RÉACTION - Face à la polémique déclenchée par l'enquête UFC-Que Choisir mettant en cause les entreprises RGE, Alain Maugard, le président de Qualibat, tient à réagir. S'il ne nie pas des imperfections dans le dispositif, il souhaite objectiver et démontrer que la qualité des travaux est au rendez-vous, au bénéfice des consommateurs. Entretien.

Le président de Qualibat, l'organisme de qualification et certification des entreprises de construction, est remonté. Pour lui, l'enquête de l'UFC-Que Choisir est "biaisée, injuste et va à l'encontre de l'intérêt des consommateurs". Fidèle à son franc-parler et à son approche rigoureusement scientifique, il analyse les données pour Batiactu : "Elle est biaisée car elle concerne seulement la prescription et pas la réalisation des travaux, ce qui, de notre point de vue, est aussi important, si ce n'est plus. L'étude ne concerne donc que la moitié de la question".

 

Il poursuit : "De plus, elle ne concerne que le cas de figure des maisons individuelles en situation d'épave thermique qu'il faut intégralement réhabiliter. La proportion de ce cas est largement minoritaire en France, peut-être moins de 20 %. Car les gens font des travaux de confort ou de dépannage en cas de fuite dans la toiture ou de panne de chaudière !". Le président de Qualibat nuance donc la portée de l'enquête : la rénovation globale, envisagée par l'association de défense des consommateurs ne représenterait que 10 % du marché français. "Dans ce cas précis, la meilleure réponse vient effectivement de l'ingénierie ou de l'architecte. Nous n'avons jamais prétendu que les entreprises RGE (Reconnu Garant de l'Environnement, NdlR) étaient spécialistes de la prescription. L'UFC-Que Choisir a raison de prôner la présence d'un ingénieur spécialiste", admet-il. "Mais il ne faut pas tirer de conclusions générales à partir d'un échantillon aussi ridiculement petit de 10 maisons. Ce n'est pas honnête intellectuellement. Je respecte les informations données par l'UFC mais elles indiquent une tendance".

 

"On peut dire, sur une base statistique vraie, que RGE = qualité"

 

Alain Maugard estime également que les propos tenus par l'association de défense des consommateurs sont injustes pour les entreprises. "Pas de contrôles ? C'est grossièrement faux. Il y a un passage devant une commission d'examen qui comporte douze personnes, pour moitié des utilisateurs et pour moitié des professionnels bénévoles", nous précise-t-il. Le président de Qualibat rappelle que 100 commissions et 2.500 personnes sont au travail dans les départements français et que, statistiquement, elles étudient moins d'un dossier par jour chacune. "Cela fait 30 dossiers par mois et par département, nous sommes loin du surbooking. Les accusations de l'UFC Que Choisir sont donc graves et infondées", nous déclare-t-il. Suite à l'examen du dossier, les entreprises candidates à l'obtention de la mention RGE subissent un audit obligatoire dans les 24 mois. "Et que voyons-nous ? Que les règles de l'art sont respectées dans presque 100 % des cas, faute de quoi l'entreprise est mise en demeure de rectifier le travail", nous assure-t-il. En 2017, entre 17.000 et 20.000 audits seraient prévus, grâce au concours des 200 bénévoles. "On peut dire, sur une base statistique vraie, que RGE égal qualité", martèle Alain Maugard. "ll y a des écarts sur la qualité de service, tout n'est pas parfait, mais l'efficacité réelle des travaux a de très bons retours".

 

Concernant les assurances et cotisations URSSAF, les entreprises seraient contrôlées chaque année afin de vérifier qu'elles sont à jour. Sur le taux de refus, de 18 % en moyenne, Alain Maugard nous précise : "En ce moment il est même plutôt de 50 %, car les candidats actuels ne sont plus les meilleurs, qui eux ont déjà fait la démarche. Je donne un ordre de grandeur : en 2016, 5.000 entreprises seront rayées de RGE. Il ne suffit donc pas de payer pour l'avoir, c'est faux". Interrogé sur la pertinence d'une formation de trois jours, il répond : "On n'est pas moins bon après qu'avant. Ca va dans le bon sens, même si ce n'est pas suffisant. Cette formation permet de mieux comprendre les phénomènes thermiques pour mieux faire son boulot et mieux conseiller les clients". Égrenant les griefs listés par l'UFC-Que Choisir, il poursuit sur la problématique des surcoûts dans les devis étudiés : "Effectivement, il n'y a aucun critère chez RGE sur les prix pratiqués. Les entreprises sont libres mais les prix anormalement hauts méritent d'être investigués. Les sociétés correctes ne devraient pas être blessées par une chasse menée par la DGCCRF et cela constituerait une information utile pour repérer les pratiques commerciales incorrectes". Il reprend : "Toutefois, en interne, nous sommes surpris par les niveaux considérés comme 'normaux' par l'UFC-Que Choisir. Quelle qualité de produits et de mise en œuvre peut-on attendre à ces prix là ? Comment sont-ils arrivés à des prix si bas ? On s'interroge…".

 

L'intérêt du consommateur ? Le confort

 

Le président de Qualibat conclut : "Enfin, je pense que cette enquête va à l'encontre de l'intérêt du consommateur ; je voudrais qu'on me démontre en quoi, le fait de vérifier que les entreprises sont correctes par des audits, fait diminuer la qualité ? Ca protège le consommateur au contraire !". Il insiste sur les possibilités de recours des clients mécontents qui peuvent saisir une commission des litiges, une solution qui n'est finalement que rarement choisie : "Nous ne sommes saisis que 100 fois par an environ, car les entreprises font du service après-vente pour ne pas perdre leur qualification". Alain Maugard estime que cette dernière n'apporte pas tout mais qu'elle ne dégrade par la qualité du travail réalisé. "L'intérêt du consommateur, c'est le confort, pas seulement la baisse des consommations. Et pour arriver à massifier la rénovation thermique, il faut passer par l'embarquement des travaux d'efficacité", argumente-t-il. Selon lui, l'instauration d'un "permis à point" de la rénovation, permettant de séquencer les interventions (isolation des combles, changement de chaudière, remplacement des fenêtres), serait la meilleure solution, pour s'assurer que l'ensemble des travaux est fait, au bout du compte. Il termine : "Personne dans les petites entreprises n'était qualifié avant RGE. Désormais, 40.000 le sont. Leurs compétences méritaient cette qualification. Nous avons fait un tri pour faire progresser la qualité du bâtiment".
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