Peuplée d'immeubles haussmanniens, Paris voit vieillir ses façades. Afin d'éviter cette usure engendrée par le temps, de nombreux travaux ont fleuri dans les rues de la capitale. Une entreprise spécialisée dans la rénovation de façades anciennes lève le voile sur ses activités et nous entraîne dans les coulisses de plusieurs chantiers parisiens...

Déjections d'oiseaux, descentes pluviales, pollution, usure du temps... Les façades des immeubles qui bordent les rues de Paris sont mises à rudes épreuves. Pour éviter qu'elles ne se détériorent trop vite (fissures, traces d'humidité, noircissements), un entretien régulier s'impose. Des travaux importants pour la sauvegarde du patrimoine parisien, qui ont tendance à être trop souvent oubliés : «Les gens ne prennent pas suffisamment soin de leurs façades, surtout celles qui donnent côté rue, déplore Philippe Boulay, directeur de la société Peinteco. La plupart d'entre eux attendent l'injonction de la mairie de Paris pour agir mais, parfois, il est trop tard, les dégâts causés sont irréparables». Depuis 1956, son entreprise se charge de remettre en état les façades des immeubles des XVIII et XIXe siècles. Une mission délicate confiée à des compagnons expérimentés : tailleurs de pierre, maçons, façadiers, peintres...

 

Diagnostic avant d'agir
Pour assurer leur sécurité ainsi que celle des passants, les professionnels commencent par dresser un échafaudage qui peut atteindre jusqu'à vingt mètres de haut ! Etant donnée sa taille imposante, cette structure provisoire est souvent camouflée. Les échafaudages installés par l'entreprise Peinteco devant l'hôtel du Panthéon ont ainsi servi de support à l'exposition «photos d'hôtels, photos d'auteurs», organisée par les propriétaires des Hôtels Paris Rive Gauche.

 

Répartis par équipe de trois à six personnes, les compagnons procèdent ensuite au nettoyage de la façade. L'opération révèle parfois de «mauvaises surprises» (une console fêlée, par exemple), mais permet surtout d'établir un «diagnostic" puis de déterminer le «mode opératoire» à suivre. Mais, avant de passer à l'action, le dossier du chantier doit être soumis à l'avis des architectes des bâtiments de France. Depuis quelques années, la consigne donnée aux professionnels est de «rendre aux façades l'aspect qu'elles avaient lors de la construction du bâtiment». Comme la plupart des façades parisiennes en pierre de taille ont été peintes, elles doivent être décapées avant d'être restaurées et consolidées. «Le plus souvent, il faut effacer les multiples travaux de réparation effectués lors de ces dernières décennies», commente Philippe Boulay.

 

Valeur ajoutée
L'opération de remise à nu des parements en pierres est l'occasion de redécouvrir des éléments oubliés de la façade existante. Lors de la réfection de la façade de l'hôtel du Panthéon, les équipes Peinteco ont ainsi mis à jour une «belle chaîne d'angle en pierres» qui contribue aujourd'hui au charme du bâtiment. Autre belle découverte : une structure porteuse en bois au dernier étage de l'hôtel de la Sorbonne, situé à deux pas du Panthéon. Un mode constructif qui, comme le fait remarquer Philippe Boulay, n'est pas chose rare dans la capitale : «La plupart des immeubles parisiens de cette époque étaient construits en pans de bois sur un rez-de-chaussée en pierres». Dans ce genre de chantier, les travaux engendrés sont plus importants puisqu'il faut «piocher à vif» la façade jusqu'à la structure porteuse. Une fois les supports découverts, la mission des compagnons consiste à les remettre en état sans les endommager et à les recouvrir d'un nouvel enduit à la chaux.

 

Pour un ravalement, le budget à prévoir est compris entre 55.000 et 100.000 euros. Un investissement dont les hôtels tirent un bénéfice immédiat. «Pour un hôtel, la façade est une vitrine sur laquelle le client doit lire le confort et l'élégance de sa future chambre, analyse Philippe Boulay. Une réalisation parfaite et l'utilisation de matériaux de qualité sont pour le touriste une indication sur le soin, l'ambiance et le service qu'il peut espérer». L'effet est le même pour les copropriétés qui voient la cote de leur immeuble grimper en flèche.
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