Les consommations énergétiques et émissions de CO2 de la construction baissent, mais cette tendance positive doit être accentuée pour parvenir au respect des engagements nationaux. C'est l'information principale du 3e Tableau de bord publié par le Plan Bâtiment Durable et le CSTB. Décryptage.

Les données ne sont pas les plus récentes : pour des raisons de disponibilité des statistiques, le Troisième tableau de bord de la construction durable, publié par le Plan Bâtiment Durable et le CSTB, repose sur des chiffres qui ont près de 2 ans. Il donne donc une image du secteur à la fin de 2014, mais dessine également une tendance, celle d'une réduction continue des consommations d'énergie et des émissions de gaz carbonique, engagée depuis les années 1990. Dans son édito, Philippe Pelletier, le président du Plan, annonce : "Si les évolutions vont dans le bon sens, la diminution des gaz à effet de serre ne se fait pas encore à un rythme suffisant. Il faut augmenter l'ampleur et l'efficacité des efforts fournis pour demeurer sur la bonne trajectoire".

 

Les émissions de CO2 "dues à la combustion de l'énergie du secteur résidentiel-tertiaire", par exemple, ont baissé de plus de 12 % entre 1990 et 2014. Mais le triomphalisme n'est pas de mise : elles sont reparties à la hausse en 2014 (+0,4 %), à cause d'un recours accrue à des sources fossiles (pétrole et charbon). Or, les ambitions pour 2030 imposent des efforts bien supérieurs à la baisse moyenne de -0,7 % par an (sa valeur sur la période). Il faudrait une diminution de ces émissions de -60 % d'ici à la fin de la prochaine décennie, soit une baisse annuelle de -6,3 % ! Le tableau de bord résume : "Les réductions doivent être supérieures dans les 15 prochaines années aux baisses mesurées au cours des 25 dernières. En particulier, le secteur résidentiel-tertiaire est supposé contribuer très fortement à la baisse". L'accélération du rythme, imposée par le respect de la Stratégie nationale bas-carbone, est donc particulièrement importante.

 

Des baisses de consommation au m² annulées par la hausse des surfaces

 

Du côté de la consommation énergétique de tout le secteur résidentiel-tertiaire, elle semble stabilisée à un peu moins de 68 millions de tonnes équivalent pétrole par an. Une légère baisse a été constatée entre 2012 et 2014 (-1,45 %), provenant principalement de la diminution de la consommation électrique. L'étude révèle : "Le ralentissement du chauffage électrique dans la construction neuve ne suffit probablement pas à l'expliquer". Les auteurs estiment que l'impact des variations climatiques n'aurait pas été totalement corrigé. "De manière générale, les bouquets énergétiques des deux secteurs, résidentiel et tertiaire, sont assez différents : la part de l'électricité est beaucoup plus importante dans le tertiaire (55 %) que dans le résidentiel (28 %), en raison de son utilisation intensive pour la bureautique et la climatisation. A l'inverse, les énergies renouvelables (essentiellement le bois-énergie) représentent 21 % de la consommation finale énergétique du résidentiel, mais seulement 4 % dans le tertiaire", détaille le tableau de bord. Là encore, le rythme de décroissance est trop faible pour tenir les objectifs de la loi de Transition énergétique : les consommations énergétiques devront baisser de 2 % par an pour atteindre la cible de 2030. Même pour les seules sources fossiles, comme le fioul, les baisses devront être plus soutenues qu'elles ne l'ont été jusqu'à présent.

 

L'augmentation des surfaces chauffées apparaît comme un facteur qui vient contrecarrer les efforts de diminution des consommations unitaires dans les bâtiments. Au total, elles sont passées de 2.645 millions de m² en 1990 (dont 75 % de résidentiel) à 3.553 Mm² (dont 73 % de résidentiel) entre 1990 et 2014. Des évolutions tirées par l'accroissement de la population française et la croissance régulière de la surface par personne. Mais dans le même temps, les résidences consomment moins d'énergie par m² : sur l'ensemble des usages, les logements sont passés de 271 kWhep/m².an à 226 kWhep/m².an entre le début des années 1990 et le début des années 2010. "Si la consommation unitaire de chauffage a connu une baisse plus forte, d'autres postes de consommation sont restés stables (eau chaude) ou ont augmenté", note le tableau de bord. Dans le parc tertiaire, les consommations d'énergie au m² ont diminué en ce qui concerne le chauffage, passant de 182 kWhep/m².an en 1990 à 142 kWhep/m².an en 2013. Mais elles ont été contrebalancées par l'augmentation des autres postes de consommation… Finalement, si tous les usages sont considérés, les chiffres de 1990 et 2013 sont équivalents à 412-413 kWhep/m²/an.

 

Des rénovations "performantes" plus chères qu'attendu

 

Le rapport du Plan Bâtiment Durable s'intéresse ensuite au nombre de rénovations énergétiques du parc de logements privés en s'appuyant sur l'enquête OPEN de l'Ademe. En 2014, 288.000 opérations de ce type ont été menées dans l'Hexagone : 179.000 rénovations "performantes" et 109.000 "très performantes". Le coût moyen d'une rénovation est de 25.410 € TTC, ce qui est supérieur aux 19.600 € estimés lors d'une enquête précédente. Le tableau de bord précise : "Sous réserves méthodologiques, le rythme des rénovations semble se maintenir ou progresser légèrement. Il reste toutefois nettement inférieur aux objectifs affichés. La cible visée par la loi de Transition énergétique est de 380.000 à l'horizon 2017 (déclinaison sur le parc privé de l'objectif de 500.000 rénovations annuelles de logements)".

 

Enfin, l'enquête révèle que les solutions "performantes", permettant d'obtenir les aides de l'Etat, ont globalement progressé, au détriment des solutions ayant un moindre impact énergétique. En 2014, 1,2 million de logements ont ainsi opté pour des changements de menuiseries dont 30 % présentaient un niveau adéquat (47 % étaient "moyennes" et 23 % "faibles"). Plus d'un million de logements ont choisi d'intervenir sur l'enveloppe (dont 47 % de toitures performantes et seulement 17 % de murs ad hoc), et 998.000 ont choisi d'améliorer leur système de chauffage (dont 36 % de niveau performant). Philippe Pelletier analyse : "Les chiffres de l'enquête Open montrent que la marge de progression est encore importante dans la mesure où, sur l'ensemble du parc, on dénombre une part importante de logements pour lesquels seule une rénovation partielle a été réalisée. Il nous faut donc mieux travailler, en jouant sur tous les leviers de diminution des consommations énergétiques et des émissions de GES". Le président du Plan Bâtiment Durable conclut : "Les professionnels de l'offre de prestations et de travaux, qui se sont déjà beaucoup mobilisés, doivent poursuivre et amplifier leur effort au service de leurs clients et prospects".
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