Des manifestants dénonçant la crise du logement qui sévit en Espagne campent depuis samedi 26 septembre 2026 au cœur de Madrid. La place touristique Puerta del Sol est en effet occupée par une centaine de tentes. "Nous resterons aussi longtemps que nécessaire", a déclaré à l'AFP Alberto Macias, porte-parole du syndicat du logement de Carabanchel, l'une des organisations à l'origine du campement de protestation.
"Nous sommes tous Maricarmen", "plus une seule Maricarmen" : les références à Maricarmen Abascal, 87 ans, chassée de chez elle après une vente à la découpe de son appartement, sont partout. Mercredi 23 septembre 2026, les images de son expulsion ont fait l'effet d'un électrochoc dans le pays et remis la crise du logement sur le devant de la scène à l'approche des élections législatives de 2027. Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez, face à cette mobilisation, a promis d'annoncer, ce 29 septembre 2026, une série de mesures d'urgence.
Soutien de Pedro Almodovar
Dimanche 27 septembre 2026, les manifestants ont même reçu la visite du réalisateur espagnol Pedro Almodovar. "Il est absolument insupportable pour la société espagnole d'avoir ce problème un jour de plus. Les responsables politiques doivent le résoudre car ce sont eux qui nous gouvernent", a-t-il déclaré à la chaîne publique RTVE.
L'un des organisateurs du mouvement a lancé au mégaphone : "Le logement doit cesser d'être un bien de marché pour devenir un bien de première nécessité". Le syndicat des locataires espagnols a, quant à lui, indiqué sur un réseau social : "nous n'en pouvons plus. Soit le système de location s'effondre, soit le gouvernement tombe". L'organisme a appelé la population espagnole à se joindre au campement installé après une manifestation ayant réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes, samedi 26 septembre 2026 à Madrid.
La mairie de la capitale espagnole, dirigée par le Parti populaire (droite), a demandé dimanche 27 septembre 2026 le retour à la normale sur la Puerta del Sol, accusant le gouvernement d'un manque de fermeté, selon les médias locaux.
Loyers doublés en 10 ans
Mme Maricarmen Abascal, expulsée de son logement, est devenue le symbole de la crise du logement en Espagne, exhortant les Espagnols à se joindre au combat dans un message vidéo devenu viral. L'octogénaire a été contrainte de quitter l'appartement où elle vivait depuis 70 ans après qu'une société immobilière a racheté le bien et augmenté le loyer de 275%, le portant à 2.650 euros mensuels, selon le syndicat des locataires espagnols.
Le cas de Mme Abascal illustre de façon brutale les difficultés à se loger qui frappent l'Espagne, où les locations touristiques de courte durée, postées notamment sur Airbnb, et les "fonds vautours" d'investisseurs immobiliers sont accusés de faire flamber les prix et de réduire l'offre.
En dix ans, le prix moyen du mètre carré à la location a presque doublé, atteignant 15,1 euros le mètre carré en août 2026, selon le portail immobilier Idealista. À l'achat, il s'établit désormais à 2.355 euros en moyenne, soit une hausse de plus de 50% sur la même période, d'après des chiffres officiels. Madrid concentre tout particulièrement ces tensions : placée en 2025 et 2026 en tête de son classement mondial des villes prisées pour l'immobilier de luxe par le réseau Barnes, la capitale espagnole a un parc social si restreint que certains appartements sociaux sont attribués par loterie.
Raphaël Jacomini, avec l'AFP
Lire plus tard
Partager

L'Union européenne lance un plan pour le logement abordable
