Invisibles et pourtant omniprésents, les nanomatériaux interrogent. Ils entrent aujourd'hui dans la composition de nombreux produits de la construction pour leurs propriétés avancées : bétons plus résistants, peintures et vitrages autonettoyants, isolants acoustiques… Les bénéfices attendus semblent immenses mais leur innocuité reste à démontrer. Explications avec des spécialistes de la question réunis à l'occasion du Forum NanoRESP.

Les "nanomatériaux" possèdent des propriétés particulières liées à leur structure nanométrique, c'est-à-dire à une échelle du milliardième de mètre. Ils sont utilisés, de façon inconsciente, depuis des millénaires, participant aux progrès de la métallurgie médiévale ou de la médecine traditionnelle chinoise, et ces particules invisibles nous entourent. Etudiés depuis la seconde moitié du 20e siècle, les nanomatériaux entrent potentiellement dans la composition de nombreux matériaux et ils tendent à se généraliser. En 2013, 670 entreprises ont déclaré 3.400 références en contenant…

 

Déclaration de présence non obligatoire
Alain Lombard, toxicologue chez Allotoxconsulting, dresse une liste - non exhaustive - de matériaux nanoparticulaires : "Le dioxyde de titane (TiO2) et l'oxyde de zinc (ZnO) sont utilisés pour leurs propriétés de photo-catalyse dans la fabrication de peintures, verres, ceramiques... La fumée de silice amorphe constitue une mousse nanoporeuse. Les nanotubes de carbone servent de retardateurs de flamme. Les nanoparticules d'argent ont des propriétés antibactériennes, tandis que celles d'aluminium (Al2O3) confèrent un pouvoir anti-rayures…". Nanomatériaux et nanoparticules sont donc retrouvés dans des peintures dépolluantes, des conduits aérauliques, des vitres autonettoyantes, des bois lasurés ou des interrupteurs. Pourtant, la législation n'oblige pas encore les producteurs et distributeurs à déclarer la présence de nanomatériaux dans leurs produits, à l'inverse de ce qui se pratique dans la cosmétique et les pesticides (depuis 2013) et ce qui se pratiquera dans l'alimentation en 2015. "Il y a une absence d'information et suivi, notamment pour les réparateurs, les démolisseurs et les recycleurs sur la présence de nanomatériaux dans les bâtiments", dénonce le toxicologue.

 

Du côté des industriels, Laurent Izoret, géologue détaché de Lafarge à l'Atilh (Association technique de l'industrie des liants hydrauliques), explique : "Le ciment est une poudre anhydre dont la granulométrie n'est, a priori, pas concernée par les nanomatériaux, étant de l'ordre du micromètre (10-6 mètre) plutôt que de celle du nanomètre (10-9 mètre). Pourtant, en étudiant les ciments les plus fins (CEM V S-V), on retrouve de faibles quantités de particules dont la taille est inférieure à 100 nanomètres, une fraction de 6 à 8 %. Dans les ciments courants on reste cependant assez loin de la définition de nanomatériaux". A l'heure actuelle, un seul projet européen intitulé "NanoHouse" porterait sur l'évaluation des risques du vieillissement des nanomatériaux au cours de leur utilisation. Jean-Pierre Anquetil, de l'organisme paritaire OGBTP (UNSFA/FFB), pose la question suivante : "S'il y a des nanomatériaux dans les peintures, pourquoi n'apparaissent-ils pas dans les Fiches de Déclarations Environnementales et Sanitaires ? Et sont-ils dangereux ?". L'entrepreneur, responsable du comité technique de l'OGBTP avoue pour l'instant "travailler en confiance avec les fournisseurs et les architectes qui prescrivent des produits".

 

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