Quel contenu, quel fonctionnement et quelle mise en pratique pour le passeport efficacité énergétique des logements ? Après un an de travail, le groupe The Shift Project livre sa vision de ce document électronique destiné à massifier les opérations de rénovation thermique.

Face à l'enjeu urgent de réduire la consommation énergétique française, en particulier celle liée à l'importation de carburants fossiles émetteurs de gaz carbonique, le groupe de réflexion "The Shift Project" s'est attelé à la conceptualisation de ce que devrait être le Passeport efficacité énergétique. Ce document dématérialisé, attaché à chaque logement français, pourrait être une clef de la généralisation des opérations de rénovation thermique. "Il y a une vraie pertinence pour ce passeport énergétique", assure Brice Mallié, le chef de projet au sein du Shift Project. "Il faut agir rapidement et concrètement : accélérer le mouvement sur le terrain en expérimentant des outils qui seront enrichis plus tard", poursuit-il.

 

Pour ses promoteurs, l'outil devra être collaboratif entre les différents métiers mais également complet, en intégrant à la fois le bilan énergétique et les aspects de confort du logement. "Il faudra parler de façon pédagogique aux utilisateurs, comme ce qui a été fait dans l'automobile", estime Brice Mallié, qui insiste également sur les erreurs à ne pas commettre : "Le passeport doit éviter l'effet cliché à un instant T, mais au contraire avoir un aspect dynamique car une habitation évolue au jour le jour, au rythme de ses habitants". D'où la notion de mise à jour du document, mais également d'évolutivité de l'outil, quasiment en "open source", pour que les versions successives s'enrichissent de fonctionnalités et d'options. La v1 ressemble dans son approche au BAO Promodul RT 2012, propose de remplir un ensemble de champs portant sur l'orientation, la surface ou les solutions constructives et équipements de la maison.

Un contenu varié et complet

Mais le contenu sera très diversifié : plans, maquette 3D (BIM), photographies, bilan énergétique, confort, état général et travaux engagés, valorisation attendue, financement des opérations, plannings… tous les éléments seront agrégés autour de la vie du logement auquel il sera attaché. Le passeport sera renseigné par des auditeurs qualifiés (bureaux d'études, architectes, diagnostiqueurs) puis enrichi au fur et à mesure des interventions de professionnels, notamment les artisans. L'audit initial, qui prendra la forme d'une visite technique de 2 heures suivie de l'établissement du passeport proprement dit, pendant 2 heures supplémentaires, aura un coût, estimé à environ 400 € pour une demi-journée de travail. "L'auditeur aura un devoir de conseil sur l'apparition potentielle de désordres qui pourraient entraîner des surcoûts éventuels", précise le chef de projet du Shift Project. En revanche, le pré-diagnostic et les mises à jour au fil de l'eau devraient être gratuits.

Plus clair pour les copropriétaires

"Il faut aider les ménages à y voir plus clair, notamment dans le calendrier des travaux. C'est pourquoi nous avons opté pour une visualisation graphique", plaide-t-il. Une façon de mieux prendre en compte la durée de vie des lots (30 ans pour une toiture par exemple) mais également de pouvoir intégrer d'autres travaux, non liés à la performance énergétique (agrandissement, garage, etc.). Dans le cas, épineux, des copropriétés, André Pouget dirigeant un bureau d'études, explique : "Il faudra mettre l'accent sur le collectif plutôt que sur l'individuel et sensibiliser sur les parties communes (façades, toitures). Il y aura obligation de trouver des solutions adaptées à l'existant et à ses occupants. Mais il faut embarquer la performance énergétique au moment opportun, par bouquets de travaux compatibles avec l'objectif visé. Une rénovation durable repose sur la qualité apporté au bâti et sur celle des équipements". Pour le spécialiste de la thermique, le Passeport d'efficacité énergétique permettra d'arriver plus facilement à l'objectif de rénovation totale du parc immobilier français d'ici à 2050.

 

Anne Ged, la directrice de l'Agence Parisienne du Climat, manifeste un grand intérêt pour le passeport énergétique qui servira d'outil d'accompagnement opérationnel des copropriétés. Un avis partagé par Jocelyne Cuche, chef de service Efficacité énergétique de la région Franche-Comté : "Nous avons mis en place depuis plusieurs années l'outil Effilogis, qui est à rapprocher du passeport énergétique. C'est une solution d'avenir !"
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