Avec la quête de l'étanchéité à l'air, les bâtiments performants thermiquement sont-ils devenus des enceintes trop confinées ? L'Observatoire de la qualité de l'air a présenté les premiers résultats d'une étude portant sur le confort et les polluants au sein de ces ouvrages, neufs ou récemment réhabilités. Découvrez les problématiques rencontrées.

Les bâtiments performants sont-ils plus ou moins pollués que les constructions plus anciennes ? Quels sont les composés le plus fréquemment rencontrés ? Leur nature est-elle différente selon la typologie des logements ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans l'étude que publie l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI), menée depuis 2012 dans le cadre d'un programme sur les bâtiments performants en énergie. Les premiers résultats ont été partagés ce 23 mars 2017 et portent sur 72 logements répartis dans 43 bâtiments (voir encadré méthodologique). L'Observatoire signale que ces résultats ne sont pas, à ce stade, généralisables à l'ensemble des bâtiments performants, "ils permettent en revanche d'apporter des premiers indicateurs utiles".

 

Ainsi, on apprend qu'en termes de qualité de l'air intérieur, il n'existe pas de différence notable par rapport à l'ensemble des logements français, pour la plupart des substances mesurées (radon, particules fines, formaldéhyde, acétaldéhyde et COV dont benzène et xylène). De même, l'humidité relative est équivalente, voire inférieure, à celle de la campagne nationale logement (CNL) menée précédemment par l'OQAI. Par contre, trois polluants ont été observés à des concentrations plus élevées : l'alpha-pinène, le limonène et l'hexaldéhyde. Plusieurs facteurs expliquent leur présence : "Les trois sources majeures d'alpha-pinène sont l'ossature bois, la présence de mobilier en bois dans la pièce de mesure et, pour les logements situés au dernier étage, l'isolant végétal à base de bois placé au niveau des combles". Pour le limonène, l'accroissement mesuré proviendrait de l'introduction de mobilier neuf et du stockage de produits d'entretien. Concernant l'hexaldéhyde, c'est également la présence de bois matériau (brut ou reconstitué), qui en serait l'origine.

 

La question du fonctionnement des ventilations

 

Autre problématique rencontrée : la présence de moisissures avec "le développement fongique actif dans 47 % des logements étudiés contre 37 % pour la CNL. Cette présence de moisissures est le plus souvent cachée (1 % des logements présentent des traces visibles par rapport à 15 % dans la CNL)". Mais la recherche des facteurs de ce développement fongique n'a pas abouti en raison d'un échantillon trop faible. L'OQAI souligne "l'impact possible du type d'isolation thermique, de l'occupation du logement et de la survenue de problèmes d'humidité, d'infiltrations et de dégâts des eaux". Quant à la question du renouvellement de l'air et du fonctionnement des systèmes de ventilation, l'étude révèle que leur état est comparable à celui observé dans l'échantillon de référence. Cependant, des points de vigilance sont mis en avant : les mesures de pression réalisées aux bouches d'extraction de 16 systèmes de VMC simples hygro-réglables sont comprises dans les plages de fonctionnement préconisées par les fabricants dans seulement un cas sur deux. Et les débits d'air extrait mesurés aux bouches de huit VMC double flux auto-réglables sont conformes pour les débits réduits (cuisine, totaux) mais pas systématiquement pour les autres (grand débit, salle de bain, WC). "Les informations collectées mettent en évidence une nécessaire vigilance quant au fonctionnement des systèmes de ventilation. La réduction des infiltrations d'air parasites, dans ces bâtiments, conduit en effet à un renouvellement d'air très limité en cas d'arrêt du système", conclut l'Observatoire.

 

Malgré tout, 80 % des occupants se déclarent satisfaits du confort de leur logement, et une minorité exprime une insatisfaction liée à la présence d'odeurs, de bruits ou de variations de température. L'OQAI va désormais poursuivre l'exploitation de sa base de données sur un échantillon toujours plus large. Il se penchera également sur les facteurs responsables du développement des moisissures grâce à ce nombre plus élevé d'observations. Outre la poursuite sur la perception des occupants, enfin, l'Observatoire exploitera les données relatives aux écoles et aux immeubles de bureaux performants énergétiquement.

 

Typologie des logements étudiés :
Sur les 72 logements étudiés, 44 ont été construits entre 2008 et 2012 et 28 rénovés entre 2010 et 2013. La quasi-totalité des maisons individuelles (16 sur 17) sont neuves alors que les logements collectifs, principalement à vocation sociale, soit neufs pour moitié et rénovés pour l'autre moitié. Le délai médian d'enquête est de 2 ans après la fin des travaux de construction ou de réhabilitation. La consommation moyenne est proche de 55 kWh/m²/an et la perméabilité à l'air moyenne (sous pression de 4 Pa) est de 0,54 m3/h/m² pour les maisons et de 0,86 pour les immeubles. Les maisons individuelles présentent principalement des façades légères (ossature bois) alors que les logements collectifs présentent des façades lourdes (béton). Tous les logements sont ventilés au moyen d'une ventilation mécanique contrôlée (VMC), simple ou double flux. Le chauffage est majoritairement assuré par des pompes à chaleur (PAC) ou des poêles à bois dans les maisons et par des chaudières ou des réseaux de chaleur pour le collectif.
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