Ses œuvres ne sont pas vraiment des tableaux. Ou plutôt, des tableaux géants que les passants peuvent découvrir de la rue : Bernard Brunon est artiste peintre, et ses supports sont les façades des maisons ou de bâtiments publics. Portrait.

Ni artiste peintre, ni peintre en bâtiment. Bernard Brunon préfère se décrire comme un «artiste peintre en bâtiment». Bien que ce Français soit installé depuis trente ans aux Etats-Unis, on peut admirer l’un de ses derniers travaux à Rennes. Il y a rénové la façade de la bibliothèque universitaire de Rennes 2 à l’occasion de la biennale d’art contemporain qui se tient jusqu’au 20 juillet. La nouvelle façade ne ressemble pas vraiment à celle des bâtiments publics tels qu’on a l’habitude de les voir : les parois blanches sont parsemées de touches de couleurs. «Ce n’est pas le résultat visuel qui définit l’aspect artistique d’une œuvre, c’est plutôt la démarche», explique-t-il.

«Mon travail consiste essentiellement à faire tourner une entreprise de peinture en bâtiment aux Etats-Unis», résume sobrement Bernard Brunon. Son diplôme des Beaux-arts de Marseille en poche, Bernard Brunon part aux Etats-Unis en 1978 grâce à une bourse. A Houston (Texas), il trouve «une liberté totale. Des tas de gens pensent que ce qui compte, c’est ce que l’on représente avec la peinture. Mais j’ai décidé de radicaliser le rapport entre le support et la surface pour sortir de la représentation». Assez vite, il se tourne vers la peinture en bâtiment. «J’ai trouvé que cela répondait mieux à ce que je cherchais que mon travail en atelier. Le peintre en bâtiment, c’est un peintre qui ne représente rien. Plus je creusais cette situation et plus ça m’intéressait».

Rigueur
A Houston, il travaille sur des bâtiments anciens ou neufs, sur commande. Peu à peu, les commandes se multiplient et Bernard Brunon crée son entreprise, That’s painting production. Il commence par embaucher des peintres pour l’aider. «C’étaient des artistes qui avaient besoin d’un petit boulot. Mais je me suis vite aperçu que sur un chantier, il y avait des exigences de temps à respecter, et une certaine rigueur. Je me suis donc tourné vers des peintres en bâtiment». Et l’entreprise de Bernard Brunon tourne ainsi depuis une vingtaine d’années. Elle a récemment été rachetée par un groupe spécialisé dans la restauration de maisons datant du 20e siècle, et Bernard Brunon s’occupe de la section peinture.

Les toiles de ce peintre sont les murs des bâtiments qu’il rénove. «Pour le reste, c’est le même matériel : la peinture», explique-t-il. L’autre différence, c’est que le résultat ne représente rien. Et que ces œuvres sont visibles de tous.

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