Créé en août 2015, l'Observatoire de l'ubérisation entend « prendre de la hauteur » sur les enjeux de ce phénomène qui monte en puissance, et jeter les bases pour le faire évoluer au cœur de l'économie française. Si un grand nombre de secteurs sont aujourd'hui concernés, le bâtiment devrait, selon Grégoire Leclercq, davantage s'y intéresser. Explications.

Que se cache-t-il derrière le terme « ubérisation », ce néologisme tiré de la célèbre société de transport, au point qu'un Observatoire lui soit dédié ? Ce phénomène, qui a conduit à un changement rapide des rapports de force grâce aux plateformes numériques, prend de l'ampleur, s'immisce dans nombre de secteurs d'activité, et présente de multiples enjeux.

 

Créé en août 2015, à l'initiative du dirigeant de la Fédération des auto-entrepreneurs, Grégoire Leclercq, l'Observatoire de l'ubérisation s'est donné pour mission de « prendre de la hauteur sur les enjeux de l'ubérisation », nous confie son responsable. L'idée : observer les opportunités, les menaces, les avancées de ce phénomène. D'abord en apportant des éclaircissements sur tout ce qu'on dit et lit sur l'ubérisation, via des recherches, des études, des interviews et autres décryptages ; ensuite en se servant des analyses des huit groupes de travail créés au sein de l'Observatoire, qui feront l'objet d'un « Livre bleu » présenté lors des Assises de l'ubérisation en octobre prochain.

 

Faire valoir les droits des travailleurs indépendants dans cette nouvelle économie numérique

 

« Nous souhaitons faire des propositions pour faire évoluer les choses, d'un point de vue réglementaire, législatif, économique, collaboratif, social », nous explique Grégoire Leclercq. Qui se targue d'être sollicité de plus en plus, tant par des dirigeants d'entreprise que des gouvernants : « Au 30 juin, nous serons intervenus dans 46 conférences et autres auditions ». Avant d'ajouter : « La révolution de l'ubérisation a commencé à avoir lieu, pas question de faire la politique de l'autruche, mais il faut plutôt regarder en face ce qu'il se passe. Notre seul parti pris est celui du réalisme », assène-t-il.

 

Dernière intervention en date, celle avec Myriam El Khomri, ministre du Travail, vendredi 10 juin 2016. « La loi Travail nous imposait de réagir et de faire des propositions », nous déclare-t-il. Ainsi, le volet sur les travailleurs indépendants qui oeuvrent sur les plateformes numériques suscite quelques interrogations. L'Observatoire demande ainsi que soient améliorés les droits des indépendants et qu'ils soient acceptables par les plateformes, afin que les start-ups françaises restent sur le territoire national et ne s'exilent pas. « Nous voulons que les plateformes prennent en charge financièrement les formations des indépendants, les assurances complémentaires (type AT/MP), et les frais et dossiers VAE (validation des acquis de l'expérience) pour les métiers assujettis à la VAE, et enfin que soit reprécisé les droits constitutionnels de grève qui feraient que les indépendants pourraient être syndiqués et faire valoir leurs droits », énumère Grégoire Leclercq.

 

Quid dans le secteur du bâtiment ?

 

L'ubérisation a-t-elle aussi gagné le secteur du bâtiment ? « Oui, bien sûr, nous confie Grégoire Leclercq. D'ailleurs, le lien avec les plateformes numériques est évident dans ce domaine ». Et de citer des acteurs tels HelloCasa, Mesdepanneurs ou HelloArtisan… « Il n'y a pas que des 'petits' qui s'y intéressent, on a aujourd'hui de gros acteurs qui sont en train de se poser la question », dévoile-t-il. Mais l'enjeu d'ubérisation de ce secteur est double, selon lui : d'une part, il faut que les plateformes puissent garantir la qualité des travaux proposés. Trois éléments sont essentiels : le diplôme, la décennale, l'attestation de vigilance. D'autre part, il faut veiller au moment où la plateforme deviendra tellement forte que la marge et les prix seront imposés par celle-ci. « C'est un risque et un combat quotidien, qui reste celui du pot de terre contre le pot de fer encore aujourd'hui. C'est pourquoi il est important que les syndicats soient forts et puissent défendre les intérêts des indépendants », prévient Grégoire Leclercq. Le danger est en effet la cannibalisation dans un secteur par de grandes plateformes internationales. « Il ne faut pas se voiler la face, agir dès maintenant avant qu'il ne soit trop tard », estime-t-il.

 

Dans le bâtiment, la montée en puissance se fait doucement, ajoute-t-il. « Le panier moyen est très bas, entre 100 et 1.000 €. On n'en est pas encore à proposer des travaux de rénovation énergétique ou de gros œuvre, mais l'émergence de projets de grosses entreprises laisse entrevoir une évolution », précise-t-il.

 

La qualité doit être préservée

 

Et la qualité dans tout cela ? L'ubérisation est-elle une menace ? « Non, clame Grégoire Leclercq. L'ubérisation n'ira pas contre la qualité ! Tout simplement parce qu'il y a la notion de scoring au bout. La notation des entreprises, qui est le fondement des plateformes type Uber ou Booking, et l'importance des qualifications, auraient même un effet vertueux dans le bâtiment. » La pérennité des travailleurs indépendants est-elle, dès lors, en danger ? « Si nous n'avons pas à terme de gros acteurs français, oui », déplore le président de l'Observatoire de l'ubérisation. Il faudrait recréer un éco-système franco-français qui tienne la route ! ».

 

Les fédérations professionnelles du secteur prendront-elles le train en marche ? « Le débat est crispé avec le bâtiment, reconnaît Grégoire Leclercq. Il est difficile de les suivre ». Sans doute encore une question de génération…

 

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