En Seine-Saint-Denis, les travailleurs sociaux, regroupés en coordination, sont de plus en plus confrontés aux familles en détresse notamment à cause de loyers impayés. Reportage.

"C'est simple, en Seine-Saint-Denis, nous avons explosé il y a deux ans tellement la situation était intenable. On s'est tous regroupés pour créer une Coordination des travailleurs sociaux pour le droit au logement pour tous", explique Augusta Epanya, assistante sociale, dans le bureau de la coordination à la mairie de Bobigny.

Autour de la table sont réunies trois autres assistantes sociales. Si elles estiment avoir été "enfin entendues par (le ministre de la Cohésion sociale) Jean-Louis Borloo qui annonce un gel des expulsions pour les locataires HLM de bonne foi", elles affirment vouloir "encore lutter pour que les expulsions cessent totalement car "95% des locataires sont toujours de bonne foi".
"Que signifie être de bonne foi ?" s'interroge Isma Zalambani, assistante-sociale à Pantin (Seine-Saint-Denis). "Si un locataire ne peut plus payer son loyer pendant un mois ou deux à cause d'une facture EDF trop élevée à la fin de l'hiver, sera-t-il considéré de mauvaise foi ?", ajoute-t-elle.

Dans ce département, les acteurs sociaux sont submergés par les difficultés et les pénuries de logement.
"De nombreuses personnes à petits salaires, mais aussi les personnes en invalidité, sous tutelle ou touchant le RMI n'arrivent plus à payer leur loyer. Les logements sociaux manquent cruellement et on assiste à une privatisation croissante du parc locatif", constate à son tour Yasmine Kaci, assistante-sociale à Noisy-le-Sec.

Le moratoire des expulsions annoncé la semaine dernière par M. Borloo ne concerne que les logements sociaux."J'ai l'exemple d'un homme qui vit dans une cave à Bobigny. Il était chef d'entreprise, et sa femme était atteinte d'une sclérose en plaques. Après sa mort, il est devenu dépressif et a perdu son travail. Il a été ensuite été expulsé et vit dans cette cave au sous-sol de l'immeuble où il habitait. Cela peut arriver à n'importe qui", souligne Augusta.
"D'où l'importance de faire de la prévention pour ne pas en arriver là", répond Martine Chauvet, responsable du service social à l'hôpital Avicenne à Bobigny.
Et de rappeler qu'en Seine-Saint Denis, les expulsions ont augmenté de 100% entre 2002 et 2003, passant d'environ 1.500 à 3.000.
"Résultat: une famille expulsée se retrouve à la rue, les enfants sont déscolarisés, le système d'accès aux soins se dégrade et ces familles s'enfoncent dans une précarité immense", assure Martine Chauvet.

Cette spécialiste le constate tous les jours à l'hôpital Avicenne: de plus en plus de familles sont envoyées par le 115 (Samu social) aux urgences pour trouver un toit pour une nuit.
Un système "infernal" qui "coûte très cher", selon Yasmine Kaci, car "entre une expulsion qui mobilise du monde, les hôtels payés par l'aide sociale à l'enfance, ce sont autant de sommes qui pourraient servir à la prévention".

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