Le secteur du bâtiment et des travaux publics au Japon vit une conjoncture très difficile, pris en tenaille entre des banques qui restreignent leur crédit et un Etat qui réduit ses carnets de commandes.

"Il y a des vainqueurs et des perdants dans le secteur de la construction et la ligne qui sépare les deux groupes est de plus en plus nette", a estimé Daisuke Fukushima, analyste du secteur pour Nomura Research Institute, pour qui certains des perdants sont en train de quitter la course.

Dimanche, le constructeur de taille moyenne Sato Kogyo a déposé le bilan sous un passif de 567,54 milliards de yens (4,9 milliards d'euros), selon les derniers résultats du groupe, publiés fin septembre.

Sato Kogyo a été perçu comme la dernière victime des restrictions de l'accès au crédit par les banques japonaises, qui s'efforcent actuellement de nettoyer leurs comptes de leurs mauvaises créances. En décembre, un autre constructeur de taille moyenne, Aoki, avait aussi déposé le bilan.

"Beaucoup de constructeurs ne peuvent pas survivre sans prêts bancaires. Aujourd'hui, il est très difficile pour les entreprises d'obtenir des prêts parce que les banques sont poussées par le gouvernement à cesser d'augmenter leurs crédits pour accélérer le règlement des mauvaises créances", a estimé Kazuhiro Hirano, analyste du secteur pour Tokai Tokyo Research Center. Pour M. Hirano, un autre problème est la pléthore des entreprises de construction au Japon, qui rendent inévitable une consolidation du secteur.

Dans les années 1990 le nombre de sociétés de construction n'a cessé de progresser pour atteindre un pic de 601.000 en 2000, selon la Fédération japonaise des entreprises de construction. En 2001, le nombre s'est réduit à 586.000, la première baisse en onze ans.

L'autre problème auquel est confronté le secteur est la réduction des commandes de l'Etat japonais, qui cherche à endiguer sa dette. "De nombreux constructeurs avaient l'habitude de gagner beaucoup d'argent dans les travaux publics mais le gouvernement réduit fortement ceux-ci dans le cadre d'un budget d'austérité", selon M. Fukushima.

Pour l'exercice budgétaire prochain, qui démarre en avril, le gouvernement a prévu de consacrer 6.500 milliards de yens (56 milliards d'euros) à des travaux publics, contre 7.200 milliards alloués pour l'exercice en cours.

Les constructeurs qui avaient surtout pour clientèle l'Etat japonais sont par conséquent les plus touchés. C'est justement le cas de Sato Kogyo, dont la moitié des projets provenait des commandes publiques, mais aussi des constructeurs Tobishima et Hazama, en difficulté financière, pour qui les commandes de l'Etat représentent respectivement 50 et 40% de l'activité.

Shimizu, le premier constructeur japonais, est moins exposé, car 20% de ses projets seulement sont des commandes publiques. Pour Haseko, premier constructeur japonais d'ensembles d'habitations, les commandes publiques ne représentent que 4% de l'activité.

Mais le secteur de la construction dans son ensemble est aussi menacé par une baisse des commandes du secteur privé, a estimé Mark Brown, analyste du secteur pour ING Barings.

"Comme nous avons connu une baisse des dépenses de l'Etat, il y a également une réduction dans le secteur privé. (...) Jusqu'à l'an dernier, la demande du secteur privé n'était pas si mauvaise mais nous sommes en train d'observer une forte correction à la baisse", selon M. Brown.

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