REPORTAGE - Pour réaliser le confinement du réacteur accidenté de la centrale de Tchernobyl, Vinci et Bouygues ont mis de côté leur rivalité pour constituer une équipe de champions du BTP. Le résultat : un défi relevé et une structure gigantesque construite en 5 ans. Retour sur ce chantier hors normes avec les chefs de projets impliqués et les p-dg du groupe Vinci et de Bouygues Construction.

A l'occasion de la cérémonie officielle de confinement de la centrale accidentée de Tchernobyl, au pied de l'arche géante, les équipes de Novarka (co-entreprise de Vinci et Bouygues) sont unanimes : elles ont le sentiment de participer à une aventure humaine et technique unique. Xavier Huillard, le président-directeur général du groupe Vinci, résume : "C'est un projet qui marque une vie (…) Cette enceinte de confinement c'est un projet totalement hors norme, qui entre dans l'Histoire : cette arche sera toujours là en 2116". A ses côtés, Philippe Bonnave, le président-directeur général de Bouygues Construction, renchérit : "Leur travail a été fantastique. Quelle expertise alignée sur ce projet ! Et à la grande satisfaction des autorités ukrainiennes, le travail multi-langue a été mené de main de maître. Nous sommes très fiers de ce qui a été fait ici et de l'aboutissement du projet".

 

Un défi d'ingénieur et un défi de manager

 

Si la structure géante, en acier et double peau inox, a été poussée en place avec succès ce 26 novembre 2016, le chemin a cependant été long et parsemé d'embûches. Ce sont les trois chefs de projet successifs qui nous le racontent. D'abord Jean-Louis Le Mao (Vinci Construction Grands Projets), qui a été désigné pour superviser les études, entre 1992 et 2004 : "L'histoire a commencé par un concours d'idées lancé par l'Académie des Sciences d'Ukraine et qui posait la question : que faire de Tchernobyl ? Nous avons lancé une mission de reconnaissance sur place, avec un petit groupe de quatre personnes. Puis est venu le temps de la réflexion, avec des spécialistes du CEA, de la démolition et des matériels afin de trouver le dispositif permettant le démantèlement du sarcophage en toute sécurité, puis le tri des déchets radioactifs". Une première offre est ainsi remise à la date anniversaire du 26 avril 1993, sept ans après la catastrophe nucléaire. "Avec la volonté d'entreprendre, nous avons agrandi le cercle aux six entreprises distinguées par le jury de l'Académie des Sciences pour répondre à l'appel d'offres de mise en sécurité du site", poursuit-il. Les études de faisabilité et le cahier des charges livrent leurs conclusions en août 1994 : la structure la plus indiquée pour stabiliser le sarcophage sera une arche géante.

 

Les travaux d'ingénieur se poursuivent ensuite jusqu'au début des années 2000, avec le lancement d'une première phase d'études techniques basée sur l'avant-projet de la maîtrise d'ouvrage. Hosni Bouzid (Vinci), prend la suite : "Il y a eu une grosse phase de mise au point sur des aspects comme la ventilation, l'électricité, les systèmes associés à l'arche, mais qui reposait sur des montants prévisionnels". L'offre de Novarka est remise à la mi-2005 : "Nous étions moins chers de 100 M€. Mais trop d'informations étaient manquantes dans cet appel d'offres qui a été déclaré nul. Lors du second, nous avons revu à la hausse le montant du contrat, tandis que nos concurrents américains baissaient le leur. Mais nous étions toujours 50 M€ moins chers…". Malgré le lancement d'une procédure d'appel par ces concurrents peu fairplay, la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement, considère le dossier français comme le mieux disant techniquement et financièrement. Les négociations reprennent, avec un sentiment d'urgence puisque le sarcophage de béton, assemblé dans l'urgence par les Soviétiques entre avril et novembre 1986, montre des signes de faiblesses. Le contrat est finalement signé en septembre 2007. "Le chantier devait initialement être livré en 2012, mais il fallait le réaliser dans les meilleures conditions de sécurité", relate Hosni Bouzid. Résultat, deux ans de travaux sont nécessaires pour assainir le site d'assemblage de la super-arche, à 350 mètres de la centrale. Deux mètres de terre sont ainsi arasés avant qu'une grande dalle de béton ne soit coulée, permettant la déclassification de cette zone où les ouvriers pourront travailler normalement, sans équipements lourds de radioprotection.

 

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