Sur 100 millions de tonnes de déchets collectés pour le recyclage, c'est le secteur du bâtiment qui est le premier pourvoyeur avec près de 40 millions de tonnes traitées l'an passé. Erwan Lemeur, le président de Federec BTP détaille ce chiffre.

Le recyclage des déchets du BTP et en particulier du bâtiment seul, est un secteur en plein essor. Cette activité se trouve au cœur des démarches d'économie circulaire, le modèle vers lequel souhaite tendre la France. Ceci afin de transformer des rebuts en ressources et de créer des emplois de valorisation non délocalisables, tout en limitant les importations de matières premières. Chez Federec, Jean-Philippe Carpentier, son président, compare même le recyclage à la gestion d'une "mine urbaine" de surface, dont l'activité ne pourrait jamais cesser puisque les déchets continuent d'affluer, même si la demande de produits recyclée n'est pas forcément en phase. Il estime cependant que toute la filière est "une chance inestimable pour reconstruire une industrie en France", basée sur l'utilisation de ces ressources.

 

Des déchets du bâtiment inertes ou non dangereux

 

En France, la barre des 100 Mt de déchets collectés a été franchie en 2016, et leur origine première sont les chantiers du bâtiment. Erwan Lemeur, le président de Federec BTP, fait le point : "Nous sommes une branche extrêmement dynamique. La FNTP, la FFB s'intéressent à la question du recyclage et nous devons travailler encore mieux avec eux". L'an passé, avec un début de reprise du bâtiment, les volumes collectés et traités ont augmenté, pour atteindre précisément les 39,6 Mt (+1,5 %), un accroissement qui suit parallèlement l'activité du secteur (+1,9 % selon la FFB). Le président de Federec BTP précise : "Si on intégrait les déchets des travaux publics, le volume produit annuellement par tout le secteur du BTP en France génère en fait 250 millions de tonnes par an. Mais, dans le cas des travaux publics, il s'agit principalement de déchets inertes". Les analyses se focalisent donc plus particulièrement sur le seul segment du bâtiment.

 

D'où viennent les déchets retraités ? Essentiellement des démolitions-déconstructions (63 % des volumes) devant les opérations de rénovation-réhabilitation (29 %). La construction neuve ne représente que 8 % des volumes de déchets. Quant à la nature de ces déchets, elle est principalement inerte (pierre, béton, terre cuite) dans 72 % des cas, ou "non dangereuse non inerte" dans 26 % des autres. Cette deuxième catégorie inclut les isolants, les métaux ou le plâtre notamment. Enfin, la troisième famille, celle des déchets dangereux, y compris l'amiante ou les peintures et solvants, ne représente que 2 % des volumes. Federec révèle, par exemple, que le recyclage de ces deux derniers produits (solvants, vernis) représente environ 23.000 tonnes par an. Pour le PVC, qui provient en partie des menuiseries, le volume annuel traité est de 153.000 tonnes. Le verre plat, l'autre composant des fenêtres recyclées, reste lui assez peu valorisé : la collecte auprès des industriels ne représente que 9 % de tout le verre récupéré (contre 91 % dans les déchets ménagers composés de verre creux), soit un maigre volume de 10.000 tonnes sur un gisement potentiel de 200.000. La signature prochaine d'un accord de branche devrait améliorer cette situation, en organisant la collecte de fenêtres et d'éléments de façades vitrés. Une initiative intéressante d'autant que le recyclage de ce matériau en calcin permet de produire de la laine de verre, qui peut être utilisée à nouveau dans le bâtiment.

 

La question des déblais du Grand Paris

 

En tout, le recyclage des déchets du bâtiment représente un chiffre d'affaires national de 1,74 milliard d'euros (+1,51 %). Erwan Lemeur précise qu'il est difficile, dans ce montant, de discriminer le prix de la collecte de celui du traitement à proprement parler, et qu'il représente donc le coût global facturé aux clients. Il estime cependant que le transport représente à lui seul environ 1/3 du coût en raison du poids des déchets. Le président de Federec BTP note une grande activité grâce aux travaux du Grand Paris, avec la construction de gares et la rénovation de quartiers entiers, ainsi qu'une bonne dynamique dans l'ouest de la France, et plus particulièrement à Bordeaux. Sur la question du traitement des déblais du Grand Paris Express, il annonce : "Nous avons un projet de labellisation des plateformes de traitement des déblais, qui seraient qualifiées pour traiter les terres et permettre leur réutilisation dans des projets d'aménagement. Cela prendra forme en 2018". Le but, au niveau national, serait de passer de 800.000 tonnes traitées à 3 voire 5 Mt en 2025.

 

Autre thématique d'intérêt pour Federec BTP, celle du BIM. Erwan Lemeur explique : "Nous réfléchissons à la question, afin de prévoir, dès la conception des ouvrages leur recyclabilité, pour que dans 30, 40 ou 50 ans on facilite le traitement de leurs déchets". La fédération entend se rapprocher de divers acteurs de la maquette numérique, et notamment du technopôle Domolandes, dédié à la construction durable. Une convention de partenariat devrait être signée en ce sens dans les prochaines semaines, nous a-t-il confié. Le président de Federec BTP se montre également particulièrement confiant pour l'évolution de l'activité en 2017, en raison de la hausse des mises en chantiers et du nombre de rénovations.
actionclactionfp