2014, un guide sécurité-qualité-environnement où les sujets des fumées de soudage et tous les moyens de prévention sont évoqués.

 

Ce nouveau classement aura-t-il des conséquences sur l'exigence de la réglementation européenne ? "Pas nécessairement", pronostique Myriam Ricaud. "Il n'y a pas un lien systématique entre les décisions du Circ et les textes européens. Mais cela peut interpeller les entreprises dont les salariés sont exposés."
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