THINK TANK. Comment intégrer l'accessibilité ou l'adaptabilité lors de travaux de rénovation dans un logement ? De quelle façon prendre en compte le vieillissement de la population, l'évolution des structures familiales et celle des modes de vie ? Autant de questions que se posent les membres du Club de l'Amélioration de l'Habitat qui étaient réunis ce 7 février, à la SMA BTP.

Les premières Assises du Club de l'Amélioration de l'Habitat ont bien eu lieu, malgré des conditions climatiques hivernales difficiles en Île-de-France. S'amusant de cette situation, les membres du club se sont exclamés : "Quoi que, parler du confort de vie chez soi, un tel jour, est une absolue nécessité". Car, au-delà de la question du confort de l'habitat, c'est toutes les problématiques du logement qui ont en fait été abordées lors de tables rondes organisées au nouveau siège de la SMA BTP.

 

Il a été question d'accessibilité des personnes à mobilité réduite, d'intergénérationnel, de silver économie, de rénovation des logements, de modularité des habitations et d'évolution des modes de vie ou de travail. L'essentiel pour Jean-Yves Gouret, le président d'Energie Active et animateur du programme "Confort de vie pour tous", est de "ne pas stigmatiser, ni de mettre dans des cases et de laisser de côté des personnes". Divers intervenants ont donné leur point de vue, dont l'architecte Pierre-Luc Langlet, qui a rappelé les quatre défis des transitions à l'œuvre dans la société occidentale actuelle : le défi démographique et générationnel, le défi sanitaire et social, le défi budgétaire et le défi écologique. Citant de nombreux chiffres, il a souligné que le nombre de personnes de plus de 85 ans allant être multiplié par trois dans les 30 ans qui viennent, en raison de l'allongement de la durée de vie et du pic de naissance qui avait eu lieu dans l'après-guerre. Ce "papy-boom" aura un indéniable impact sur le monde de la santé, des hôpitaux, des services sociaux et de l'habitat, avec la question du maintien à domicile. "La population va vieillir. Il y a beaucoup de choses à préparer", a-t-il résumé.

 

Rénover et adapter, en une seule fois

 

D'autant que, si la construction neuve peut être plus aisément adaptée à une population dépendante, il n'en va pas de même pour le parc existant, déjà vieillissant et qui représente un stock de plus de 28 millions de logements privés à rénover. L'autonomie aura un coût, colossal. L'architecte avance un montant aujourd'hui égal à 60 Mrds € par an, chiffre qui sera porté à 200 Mrds € annuels en 2050 ! De quoi éviter d'autres dépenses liées à des accidents domestiques aux séquelles potentiellement importantes, puisque la rééducation s'avère de plus en plus difficile l'âge avançant. Pierre-Luc Langlet fait remarquer : "On ne rénove qu'une seule fois. D'où l'intérêt d'améliorer le logement sur tous les plans et de faire une rénovation avec adaptation préventive de l'habitat". Une démarche qui serait économiquement pertinente.

 

De son côté, Damien Hasbroucq, fondateur de la startup "Les Entreteneurs" qui propose une offre forfaitaire de maintenance des logements, souligne la généralisation du multi-équipement dans les habitations : "Les ménages sont équipés à 82 % d'ordinateurs, à 65 % de smartphones et à 40 % de tablettes. Le télétravail se développe (…) on assiste à une recomposition familiale… Les modes de vie évoluent ce qui entraîne un nouvel usage des logements". Pour lui, marier pratique et esthétique sera la solution pour convaincre l'ensemble des consommateurs à transformer leur logis. "Il faut des espaces de rangement, de la place pour toutes les poubelles de tri, mais les gens demandent aussi de la convivialité pour recevoir tout en préservant de l'intimité…", énumère l'expert qui estime que répondre à ces aspirations individuelles conduira à servir les attentes de toute la collectivité.

 

Digitalisation de la société

 

Le délégué général du Club de l'Amélioration de l'Habitat, Jean-Pascal Chirat, liste pour sa part tous les objectifs : une accessibilité pour toutes les personnes, la sécurisation des habitations afin de prévenir les accidents domestiques, l'amélioration du confort afin de les rendre toujours plus agréables à vivre, l'optimisation énergétique afin de rendre les logements plus économes et plus responsables, anticiper les changements d'usages en imaginant des solutions d'évolutivité ou de flexibilité. Enfin, le spécialiste rappelle une dernière grande tendance aux effets multiples, celle de la numérisation de la société qui rend communicant les équipements et les logements eux-mêmes. Un ouvrage de plus 130 pages a d'ailleurs été édité par le Club de l'Amélioration de l'Habitat, qui recense de nombreuses solutions techniques à déployer afin d'y faire face. Une bible pour les acteurs de la construction adaptative.

 

Quelques exemples de solutions techniques du Confort de vie pour tous :
Tout un panel de solutions techniques est proposé pour rendre les logements plus accueillants à toutes les catégories de populations et toutes les tranches d'âges. Les portes d'entrée et intérieures, par exemple, font l'objet d'un descriptif précis quant à leurs dimensions (entre 0,83 et 0,93 cm de largeur minimale) ou la forme de leurs poignées. Les fenêtres et escaliers sont eux-aussi abondamment détaillés. Si les rampes d'accès font également partie des points importants, on note que l'éclairage automatique figure dans de nombreuses cases de ce tableau, afin de sécuriser les abords et l'intérieur de la maison. Les progrès de la domotique permettront de motoriser, si nécessaire, les ouvertures, tandis que les systèmes d'alarme et de détection de fumée communiqueront à distance avec les téléphones portables. L'adaptation de la hauteur des WC, lavabos, plans de travail et meubles de rangement est, elle-aussi, prévue. Les performances thermiques, énergétiques et environnementales ne seront pas oubliées, afin de rationnaliser les interventions.

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