Nazelle, village d'Indre-et-Loire. Là, non loin du château d'Amboise, célèbre puisque Léonard de Vinci y rendit son dernier souffle, se dresse le manoir de La Calmeleterie, «une folie du XIXe siècle en style troubadour, revue par Gustave Eiffel, qui a laissé là sa signature de fer», d'après la description qu'en fait l'écrivain Marc Lambron. L'artiste régional Albert Thomas l'a fait érigé en surplomb de Loire pour en faire son atelier. Ingrid Brochard, fondatrice du magazine «Be contemporary», y a d'abord posé ses valises, avant de l'abandonner peu à peu. Cette maison, explique-t-elle, «je l'ai achetée il y a dix ans, je l'ai restaurée, je l'ai habitée... puis j'ai déménagé. J'en ai alors retiré tous mes effets personnels. A part les meubles, la maison était vide et j'y allais de moins en moins. J'ai voulu la faire revivre à travers ma passion de l'art contemporain».
«Habiller un morceau d'habitat»
Tout part donc d'une invitation... Et ce lieu d'artiste revient à sa vocation première, pour mieux la sublimer ! Vingt artistes actuels prennent ainsi possession de la demeure. Entrée, cuisine, chambre, salon, toilettes... Toutes les pièces sont investies une à une. Avec à la clé, des réflexions suscitées. Que nous révèle l'œuvre sur la maison, sur l'artiste, voire sur notre relation avec notre propre habitat ? Qu'est-ce qu'une maison ?
Chaque artiste déploie ainsi une des facettes intimes de l'habitat. «Autoportrait», la maison se fait «condensé d'existence humaine, appelant des voyages immobiles dans l'espace et le temps», explique Marc Lambron dans la présentation de l'exposition. «Sans doute cela que Sophie Calle a voulu marquer en présentant ici un épisode de sa propre vie» ; «toit, coquille, une protection», la maison repère de la vie, cette vision semble illustrée notamment par l'œuvre de Wang Du, qui évoque les sans domicile fixe, ou encore par les oriflammes de Yan Pei-Ming. Heather Rowe, comme Daniel Buren, nous offre eux à voir la maison comme une ouverture sur le monde extérieur, une lumière également, à travers leurs cadres, miroirs et prismes colorés. Lieu de repos, de vie, d'enfance... Tour à tour, de pièce en pièce, la maison se révèle ainsi au visiteur.
«A house is not a home»
«A house is not a home» (une maison n'est pas un foyer),c'est le titre d'une chanson de Burt Bacharat et Hal David : «les paroles de cette chanson m'ont littéralement touchée», raconte Ingrid Brochard. «J'ai ressenti exactement ce que j'étais en train de vivre, c'est-à-dire que ma maison en Touraine avait été un foyer, mais n'était plus désormais qu'une maison. Il n'y avait plus son intimité, son côté chaleureux (...) je me suis dit que ça deviendrait le titre de mon exposition». Comme le souligne Marc Lambron, Ingrid Brochard aurait pu transformer ce titre par cette maxime «My house is your home», (ma demeure est la vôtre). Cette exposition, ajoute-t-il, «un kit, un kaléidoscope, une collision de hasard ? Oui, mais aussi une façon de répondre à cette question universelle : qu'est-ce qu'une maison ?» A chaque visiteur de se faire son idée...
Pauline Polgar
Dans l'entrée

«Pour l'exposition 'house is not a home', Pierre Ardouvin s'est servi d'une cage géante à l'entrée de la maison pour y installer une pièce intitulée 'Encore et toujours'. Au centre de cet espace, sur un sol de miroir fissuré, il a enfermé un cheval de bois. Ce jouet solitaire semble figé au centre d'un manège désaccordé. Le kitsch et le rutilant se croisent dans cette installation qui nous laisse autant remonter le cours de notre enfance, qu'elle n'emprisonne nos vieux rêves.»
Pauline Polgar
Lumière

Une grande fenêtre qui joue avec la lumière... «Il revoit subtilement l'atmosphère des lieux avec une installation faite à partir de filtres colorés. Des champs colorés viennent mettre en valeur l'espace tout entier de la maison.»
Pauline Polgar
Dans la salle de bain

Pauline Polgar
Dans l'escalier

Celle dont chaque épisode de la vie est fictionnalisé.
Pauline Polgar
Dans les toilettes

Le ludique s'invite aux toilettes avec ce papier-peint, un appel à la méditation (!)
Pauline Polgar
Un néon sur la mezzanine

Martin Creed «installe son néon 'EVERYTHING IS GOING TO BE ALRIGHT' (2007) au-dessus de nos têtes, sur la rembarde de la mezzanine. 'Tout va bien aller' résonne comme une obligation, à moins qu'il ne s'agisse d'une méthode thérapeutique, une méthode Coué artistique.»
Pauline Polgar
Sur la table de chevet...

Pour cette exposition l'artiste a réalisé huit bougeoirs à partir de comprimés Viagra, «hommage aux usines Viagra du Canton d'Amboise». Et comme dans la chanson Au clair de la Lune, l'Ami Pierrot a prévu une bougie... Et de la musique ! Le projet est accompagné de la chanson Le massage du doigt, extrait de Peau d'âne, le film de Jacques Demy.
Pauline Polgar
Lit

«En déposant un duvet de fumée sur un lit, Pae White pointe le lieu de la nuit et du sommeil, la chambre close qui s'accroît des images du songe, et d'où parfois une âme s'envole, car on meurt souvent dans son lit». Marc Lambron
Pauline Polgar
Sur la table du salon

Le rappel d'une chanson des Rolling Stones Salt of the Earth, Mick Jagger est un voisin des environs d'Amboise... L'artiste a également déposé un journal de bord en écrits et en images sur le bar tandis qu'une troisième oeuvre prend place dans "la chambre nuptiale".
Pauline Polgar
A nos pieds

Un tapis de 3x5 mètres sur lequel il est permis de marcher, installé sur la mezzanine. «L'oeuvre que l'on peut piétiner à merci, fait directement allusion à la crise du logement résidentiel qui sévit depuis peu aux États-Unis. À ce problème social qui va en s'empirant, Wang Du superpose une autre image : celle des SDF qui campent leurs tentes en plein centre-ville. À tous les niveaux, il est question de survie et de toit.»
Pauline Polgar
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Du 2 juillet au 2 septembre
La Calmeleterie
32 ter rue de Pocé
37530 Nazelles Négron
Du mercredi au dimanche de 14h à 20h
Entrée libre
Commissaire d'exposition : Ingrid Brochard