"Nous assumons de sortir l'artillerie lourde", a déclaré lundi 17 août 2026 à Mérignac (Gironde) Sébastien Lecornu lors d'une conférence de presse pour présenter les mesures du gouvernement sur la reconstruction des territoires et l'adaptation après les incendies qui ont ravagé de nombreux territoires tout l'été, des Landes à la Gironde en passant par le Var, le Pas-de-Calais ou la Seine-et-Marne (forêt de Fontainebleau). Le chef du gouvernement était accompagné de plusieurs ministres dont Vincent Jeanbrun (Logement), Françoise Gatel (Aménagement du territoire), Laurent Nuñez (Intérieur), Annie Genevard (Agriculture) et Serge Papin (PME, commerce, artisanat, tourisme).
12 millions pour les collectivités et des exonérations fiscales et sociales pour les entreprises
12 millions d'euros pour les collectivités de Gironde et des Landes seront débloqués et mis entre les mains de la préfète de région pour pouvoir engager des travaux rapidement. Quinze communes ont en effet été sinistrées en Gironde et trois dans les Landes. L'État prévoit une aide de 10 millions d'euros pour les collectivités concernées en Gironde et de 2 millions d'euros dans les Landes. Elle s'adresse aux collectivités ayant directement subi des destructions ou participé aux réponses d'urgence.
Le gouvernement a également annoncé des exonérations de trois mois de cotisations sociales pour les entreprises situées dans des communes sinistrées et/ou évacuées.
Côté fiscalité, l'État acquittera à la place des entreprises la taxe foncière pour les collectivités locales. Ces éléments de relance fiscale et sociale se retrouveront dans le projet de loi de finances initial que le gouvernement présentera le 30 septembre prochain. "Une mesure radicale, un peu coûteuse pour les finances publiques, mais je l'assume", a soutenu le Premier ministre. Quelques heures plus tard, dans le Var, le chef de l'État Emmanuel Macron assurait que les communes du Var touchées par les feux bénéficieraient des mêmes dispositifs d'aide que celles des Landes et de Gironde.
Au total 100 millions d'euros de soutien débloqués
Le Premier ministre a chiffré à plus de 100 millions d'euros le coût total des mesures de soutien annoncées. À commencer par le relogement d'urgence en mobil-homes ou meublés de tourisme pour lequel le gouvernement va augmenter les fonds d'accompagnement des collectivités locales.
Sébastien Lecornu s'est ensuite engagé à ce que la reconstruction des habitations détruites par le feu puisse être faite très rapidement : "Il y a un enjeu avec les assurances, mais, en tout cas, je ne veux pas que la puissance publique - les communes, l'État, les collectivités locales - soient montrées du doigt ou qu'on leur reproche une bureaucratie excessive qui retarderait le retour à la normale".
Des permis à délivrer en moins d'un mois pour les petites reconstructions
Pour cette reconstruction, le chef de gouvernement a annoncé que les délivrances de permis de construire pourraient se faire "globalement dans un délai d'un mois". Même souci de délivrer des permis rapidement pour les grosses constructions qui seraient plus délicates au regard de la forêt et des environnements naturels : Sébastien Lecornu veut faire élaborer une doctrine par la Mission d'appui reconstruction et adaptation des territoires (MRAT) dédiée aux zones touchées par les feux de forêt et de végétation. Mise en place le 5 août et composée de cinq personnalités qualifiées, la MRAT a vocation à accélérer et faciliter la reconstruction, le soutien économique et l'appui à la population des zones touchées par des feux de forêt.
Des obstacles légaux à lever, un point d'équilibre à trouver
"L'objectif est de permettre à la préfecture et aux maires de pouvoir délivrer des permis de construire qui sont un tout petit peu différents", a précisé Sébastien Lecornu : "Il peut y avoir des obstacles légaux importants : loi Littoral, loi sur l'eau… Il y a un point d'équilibre à trouver entre la rapidité et la nécessité de ne pas refaire n'importe quoi dans la reconstruction", a convenu le Premier ministre. "Les mêmes qui veulent que ça aille très vite aujourd'hui sont les mêmes qui diront dans deux ou trois ans : pourquoi avez-vous laissé faire ? Un grand classique !", a-t-il ironisé.
Sébastien Lecornu compte utiliser le projet de loi Relance Logement porté par Vincent Jeanbrun et adopté en première lecture au Sénat le 8 juillet 2026 : "Nous allons injecter dans cette loi un article de type 'Notre-Dame de Paris' sur les zones dans lesquelles nous avons eu un sinistre (...) pour permettre aux maires de délivrer des permis de construire et à la préfecture d'avoir une base légale particulière extraordinaire en quelque sorte qui permettra d'aller vite."
Construire plus vite mais aussi mieux
"L'idée est de construire vite, bien et mieux de manière plus sécure", a ajouté Vincent Jeanbrun, ministre du Logement, qui compte limiter les recours contentieux contre les projets de reconstruction aux seuls "éléments qui seraient différents de ce qu'était le bâti à l'époque", citant l'exemple d'une extension rajoutée qui justifierait un recours.
Dans le cas très particulier où la reconstruction serait un peu longue et nécessiterait un hébergement transitoire, Vincent Jeanbrun a précisé qu'un décret permettrait d'avoir des constructions sans fondation durant une période de trois ans au lieu d'un an sur le terrain du logement détruit ou sur un terrain communal.
Des assureurs qui se font tirer l'oreille ?
Le Premier ministre n'a pas caché les difficultés rencontrées avec les assureurs : "Nous nous sommes fait engueuler hier et ce matin à la place des assureurs !", a expliqué le Premier ministre après sa rencontre avec les habitants des communes sinistrées, à commencer par Le Porge, où 183 habitations ont été dévastées. Sébastien Lecornu a prévenu : "Les compagnies d'assurances qui joueront le jeu, nous dirons lesquelles, et celles qui ne joueront pas le jeu, nous le dirons aussi."
Etienne Gless
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