Un modèle de transmission progressive et réfléchie, au croisement de l’expérience industrielle et de l’artisanat local : c'est ce qu'incarne Laurent Chansard, qui dirige depuis 2018 l’entreprise de plomberie-chauffage fondée par son beau-père en 1992 à Janville-en-Beauce. Pourtant rien ne destiné au départ, cet ancien cadre de 54 ans et père de deux enfants, à devenir artisan.
D’une carrière industrielle à l’artisanat
Après un bac électrotechnique et un BTS assistant technique d’ingénieur, Laurent débute dans l’industrie automobile puis dans le secteur du cartonnage de luxe. Responsable de production d’une cinquantaine de personnes, il évolue dans un environnement structuré, exigeant, rythmé par des horaires décalés.
"En 2007, j’ai réalisé un bilan de compétences pour envisager une évolution de carrière alors que je travaillais dans le domaine du génie de production." Le constat est clair : il aspire à un autre métier, plus concret et technique.
"Ce bilan a fait ressortir mon goût pour le management, mais surtout pour des activités plus manuelles et plus concrètes." Fils de maçon et habitué aux travaux, il est déjà sensibilisé au travail artisanal. Son beau-père, plombier et héritier d’une entreprise familiale aux racines anciennes, lui transmet progressivement le goût du métier. "J’ai découvert ce métier à ses côtés en rénovant ma maison, d’autant plus que mon père était lui-même maçon de profession. C’est ce qui m’a donné envie de me reconvertir," raconte-t-il.
Une transmission sur dix ans
En 2007, il passe une formation Adulte de 8 mois en lien avec le CAP Installateur Sanitaire et Thermique et rejoint l’entreprise comme salarié. Pendant dix ans, la reprise s’organise en douceur : il devient associé, apprend le métier sur le terrain, développe l’activité et participe au recrutement d’un salarié et d’un apprenti.
En 2018, à 46 ans, il reprend officiellement la gérance. Son beau-père, aujourd’hui âgé de 75 ans, reste actionnaire et continue d’apporter son aide à l’atelier. La transmission s’est faite sans rupture, dans la confiance et la continuité. Aujourd’hui, l’entreprise compte deux salariés, un apprenti, son épouse et lui-même.
Une véritable entreprise familiale
Son épouse joue un rôle essentiel. Comptable de formation, elle partage son temps entre un cabinet comptable et l’entreprise familiale, où elle assure devis, facturation et gestion administrative. Son implication dépasse largement le cadre formel : soirées et week-ends sont souvent consacrés à l’activité. Malgré des soucis de santé, elle reste pleinement engagée. Pour Laurent, la réussite de l’entreprise repose sur cet investissement commun.
Pourquoi être artisan aujourd'hui ? "Une grande fierté"
"Ce métier représente pour moi une grande fierté. J’ai repris l’entreprise de mon beau-père et avec mon épouse, côté administratif et comptable. C’est un métier très varié : nous pouvons intervenir aussi bien sur des salles de bains que sur des chaudières gaz ou fioul, des PAC, des VMC, de la plomberie. Cette diversité fait toute la richesse de notre activité."
Organisation et ancrage local
L’activité est principalement orientée vers la rénovation, dans un rayon volontairement limité à 50 km afin de préserver efficacité et qualité de vie. La clientèle provient du bouche-à-oreille, du site internet, des communes locales et d’un réseau d’artisans partenaires. Les journées commencent à 8h avec l’équipe et se terminent souvent vers 20h. Laurent gère urgences, chantiers, rendez-vous clients et administratif. Il s’impose toutefois des limites, notamment le week-end, pour maintenir un équilibre.
Depuis sa reprise, l’entreprise s’est structurée : création d’un dépôt, développement du stock, obtention de qualifications (Qualibat, chaudières gaz et granulés, PAC, adaptation de logements). L’objectif est clair : développer l’activité tout en restant sur un modèle maîtrisé, local et durable.
Engagement et territoire
Adhérent de la CAPEB depuis l’origine de l’entreprise, Laurent souligne l’importance de cet accompagnement (juridique, formation, gestion des litiges). Son épouse participe également au réseau des Femmes d’artisan. Très attaché à son territoire, il contribue à la création d’une union commerciale locale pour dynamiser Janville-en-Beauce et promouvoir les entreprises de proximité. Sa philosophie repose sur la coopération entre artisans et la valorisation du tissu économique local.
Et demain ?
À une dizaine d’années de la retraite, Laurent ne sait pas encore si l’entreprise connaîtra une transmission familiale : ses enfants ont choisi d’autres carrières, l’un chez Eurovia, l’autre en école d’ingénieur en chimie. Mais son propre parcours de reconversion démontre que les trajectoires peuvent évoluer.
L'esprit CAPEB ? Son histoire illustre une reprise patiente, construite sur dix ans, profondément enracinée dans les valeurs familiales, la transmission et l’attachement au territoire.
"Ce témoignage illustre une réalité que nous constatons chaque jour à la CAPEB : les métiers du bâtiment sont avant tout des métiers de passion et d'engagement. Ils attirent des personnes qui souhaitent donner un sens concret à leur activité, entreprendre et s'investir durablement dans leur territoire. Ce qui est particulièrement inspirant dans ce parcours, c'est la capacité à saisir une opportunité, à se former et à construire un projet entrepreneurial en s'appuyant sur des valeurs fortes. Reprendre une entreprise, la faire vivre et la développer, c'est aussi faire perdurer un savoir-faire, créer de l'emploi et participer à la vitalité économique locale.
Son investissement dans le handball fait également écho à ce que vivent les artisans au quotidien. Dans une entreprise artisanale comme sur un terrain de sport, la performance est toujours collective. Elle repose sur la confiance, l'engagement de chacun, la solidarité et la capacité à s'adapter face aux imprévus. Ce sont des qualités indispensables pour mener à bien un chantier et satisfaire ses clients.
À travers ce parcours, on comprend que l'artisanat du bâtiment ne se résume pas à un savoir-faire technique. C'est un état d'esprit, fait de responsabilité, de proximité et de transmission. C'est cette vision de l'entreprise artisanale, profondément humaine et tournée vers l'avenir, que la CAPEB défend chaque jour."
Coralie Gasselin – Secrétaire générale de la CAPEB 28
#Reconversion #Transmission #Place du conjoint
Les reconversions, un levier d'avenir pour les entreprises artisanales
Depuis 80 ans, la CAPEB accompagne les entreprises artisanales dans leurs grandes transitions. Le renouvellement des compétences est aujourd'hui un enjeu majeur, alors que de nombreux chefs d'entreprise approchent de la retraite et que les besoins en recrutement restent importants. Les reconversions professionnelles constituent donc une opportunité pour assurer la pérennité des entreprises artisanales du bâtiment.
Les métiers du bâtiment attirent désormais des femmes et des hommes en quête de sens. Après une première carrière, ils sont de plus en plus nombreux à se tourner vers l'artisanat pour exercer un métier concret, utile et porteur de valeurs. Améliorer le logement des habitants, préserver le patrimoine bâti, réaliser des ouvrages sur mesure, contribuer à la transition environnementale ou évoluer dans des équipes à taille humaine répondent aux attentes de celles et ceux qui recherchent utilité sociale et économique, engagement environnemental, proximité humaine et qualité de vie. L'artisanat permet d'exercer un métier technique avec un impact direct sur le quotidien des clients et l'aménagement durable des territoires. Les entreprises artisanales incarnent des valeurs de solidarité, de transmission, de bienveillance et de responsabilité qui trouvent aujourd'hui un écho particulier auprès des candidats à l'installation.
La CAPEB s'attache en permanence à promouvoir ces atouts. Dès 1987, elle lançait la campagne « L'art et la manière » pour valoriser le savoir-faire artisanal. Depuis, elle promeut les TPE du bâtiment à Batimat, aux WorldSkills et au travers de campagnes comme « Artisan du bâtiment, pour moi, pour nous tous ».
Elle défend également un dialogue social adapté aux réalités des entreprises artisanales afin de favoriser des parcours professionnels attractifs et fidélisants.
Cet engagement s'est concrétisé lors des négociations nationales sur le Pacte de la vie au travail. Au sein de l'U2P, la CAPEB a porté la création d'une « période de reconversion » permettant à un salarié ou à un demandeur d'emploi d'acquérir progressivement les compétences nécessaires en entreprise, sans rupture du contrat de travail pour les salariés concernés. Ce dispositif sécurise les parcours professionnels tout en permettant aux entreprises artisanales de recruter des profils motivés, même s'ils ne maîtrisent pas encore toutes les compétences techniques.
En favorisant les reconversions professionnelles, en défendant les entreprises familiales, en valorisant les valeurs de l'artisanat et en adaptant les règles sociales aux réalités des TPE, la CAPEB poursuit depuis 80 ans un même objectif : donner aux entreprises artisanales du bâtiment les moyens de se renouveler, d'attirer de nouveaux talents et de faire vivre durablement les territoires.
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