Depuis le passage de Katrina le 29 août 2005 et les inondations qui ont noyé une grande partie de la ville, le Génie militaire américain s'est efforcé de réparer les digues qui avaient cédé sous la furie des eaux.

L'état des travaux est suffisant pour empêcher de nouvelles inondations, affirment les ingénieurs. Mais beaucoup d'habitants de la métropole louisianaise ont des doutes. Ainsi, Luke et Jane Marengo ont préféré rester dans le camp de caravanes où ils résident depuis novembre plutôt que de revenir habiter dans leur maison. «On doit faire confiance aux autorités mais j'ai très peu confiance en elles depuis Katrina», dit Luke.
La Nouvelle-Orléans se situe en partie sous le niveau de la mer et est bordée par deux grandes lagunes d'eau saumâtre, le lac Pontchartrain au nord et le lac Borgne à l'est. Gonflée par la tempête, l'eau de ces deux lacs avait emporté des digues dont une considérée comme vitale pour la protection de la ville dans la zone du canal de la 17e Rue. La montée des eaux se transforma en un piège mortel pour des centaines d'habitants. Dans certains quartiers, les plus pauvres et majoritairement peuplés de Noirs, le déluge atteignit le niveau des toits, endommageant ou détruisant des dizaines de milliers de maisons.
Neuf mois après cette tragédie, quelques travaux sont encore nécessaires. La construction de l'écluse à l'entrée du canal de la 17e Rue ne devrait pas être terminée avant la mi-juin tandis que le système de pompage sur le canal de la London Avenue sera achevé encore plus tard. Ces deux canaux sont liés au lac Pontchartrain.
Avant Katrina, les digues et les murs de contention de La Nouvelle-Orléans étaient prévus pour résister au maximum à un cyclone de catégorie 3. «Nous avons besoin de digues capables de résister à un cyclone de force 5 parce que c'est le minimum pour protéger La Nouvelle-Orléans et le sud-est de la Louisiane», affirme Sandra Rosenthal, une militante écologiste.
L'érosion permanente des îles côtières et des zones marécageuses du littoral louisianais (qui fait disparaître entre 60 et 100 kilomètres carrés de côte par an) se traduit par une augmentation de la puissance des ondes de tempête au moment où elles frappent La Nouvelle-Orléans, tandis que la ville, et ses digues avec elle, s'enfonce lentement. Même un ouragan de catégorie 3, si sa trajectoire est suffisamment lente, peut l'inonder presque entièrement, craignent plusieurs experts.
Ainsi, selon le Los Angeles Times, une équipe d'experts appartenant à l'école de travaux publics de l'Université de Californie à Berkeley a émis de sérieux doutes sur la capacité qu'auraient les digues de La Nouvelle-Orléans à résister à un nouvel ouragan de la force de Katrina. Selon ces experts, malgré les 800 millions de dollars dépensés pour les remettre en état, de nombreuses malfaçons et erreurs de conception rendent les digues toujours aussi peu sûres.
En outre, une simple tempête tropicale pourrait détruire les préfabriqués où vivent encore plus de 50.000 habitants de La Nouvelle-Orléans, a mis en garde Sandra Rosenthal.
Moins de la moitié seulement des 455.000 habitants qui habitaient La Nouvelle-Orléans avant Katrina sont revenus y vivre.



Allen Johnson (AFP)

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