Le développement du transport fluvial impose une maintenance accrue des canaux du nord de la France. Avec l'initiative "Alluvio", Voies Navigables de France, l'Ademe et la région Hauts-de-France, souhaitent mettre sur pied une stratégie globale de gestion et de valorisation des sédiments fluviaux. Ces derniers pourraient constituer une ressource durable pour la fabrication de matériaux de construction ou des opérations de remblai. Explications.

Le Nord du pays est particulièrement dense en voies navigables : il dispose de plus de 680 kilomètres de fleuves et canaux qui permettent à plus de 12 millions de tonnes de marchandises de transiter, chaque année (l'équivalent de 610.000 camions). Mais la sédimentation, c'est-à-dire l'accumulation de particules issues des bassins versant dans l'eau, constitue un frein au développement de ces capacités. L'extraction de ces sédiments, à raison de 100 à 200.000 m3 par an, est donc un enjeu majeur qui pourrait se doubler d'une opportunité économique. C'est tout le sens de la stratégie "Alluvio", mise en place par Voies Navigables de France (VNF), l'Ademe, l'agence de l'eau Artois-Picardie et la région Hauts-de-France, qui s'adresse aux collectivités et aux industriels. Objectifs : mutualiser les ressources disponibles, établir la faisabilité technique et évaluer les marchés.

 

Les partenaires du projet précisent : "Alluvio amène une vision plus globale et plus concrète de la gestion des sédiments. Cette stratégie prévoit la réalisation d'un état des lieux complet et chiffré, et de plans d'actions concertés, pour limiter les apports sédimentaires, faire évoluer les sites de gestion et faire émerger des filières de valorisation, innovantes, pérennes et rentables". Les travaux devraient s'étaler sur quatre ans, en plusieurs phases successives : évaluation de la qualité de l'eau et des sédiments ; identification et caractérisation des apports sédimentaires ; évaluation des volumes à extraire ; identification des filières de valorisation et de la réglementation applicable ; gestion des sédiments à terre. Des retours d'expériences de projets similaires menés aux Pays-Bas et en Belgique seront étudiés. Il est prévu que la stratégie puisse finalement réellement entrer en œuvre à partir de 2019 et qu'elle génère des créations d'emploi non délocalisables.

 

Construction de routes, renforcement de berges, requalification de friches

 

Déjà, de nombreuses expérimentations ont eu lieu dans la région, notamment le projet "Sédimatériaux" qui avait débouché sur la formulation d'un béton incorporant des sédiments fluviaux, du sable de fonderie et des gravats issus de déconstruction, soit une recette reposant à 100 % sur des déchets valorisés. Outre la production de ciments et bétons, les partenaires d'Alluvio envisagent également la fabrication de briques. Autres débouchés possibles, la réalisation de chemins et de sous-couches routières, de remblais, la stabilisation de berges par enrochement béton ou encore la réhabilitation de friches urbaines notamment en couverture de sols pollués. "Dans une approche tournée vers les marchés, Alluvio identifiera à l'échelle de la région, étendue au bassin parisien, les filières de valorisation possibles des sédiments", annoncent les acteurs de l'initiative stratégique. Outre les volumes nécessaires, les travaux viseront également à détailler les opérations techniques indispensables à l'utilisation des sédiments : séchage, filtration, tri granulométrique, traitements éventuels (biologique, chimique, thermique), etc.

 

Les porteurs de la stratégie concluent : "Alluvio donnera ainsi aux acteurs de la valorisation des sédiments sur un horizon de 20 ans" et que l'approche ouvrira la voie à une véritable économie circulaire de ces matériaux, aujourd'hui considérés comme des déchets.
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