Qui a dit que le rose n'allait pas aux artisans ? Sûrement pas Marina Bezes ! C'est en "rose de travail" que cette artisan-peintre en bâtiment, à la tête de son entreprise depuis plus d'une décennie, et ses salariées — une apprentie, une salariée en reconversion, complétées ponctuellement par des intérimaires) travaillent. Car ici, être une femme artisan c'est, non seulement assumé, mais même revendiqué !

Ce positionnement est né d’un constat terrain. Au fil des années, ses clients ont souvent exprimé leur confiance envers une femme artisan et valorisé une approche jugée plus attentive aux détails. Marina décide alors de transformer cette singularité en véritable axe de différenciation. Elle construit une image de marque forte autour du slogan « Le peintre est une nana », accompagnée d’une communication visuelle marquée, notamment par des tenues professionnelles roses qui renforcent sa visibilité et son identité.

Pourquoi être artisan aujourd'hui ?

« Être artisan aujourd’hui, c’est exercer un métier concret, exigeant et profondément humain. J’ai choisi la peinture parce que j’aime transformer les espaces, voir le résultat de mon travail et apporter une vraie satisfaction aux clients. Mon parcours m’a aussi appris qu’il fallait parfois s’affirmer, surtout en tant que femme dans le bâtiment. C’est pour cela que j’ai envie de transmettre, de donner confiance à d’autres femmes et de montrer qu’elles ont toute leur place dans nos métiers. »



Son parcours est celui d’une reconversion. Issue d’un environnement familial valorisant les études, elle commence par un cursus universitaire en mathématiques, qu’elle abandonne avant son terme. Une expérience artistique à l’adolescence, lorsqu’elle réalise une fresque murale, lui fait découvrir la technicité du métier de peintre. À 23 ans, elle choisit de se réorienter : stage découverte, apprentissage en CFA à Toulouse, CAP peinture, brevet professionnel, missions en intérim et en CDD, avant de s’installer dans l’Aude. Après un licenciement économique, elle crée sa propre entreprise en 2015.

L’activité démarre en micro-entreprise puis évolue en EIRL après les inondations de 2018, qui génèrent une forte demande. La véritable phase de développement commence en 2023, avec l’arrivée d’une apprentie, puis d’une deuxième collaboratrice en reconversion, donnant progressivement naissance à une équipe féminine structurée.



Une volonté personnelle de transmission


Au-delà d’un choix d’image, cette orientation répond aussi à une volonté personnelle de transmission. Ayant elle-même rencontré des difficultés d’intégration et parfois des comportements sexistes dans le secteur, Marina souhaite offrir à d’autres femmes un environnement d’apprentissage rassurant, où elles peuvent gagner confiance et compétences avant d’intégrer éventuellement des entreprises plus mixtes.

Son activité


Son entreprise est spécialisée dans la rénovation, principalement chez des particuliers, avec quelques interventions pour des communes et bâtiments municipaux. Les travaux comprennent la préparation des supports, la peinture intérieure, les revêtements muraux, la décoration et la pose de parquet flottant. Refusant le travail au pistolet, elle privilégie une approche plus traditionnelle, moins adaptée au neuf mais plus gratifiante selon elle, notamment grâce à la transformation visible des espaces. Elle collabore régulièrement avec des architectes d’intérieur pour des projets décoratifs, chacun apportant ses compétences : conception d’un côté, réalisation technique de l’autre.



Une organisation du travail souple et collaborative


L’organisation du travail reste souple et collaborative : horaires de chantier de 8h30 à 17h, répartition flexible des tâches et autonomie progressive accordée aux collaboratrices. Après les chantiers, Marina poursuit souvent avec rendez-vous, devis et gestion administrative.

Mère de famille, elle accorde une importance majeure à l’équilibre de vie : pas de travail le week-end, priorité aux enfants et adaptation des horaires en semaine. Cet équilibre constitue pour elle une condition essentielle de durabilité professionnelle.

Son engagement va au-delà du chantier : elle participe à la vie locale via les associations scolaires et nourrit une passion pour les animaux, notamment les chevaux et les moutons.

Comme beaucoup de chefs d'entreprise artisanale, Marina n'a rejoint la CAPEB qu'après plusieurs années d'activité, faute de temps. Une rencontre avec Alizé, secrétaire générale de la CAPEB de l'Aude, lui a fait découvrir l'accompagnement proposé. Depuis, c'est devenu un réflexe : elle s'appuie régulièrement sur le réseau pour ses démarches administratives, ses investissements ou l'identification des aides. Elle souligne aussi l'intérêt des offres partenaires qui lui ont permis de réaliser d'importantes économies. Elle garde également un souvenir marquant d'une journée consacrée à la sécurité au travail à Narbonne, riche en échanges, illustrant selon elle la force du réseau. À l'occasion des 80 ans de la CAPEB, elle plaide pour une meilleure sensibilisation des artisans aux bénéfices de cette adhésion à la CAPEB, dès leur installation et souhaite s'investir davantage afin de promouvoir la place des femmes dans l'entrepreneuriat du bâtiment et faire vivre ce lien de proximité sur son territoire.

L'esprit Capeb ? À travers son parcours, Marina Bezes défend une vision du bâtiment plus ouverte et accessible, où les femmes trouvent pleinement leur place. Son entreprise incarne une approche à la fois professionnelle, humaine et engagée, mêlant exigence artisanale, identité affirmée et volonté de transmission.

Marina incarne la réussite et la persévérance au féminin


« J’ai eu le plaisir de rencontrer Marina directement sur l’un de ses chantiers. Ce jour-là, elle m’a raconté son parcours sans fard : ses débuts, ses difficultés, et cette nécessité absolue de devoir s’affirmer en tant que femme dans un univers encore très masculin. Ce qui m’a immédiatement marqué chez elle, c’est son positivisme à toute épreuve, sa motivation et une persévérance hors norme. Marina a ce talent rare de savoir transformer les épreuves en forces et en leviers de réussite.

Très vite, elle a eu à cœur de créer sa propre entreprise, mais elle ne s’est pas arrêtée là. Elle a choisi de recruter des jeunes femmes en apprentissage. C’était une double démarche : transmettre sa passion du métier, mais aussi donner leur chance à des candidates qui, comme elle à ses débuts, rêvaient d'intégrer le monde du bâtiment.

C’est précisément au fil de nos échanges que Marina a mesuré toute la portée de son rôle d'employeur. Avoir des salariées engage une vraie responsabilité sur les plans administratif, organisationnel et sécuritaire. Face à ce défi, elle a su immédiatement se remettre en question, se repositionner et monter en compétences. Pour cela, elle a eu le réflexe de s’appuyer sur la CAPEB et l’écosystème local avec le SISST, le BTP CFA de Lézignan-Corbières et l’OPP BTP.

À l’image de Marina, notre département de l’Aude est majoritairement composé de petites entreprises et d’artisans. C’est la raison d'être de la CAPEB de l'Aude : les soutenir, les représenter et les accompagner au quotidien dans leur développement. Pour nous, il est capital de garder ce lien direct avec le terrain, d’être à leur écoute pour répondre au mieux à leurs besoins et leur éviter l’isolement.

Aujourd'hui, nous sommes extrêmement fiers de Marina, comme de l’ensemble de nos adhérents. Ce sont ces artisans et artisanes du bâtiment qui nous animent et nous poussent à nous engager, chaque jour de l’année. »


- Alizé Beaucourt, Secrétaire générale de la CAPEB de l’Aude



#femmes - #conjoints - #droits des femmes - #CNFA - #mixité

Les femmes dans l'artisanat du bâtiment : un engagement historique de la CAPEB



Depuis près de cinquante ans, la CAPEB s'engage en faveur de la reconnaissance et de la valorisation du rôle des femmes dans l'artisanat du bâtiment, de la défense des droits des conjointes à la promotion de l'entrepreneuriat féminin.

Entre 1975 et 1979, elle fait de cette reconnaissance un axe de son action syndicale. Après les premières propositions de statut issues du rapport Claudé, elle crée en 1979 la Commission nationale des femmes d'artisan (CNFA), aujourd'hui présente à tous les échelons de l'organisation, où elle fédère les initiatives locales, accompagne les femmes dans leur parcours professionnel et défend leurs droits.

En 1982, la CAPEB contribue à la loi du 12 juillet permettant aux femmes d'artisan de bénéficier d'un statut juridique spécifique, une avancée majeure pour la reconnaissance de leur activité. Elle joue également un rôle moteur dans l'évolution des statuts des conjoints d'artisans, notamment avec la création du statut de conjoint collaborateur.

À partir des années 1990, la représentation féminine progresse au sein des instances dirigeantes, avec l'élection de femmes au Conseil d'administration et au Bureau confédéral dès 1994. La généralisation des commissions départementales des femmes de l'artisanat structure parallèlement un réseau actif, formateur et porteur d'échanges et d'actions, en faveur de l'égalité professionnelle et de l'entrepreneuriat féminin. La CAPEB obtient aussi l'extension des droits sociaux, avec la création d'un régime maladie-maternité (1966), des indemnités journalières (1995), puis l'obligation de choisir un statut pour le conjoint en 2005.

En 2007, elle signe enfin un accord-cadre avec le ministère de la Cohésion sociale afin de renforcer l'accès des femmes aux métiers du bâtiment.

Au fil de son histoire, la CAPEB a ainsi fait de la reconnaissance du rôle des femmes dans l'artisanat du bâtiment un enjeu central, porté par des avancées concrètes, une représentation accrue et une volonté constante de promouvoir l'égalité et la mixité.