L'Agence qualité construction (AQC) poursuit sa mission d'amélioration de la qualité du bâtiment et de prévention des désordres. Dotée d'un nouveau président, Laurent Peinaud, qui succède à Jacques Jessenne, elle suit de près les évolutions du secteur de la construction. BIM, normes, organisation du travail, formation… rien ne sera oublié. Ni même le populaire concours photo qui s'amuse des pires pathologies possibles.

L'AQC a élu son président à l'unanimité : Laurent Peinaud, succède à Jacques Jessenne, qui occupait le poste depuis sept ans. Dans son premier discours public, le nouveau président (voir encadré) a déclaré être passionné par l'intérêt général et être fier de la dynamique d'amélioration des pratiques constatée en France, un phénomène "unique en Europe", selon lui. Se plaçant dans la continuité de son prédécesseur, il entend faire jouer tout son rôle à l'agence, avec le concours de son directeur général, Philippe Estingoy.

 

L'innovation et l'évolution des normes au cœur des débats

 

Ce dernier s'est exprimé, lors du 18e Rendez-vous de l'AQC, sur les enjeux actuels qui animent le secteur de la construction. Il s'est dit inquiet de l'ubérisation du bâtiment, pour lui source de "satisfaction rapide mais qui n'a pas de tenue dans le temps". Cette tendance observée serait pour lui, "une source d'augmentation du nombre de pathologies observées" et donc, incidemment, une source de nombreux problèmes dans les relations entre clients et artisans… Il s'interroge également sur les formes d'organisation du travail, au cœur de débats européens et français, notamment sur la question des travailleurs détachés, un cas de figure "assez choquant" qui pose une "problématique de compétences". Se penchant également sur les innovations technologiques, qui bouleversent les pratiques professionnelles, Philippe Estingoy s'est au contraire réjoui de la généralisation de la maquette numérique. "Le BIM est une source d'espoir qui va tirer la qualité de la construction vers le haut et dont les premiers résultats seront visibles en 2025", a-t-il expliqué. Il a toutefois exprimé une réserve concernant la dématérialisation des projets, susceptible "d'envoyer le travail à des milliers de kilomètres du chantier".

 

Concernant les normes, qui évoluent beaucoup en relation avec la transition énergétique, Philippe Estingoy estime qu'elles vont réinstaurer une économie locale, circulaire et plus sobre en ressources. Intervenant lors d'une table ronde, Blaise Dupré, directeur du CoDEM Picardie (centre de transfert de technologies), a expliqué : "L'innovation permet de mieux satisfaire le client. Elle est inarrêtable et n'a pas de limites. Les normes sont indispensables et doivent protéger le consommateur". Le spécialiste estime qu'il est impossible de se passer d'avis techniques, "mais qu'ils deviennent pénibles lorsqu'ils constituent une rente pour certaines entreprises et qu'ils bloquent la concurrence". Pour Cédric Lentillon, l'innovation devra obligatoirement passer par la rénovation, où les usagers ont des attentes simples : confort, maîtrise des coûts et performances. Il attire l'attention sur la prise en compte "de la mise en œuvre sur les chantiers" et des "comportements dérogatoires des utilisateurs". Prenant l'exemple de la perméabilité à l'air, une question qui n'était pas abordée auparavant, il considère que l'obligation de résultat a permis qu'elle soit mieux intégrée maintenant dans la façon de bâtir.

 

L'AQC entend également poursuivre son Concours photo qui a révélé, cette année encore, de multiples désordres capturés par des photographes toujours plus nombreux. Cette onzième édition a rencontré un franc succès avec 320 clichés reçus, dont 140 envoyés par des étudiants. L'agence note : "Un regard sur les désordres encourageant pour ces jeunes généralement issus de formations spécialisant aux métiers de la construction. L'AQC les encourage dans cette observation du bâtiment qui les entoure".

Découvrez les clichés lauréats de 2016 dans les pages suivantes

Laurent Peinaud, nouveau président de l'AQC :
Le Conseil d'administration de l'Agence qualité construction a donc élu, à l'unanimité, Laurent Peinaud à la présidence de l'agence. Responsable du système de management et des relations avec la profession au sein de Socotec Holding, est ingénieur de l'ESTP et se dit "passionné par la prévention et le management des risques dans la construction" et par "la promotion de la tierce partie indépendante". Laurent Peinaud est également "mobilisé par l'intérêt général et la construction collective d'idées" : il est membre de plusieurs instances comme le Conseil supérieur de la construction et de l'efficacité énergétique, le Comité de section du Cofrac ou le Consortium for European building control. Il espère tisser des liens efficaces avec les acteurs de terrains, par le biais des délégations régionales de l'AQC créées en 2015 et continuer à moderniser les outils technologiques de l'agence. Son approche sera "centrée sur le management des risques, et les dispositions de traitement du risque (réductions des causes et des effets, transfert du risque ou assurance)".
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