MATERIAUX. Grande durée de vie, production locale, possibilité de recyclage, recapture du carbone émis… La filière béton entend démontrer les qualités de ses solutions constructives, qui pourraient pâtir de la future réglementation E+C-. Entretien avec Laurent Izoret, le directeur délégué Produits & Applications de l'Atilh, pour en savoir plus.

La construction bois est aujourd'hui en plein essor. Les appels à projets et chantiers pilotes se multiplient alors que les records de hauteur et de volumes de bâtiments tombent régulièrement en Europe et dans le monde. Mais la filière béton, qui domine le marché de la construction depuis des décennies, n'entend pas se laisser détrôner si facilement. Laurent Izoret, directeur délégué de l'Atilh (Association technique de l'industrie des liants hydrauliques), se fait porte-parole de toute cette industrie : "Les propriétés du béton par rapport à l'urbanisation contribuent à bâtir plus et mieux, au moment où 80 % de la population s'installe en ville. Cette pression démographique est à prendre en compte. Il faut repenser la ville, la reconstruire, et transformer l'habitat pour le rendre compatible avec les exigences économiques et environnementales". Il convient donc de lutter contre l'étalement urbain en densifiant les villes afin de ne pas consommer les ressources foncières de façon inconsidérée.

 

Dépasser les 100 ans de durée de vie ? Facile !

 

La filière béton s'est mise en ordre de bataille pour y répondre. Laurent Izoret cite de nombreux exemples de constructions réalisées dans ce matériau, dont les structures sont réutilisables grâce à leur qualité et leur longue durée de vie. "En dehors de la construction de logements et de bureaux, la tendance générale est celle de la réutilisation de bâtiments et d'infrastructures - y compris souterraines - déjà existants". Un phénomène qui aurait pour avantage de réduire l'empreinte environnementale d'un bâtiment en allongeant sa durée de vie. Le directeur délégué de l'Atilh poursuit : "La durabilité visée est de 50 ans, mais dans les faits, les structures sont résistantes bien au-delà de cette durée, jusqu'à deux fois plus, sans souci". Pour lui, le calcul de l'impact carbone devrait se baser sur l'unité constructive plutôt que sur la masse de matériau utilisée, ceci afin de remettre les différentes filières sur un pied d'égalité. "Le bilan objectif devrait être basé sur le mètre carré de surface plancher, ou sur le volume, pour intégrer les éléments structurels et d'isolation", ajoute-t-il. La question de la mixité entre les matériaux se pose également. L'expert argumente : "Même la tour Hypérion de Bordeaux a besoin de béton, pour répondre aux contraintes de durabilité".

 

Mais Laurent Izoret souhaite que la filière mette l'accent sur le recyclage du béton : "Après Recybéton nous sommes allés plus loin. Il est possible d'atteindre les 100 % de recyclage. C'est la fraction fine qui pose problème techniquement, car l'absorption d'eau dégrade la qualité du béton obtenu. Mais il doit être possible d'utiliser des sables pour remplacer le mélange argile et sable entrant dans la composition du ciment". L'avantage de cette avancée sera de pouvoir renforcer l'économie circulaire des matériaux issus de déconstructions.

 

Le béton, un puits de carbone ?

 

Autre grande thématique d'intérêt pour cette industrie, celle de la captation de carbone par le béton au fil du temps, qui pourrait finir par changer son image. "Par un phénomène de carbonatation, il fixe le CO2 atmosphérique : c'est le mécanisme de durcissement des chaux naturelles. Et il ne se déroule pas uniquement en surface, mais jusqu'à plusieurs centimètres dans l'épaisseur du matériau", nous explique-t-il. Cependant, cette fixation de gaz carbonique entraîne une acidification du béton qui a pour fâcheuse conséquence de… ronger les armatures métalliques noyées à l'intérieur. "D'où le projet FastCarb, de carbonatation rapide des bétons par du CO2 industriel, lancé à l'initiative de l'Ifsttar et qui implique tous les cimentiers", fait valoir Laurent Izoret. Une formulation adaptée pourrait permettre de protéger la nappe d'armature, tout comme le remplacement de l'acier par d'autres types de renforts (fibres de carbone par exemple) pourrait résoudre le problème. Et, dans le cas de granulats recyclés la problématique de carbonatation ne se présenterait plus, puisque le béton primitif aura déjà fixé le CO2. Selon les évaluations, entre 25 et 30 % du gaz carbonique émis lors de la production pourraient ainsi être captés par le matériau, correspondant à une compensation partielle de son empreinte. Diverses startups travaillent sur la question, comme Solidia Technologies.

 

Pour le directeur délégué de l'Atilh, la question même de cette empreinte carbone est sujette à polémique. Il réfute l'idée qu'un mètre cube de béton représente 400 à 450 kg de CO2. "Ce sont des valeurs extrêmes de l'hypothèse. Aujourd'hui nous sommes plutôt aux alentours de 200-250 kg CO2/m3, sans armatures", relate-t-il. Dans un avenir proche, ce poids carbone devrait même diminuer sous la barre des 200 kg CO2/m3 pour viser celle des 100 kg CO2/m3. L'expert note : "Le clinker porte l'essentiel du CO2. En le coupant avec d'autres matières, comme le calcaire, les cendres volantes ou le laitier, à hauteur de 50 voire 65 %, il est possible de diminuer ces émissions. La dégradation des performances à l'arrivée peut être compensée par la finesse du broyage. Certes, le ciment obtenu ne sera pas ultra-performant type 52.5 mais l'obtention de 42.5, qui représente 80 % de la production actuelle, ne posera aucun problème". Même en fin de vie, le matériau présenterait un intérêt : "Démoli, concassé et utilisé en sous-couche routière, son empreinte est encore améliorée de 50 kg CO2/m3, ce qui correspond à un bilan quasiment étal", conclut le spécialiste.

 

Des nombreuses pistes d'optimisation s'offrent donc aux industriels de la filière afin d'améliorer encore les caractéristiques du béton pour concilier performances mécaniques et problématiques environnementales. La question de la raréfaction des matières premières y compris le sable ou l'eau, ne manqueront pas d'accélérer les recherches.

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