INTERNATIONAL. Souvent inadaptés à la circulation telle qu'elle l'est au XXIe siècle, les ponts britanniques datant de l'époque victorienne se révèlent être un véritable casse-tête à rénover, entre la colère des usagers et l'imbroglio autour de qui va régler la facture.

Depuis août 2020, le pont de Hammersmith, au sud-ouest de Londres, est fermé aux piétons et aux cyclistes. Cela faisait déjà 18 mois que son accès était interdit aux voitures. D'importants travaux de rénovation sont en effet nécessaires sur cet ouvrage ouvert au public il y a 133 ans. Tellement lourds que sa réouverture à la circulation n'est pas prévue avant 2027. Initialement, l'infrastructure est conçue pour faire traverser des charrettes tirées par des chevaux, et non des voitures en grand nombre. Et sa structure en fonte présente désormais de multiples failles.

 

Alors que le Premier ministre britannique, Boris Johnson, s'était engagé lors de sa campagne électorale à lancer une "révolution des infrastructures", Hammersmith n'est que le dernier exemple en date d'une question qui se pose partout en Grande-Bretagne : comment rénover et adapter aux exigences du XXIe siècle des infrastructures vieillissantes dont beaucoup ont déjà dépassé leur date de péremption, s'interroge le professeur en ingénierie John Kelsey, de l'University College London. Et principalement ceux construit à l'époque victorienne.

 

Rupture de service et allongement des temps de trajet

 

A Londres, les interruptions de circulation se multiplient. En août également, l'emblématique Tower bridge, construit en 1894, avait dû être fermé pendant deux jours pour effectuer des réparations. Il était resté bloqué dans les airs pour laisser passer des bateaux, sans pouvoir s'abaisser à nouveau. Le Vauxhall, bâti en 1906, et le plus récent London bridge, datant de 1973, ont également dû faire face à de longues fermetures pour réparations.

 

Ces ruptures de service transforment profondément le quotidien des habitants. Dans le quartier londonien de Barnes, Toby Gordon-Smith, interrogé par l'AFP, fait part des perturbations "profondément frustrantes". Alors qu'il peut voir la Tamise depuis chez lui, il lui faut depuis la fermeture du pont de Hammersmith "45 minutes pour arriver au bureau", de l'autre côté de la rive, voire parfois deux heures, "contre 10 minutes" habituellement. Et même si un système de ferry devrait être mis en place à partir de l'année prochaine entre les deux rives, la proposition arrive bien tard estime les habitants.

 

Qui paye les travaux

 

Autre problème épineux qui se pose dans de nombreux cas : qui va payer les travaux de rénovation de ces ponts ? Dans le cas de l'ouvrage d'Hammersmith, par exemple, des querelles administratives pour savoir qui devra s'acquitter de la facture (qui s'élève à environ 178M€) impliquent sept intervenants au niveau local et national.

 

Pour le député conservateur Greg Hands, dont la circonscription de Chelsea et Fulham se retrouve submergée par les embouteillages, "il ne fait aucun doute" que le conseil en charge du quartier de Hammersmith, copropriétaire de la structure, "n'a pas bien entretenu le pont". Le chef de l'administration locale, Stephan Cowan, affirme de son côté ne pas disposer de "l'injection initiale de 46 millions de livres" (environ 52M€) nécessaire pour stabiliser le pont, et accuse le gouvernement de traîner des pieds pour fournir les fonds pour ces travaux. Des querelles qui pourraient bien avoir retardé encore la date de réouverture du pont.

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