Le LiFi (pour "light fidelity") haut débit est pour bientôt. Imaginée comme une alternative aux omniprésents réseaux WiFi, cette technologie utilisant la lumière pour envoyer et recevoir des informations débute son déploiement opérationnel dans le siège social du promoteur Sogeprom. Explications avec Frédéric Granotier, le pdg de Lucibel, et Edouard Lebrun, le directeur du développement.

La technologie de transmission des données par la lumière, dite LiFi, réalise un bond quantique : depuis les prémices en 2012, où elle n'était qu'une liaison descendante à bas débit, elle est aujourd'hui sur le point de venir concurrencer le WiFi. Pierre Sorel, le directeur général de Sogeprom (groupe Société Générale), est enthousiaste : "C'est une technologie assez extraordinaire qui va vraiment révolutionner notre façon de communiquer, de la même façon que l'ampoule d'Edison a révolutionné la perception de la lumière en remplaçant les bougies". Le promoteur immobilier croit tellement à cette innovation qu'il teste déjà deux luminaires communicants dans son actuel siège à la Défense et qu'il en équipera six salles de réunion dans son futur QG actuellement en construction.

 

"Les avantages sont multiples", assure-t-il, mettant en avant de nouveaux usages et de nouveaux modes de fonctionnement dans un espace tertiaire du 21e siècle. "D'un système Lifi à bas débit, nous passons à un luminaire haut débit", raconte Frédéric Granotier, le président directeur général de la startup Lucibel qui a développé le dispositif. Pionnière des solutions d'éclairage LED, et partenaire de Schneider Electric dans la société SLMS, qui propose des dispositifs communicants à bas débit, la jeune pousse passe à la vitesse supérieure. "Nous avons levé des capitaux en Bourse au mois d'avril pour assurer notre développement, et nous avons maintenant 200 salariés", poursuit le p-dg. "Sogeprom est notre premier client, mais la solution sera commercialisée dans les prochains mois. Les applications seront nombreuses, et cette technologie est promise à un bel avenir".

Dix fois plus de débit qu'un Wifi

Edouard Lebrun, le directeur du développement de Lucibel, précise : "Il s'agit d'une liaison bidirectionnelle à haut débit qui permet de tenir une conversation Skype avec un collaborateur". Techniquement, le luminaire à diodes est installé de façon classique dans le faux-plafond et relié à un câble Ethernet (RJ45) avec capacité POE (Power over Ethernet). Ce dernier lui transmet à la fois la puissance électrique (pour l'éclairage) et les datas (pour la connexion Internet). Les informations sont transformées en impulsions qui sont traduites par des variations de fréquence dans le scintillement des LEDs, totalement imperceptibles à l'œil. Un capteur, pour l'instant branché en USB à l'ordinateur ou à la tablette, perçoit et traduit ces variations et recueille les données à haut débit. "Le débit est, pour l'heure, de 10 mégabits/seconde en download et 5-10 Mb/s en upload", annonce-t-il. Mais des travaux d'optimisation sont d'ores et déjà en cours, et la limite théorique du débit est de 1 gigabits par seconde, soit dix fois la capacité d'un WiFi. En liaison montante, depuis le "device" (ordinateur ou tablette) jusqu'au luminaire, la liaison se fait en infrarouge, pour une question de confort visuel, évitant ainsi la présence d'une diode brillante dans le champ de vision de l'utilisateur.

 

La solution constitue donc une alternative crédible à ces réseaux aujourd'hui largement déployés. La technologie Lifi haut débit pourrait par exemple convenir pour les lieux où la présence d'ondes électromagnétique n'est pas souhaitée, comme les hôpitaux ou les écoles. De même, l'absence de transmission de la lumière en dehors de la pièce équipée rend les possibilités de piratage du signal inexistantes. Les centres de R&D sensibles, les sièges sociaux et les succursales bancaires (où le Wifi n'est pas déployable) constituent autant de sites potentiellement intéressés par le Lifi. La solution pourrait également être déployée dans des halls d'exposition où les demandes de connexion sont très nombreuses lors d'un événement. Edouard Lebrun explique : "La bande Lifi est 10.000 fois plus large que la bande Wifi. Beaucoup d'utilisateurs peuvent être connectés en même temps à une seule borne". La portée exploitable des luminaires LEDs est d'environ 10 à 15 mètres, mais, là encore, il serait possible de l'améliorer pour des grands volumes et d'ajuster le diamètre de diffusion de la lumière de façon à la concentrer sur une seule zone. Le surcoût des luminaires communicants se justifiera de lui-même par comparaison avec le budget luminaire plus déploiement de borne Wifi. "La durée de vie, de 30.000 à 50.000 heures est la même que pour les autres LEDs, et la consommation ou le comportement thermique sont également équivalents", précise-t-on chez Lucibel.

Une technologie prochainement embarquée ?

L'industrialisation de la solution débutera bientôt à Barentin (Haute-Normandie) tandis que les recherches se poursuivent sur une miniaturisation du capteur qui prendra bientôt la forme d'une clef USB, à la façon des clefs 3G/4G. "L'avenir sera l'intégration de la technologie directement dans les appareils (tablettes et portables), dans les années à venir, le temps que les grands constructeurs s'emparent de cette technologie et l'installent en natif", assure le directeur du développement. Alcatel Lucent préparerait d'ores et déjà un téléphone équipé d'un récepteur Lifi (mais bas débit et uniquement en liaison descendante) tandis que Samsung aurait déposé plusieurs brevets dans le domaine. La société Lucibel espère donc un brillant avenir pour son luminaire.
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