Il aura fallu quatre années pour que le pont de Térénez franchisse l’Aulne, au niveau de Rosnoën et d’Argol, deux communes du Finistère. Jusqu’à présent, la Presqu’île de Crozon était reliée à Brest via un ancien pont inauguré en 1920. Mais atteint du cancer du béton, il ne pouvait rester en l’état sans subir des travaux dont le coût était estimé à près de 10 M€, et aussi sans une réparation indispensable des sommiers des pylônes – en supposant que les fondations des piles soient en bonne tenue.
Après deux années d’études orientées vers des solutions alliant une rectification du tracé routier à la construction d’un nouvel ouvrage, le comité de pilotage – constitué de représentants du Conseil général du Finistère et d’élus locaux – décide, en 1998, la construction d’un nouveau pont à côté de l’ancien : il s’agira d’un pont à haubans, avec piles principales en rive et viaducs d’accès courbes pour éviter les virages en « tête d’épingle ». Pour la réalisation de cet ouvrage, le Conseil général – seul financier du pont malgré les demandes insistantes auprès de l’Etat – fait appel, en 2001, à l’ingénieur-conseil Michel Virlogeux et à l’architecte Charles Lavigne. A ouvrage exceptionnel, concepteurs exceptionnels, puisque Michel Virlogeux compte à son actif plus d’une centaine de ponts, dont les célèbres ponts de Normandie et de l’Ile de Ré et le viaduc de Millau. Décédé en 2005, soit deux ans avant le début du chantier du pont de Térénez, Charles Lavigne a également participé aux ponts de Normandie et de Ré, ainsi qu’à de nombreux ouvrages à l’international.
Un chantier exemplaire
Le 19 avril 2007, les premiers coups de pioche démarrent, notamment sur la rive gauche, côté Crozon-Argol. L’autre rive, côté Le Faou-Rosnoën, d’un accès plus compliqué, fait l’objet d’études afin de valider la technique de construction des appuis. Rive gauche, une digue provisoire est construite afin de travailler à sec à la création de deux semelles (5 m de haut, 11 m de côté) qui supporteront les pylônes. S’enchaîneront les montages des piles et pillettes, du tablier, des pylônes en « y » renversé, et –temps fort du chantier – la pose de la première boîte d’ancrage destinée à recevoir 30 paires de haubans, en juillet 2009.
D’un montant total de 41.8 millions d’euros, cet ouvrage, qui a mobilisé près de 140 salariés du groupe Vinci, sera inauguré ce samedi, presque 4 ans jour pour jour après le début des travaux. Ce chantier exemplaire voulu par le Conseil général s’inscrit dans une démarche qui s’applique à respecter l’environnement et préserver les espèces du site, mais aussi à favoriser l’insertion de personnes en difficulté sociale, qui ont pu bénéficier de quelque 14.000 heures de travail sur ce chantier. Priorité aux circulations douces et déconstruction propre de l’ancien pont auront également été les priorités du maître d’ouvrage.
Le pont de Térénez en chiffres
- Longueur totale : 515 m
- 7.5 m de chaussées et 2 pistes « piétons-cyclistes » de 2.15 m
- Hauteur des pylônes : 100 m
- 72 paires de haubans
- 13.000 m3 de béton
- 460 tonnes d’acier de construction
Fiche technique
Maîtrise d’ouvrage : Conseil général du Finistère
Maîtrise d’œuvre : Conseil général du Finistère, Service Pont de Térénez
Ingénieur-concepteur : Michel Virlogeux
Architecte : Cabinet Lavigne & Chéron
Bureau d’études : le Service d’études sur les transports, les routes et leurs aménagements (Sétra) du ministère de l’Equipement
Réalisation : Groupement d’entreprises Vinci