Nicolas Triboulot agence de design Quarks
Quarks ©

Une peinture tactile fait office d'interrupteur

Allumer la lumière en touchant simplement le mur sans avoir à chercher l’interrupteur dans le noir ? Ce n’est plus de la science-fiction grâce à l’invention développée par Nicolas Triboulot, le directeur de l'agence de design francilienne Quarks qui a eu l’idée d’associer peinture et électronique. Interview.

 
 
 


Batiactu : Comment vous est venue cette idée de peinture intelligente ?
Nicolas Triboulot : Nous organisons régulièrement des « Journées de création » dans notre agence de design pluridisciplinaire, afin de sortir de notre quotidien et d’aborder des thématiques variées. Un jour, nous avons abordé la peinture en nous demandant ce que nous pouvions en faire. L’intérêt était de lui apporter une fonction et de la rendre « intelligente ». En 2010, j’ai retravaillé sur cette idée en pensant adjoindre de l’électronique. Mais une vision de designer est bien différente de celle d’un industriel, d’un électronicien ou d’un peintre. Les débuts de cette invention ont donc consisté à empiler des solutions déjà fonctionnelles afin de vérifier la faisabilité d’une connexion de la peinture à l’électronique. Dans un deuxième temps, nous nous sommes rapprochés d’un petit fabricant de peinture et d’un bureau d’études électronique, ce qui a donné naissance à un prototype fonctionnel.

Batiactu : En quoi consiste cette invention aujourd’hui ?
N.B. : Il s’agit d’une remise en question de pratiques anciennes, à savoir utiliser un interrupteur de quelques centimètres carrés pour allumer un équipement électrique. La peinture que nous avons développée permet, elle, de couvrir une surface beaucoup plus grande, de l’ordre de 2,5 m². De plus, la fonction s’efface totalement dans son environnement. On peut dire que nous avons poussé la peinture dans ses derniers retranchements. Plusieurs brevets ont été déposés, pour la peinture, pour l’électronique associée et pour l’assemblage des deux.

Peinture intelligente
Quarks ©
Batiactu : Techniquement, quel est le principe de fonctionnement de la peinture intelligente ?
N.B. : Nous sommes tous chargés d’électricité. Le fait de toucher le mur recouvert de peinture entraîne un transfert de charges électroniques. Cette différence de potentiel est détectée par le boîtier électronique (installé dans le trou laissé par l’ancien interrupteur) qui induit la commande désirée. La surface de contact doit être suffisante, comme celle d’une paume de main, ou de plusieurs doigts. La technologie capacitive est la même que celle des écrans de smartphones et de tablettes.

Batiactu : Du courant circule-t-il dans la peinture ? Y-a-t-il un risque ?
N.B. : Aucun courant ne circule dans la peinture ! Et le boîtier électronique est conçu de telle façon à éviter tout retour vers la peinture. Cette dernière est spécifiquement formulée pour être conductrice et en phase avec la législation sur les peintures. Et elle obéit même aux contraintes écologiques. Il n’y a qu’un peu de chimie pour faciliter son séchage et son accroche sur les murs.

Batiactu : Comment la met-on en œuvre ?
N.B. : Comme une peinture technique : elle est appliquée en sous-couche et peut être recouverte de peinture ordinaire ou de papier peint. Cela n’altère pas ses performances ni ses capacités. Au naturel, elle présente une couleur gris très foncé. Mais elle est compatible avec toutes les peintures de finition afin de s’intégrer à tous les projets décoratifs imaginables. Elle fonctionne particulièrement bien sur certains supports tels que la brique, les carreaux de plâtre, les moellons ou le bois. En revanche, elle est moins indiquée pour les murs porteurs qui contiennent de la ferraille. Elle risque d’induire une perturbation du fait de la masse ferreuse située à proximité du boîtier.

Batiactu : Existe-t-il d’autres limites ?
N.B. :
La peinture intelligente fonctionne même avec des gants, ou au travers des vêtements, pourvu que l’utilisateur appuie suffisamment de façon à ce que la surface d’échange soit grande, c’est-à-dire d’au moins trois doigts. L’interrupteur ne peut pas être activé par la présence d’un insecte qui se poserait par mégarde sur la surface peinte.

Batiactu : Quelles sont les applications potentielles de votre invention ?
N.B. :
Une application pourrait être celle d’un couloir où donnent plusieurs portes. Classiquement, un système de va-et-vient devrait être installé. Mais une telle solution nécessite certaines connaissances en électricité et des percements voire des saignées dans les murs. Grâce à notre peinture, on remplace cela par une simple surface peinte. Une solution qui ne nécessite ni câbles, ni connaissances particulières. Nous travaillons également autour de la question du handicap, notamment pour des malvoyants qui souhaiteraient commander des équipements à distance sans avoir à tâtonner. Là, il sera nécessaire de matérialiser la zone peinte par un toucher modifié. Du fait des bonnes performances sur support bois, on peut également imaginer des portes ou des têtes de lit qui deviendraient des commandes.

Batiactu : Où en est-on aujourd’hui industriellement ?
N.B. :
Aujourd’hui, la solution est fonctionnelle, développée avec deux partenaires. Nous en recherchons désormais d’autres pour assurer la normalisation, la distribution et pour des développements ultérieurs. Nous avons déjà un projet en place au « Lieu du Design » à Paris et un démonstrateur à Toulouse.


Propos recueillis par Grégoire Noble (26/10/2012)

 
 
 
 



 
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