Les bouleversements climatiques, démographiques et sociétaux qui en découlent vont avoir un impact sur la construction des villes. Dans le cadre d'une table ronde organisée par l'Observatoire de l'Immobilier Durable, le climatologue Jean Jouzel est intervenu sur la question.
"Le réchauffement global est sans équivoque et il est d'origine humaine", assène Jean Jouzel, climatologue, ancien vice-président du GIEC, en ouverture d'une conférence sur le défi climatique et l'immobilier. "Et les conséquences seront multiples : acidification des océans, montée du niveau des mers, événements climatiques extrêmes, problèmes de sécurisation de la production alimentaire, réfugiés climatiques…", poursuit-il. Des conséquences qui seront particulièrement visibles dans les villes qui ne sont pas bien préparées. Ni à la survenue de ces tempêtes, précipitations ou canicules, ni à l'accueil de personnes déplacées, ni à l'élévation des océans. D'autant qu'elles devront également faire face à d'autres défis, comme la lutte contre la pollution automobile, l'accroissement de la population urbaine ou des enjeux liés à la santé et au bien-être.

 

Les villes, premières cibles du bouleversement

 

"Les villes sont largement concernées", assure le spécialiste du climat, qui part du postulat que la population urbaine mondiale atteint aujourd'hui les 3 milliards d'habitants et qui pourrait atteindre les 6 ou 7 milliards dès 2050. Pour lui, il ne resterait à l'humanité que 800 milliards de tonnes de CO2 à émettre avant que le réchauffement climatique ne dépasse la barre fatidique des 2 °C, risquant un emballement hors de contrôle. "Cela représente 20 ans d'émissions, au rythme actuel. Mais attention, cela ne représente que 20 % des hydrocarbures immédiatement accessibles. Il faudra donc laisser ces combustibles fossiles là où ils sont", prévient-il. Car, si rien ne devait changer dans la façon de bâtir, la seule construction des villes nouvelles pour abriter des milliards de nouveaux urbains, consommera 460 milliards de tonnes de CO2, "soit plus de la moitié du carbone à émettre", souligne Jean Jouzel.

 

Les villes actuelles seraient également fragiles face aux canicules. Le spécialiste du climat rappelle que le phénomène observé à l'été 2003, où les températures moyennes étaient supérieures de 3 °C aux normales saisonnières, n'arrive normalement que tous les 25 à 30 ans. "Dans un monde à +2 °C, cela arriverait tous les 4 ans. Dans un monde à +3 °C, tous les deux ans. Au-delà, nous risquerons des canicules avec des températures de +7/8 °C", explique-t-il. De même, les villes côtières sont d'ores et déjà menacées par la montée des eaux. "Il faut arrêter de construire comme si de rien n'était et changer les modes constructifs : c'est le véritable défi à relever".

 

Penser le développement différemment

 

Car les cités sont de grandes consommatrices d'énergie pour leur construction et pour leur fonctionnement au sens large, en comptant les transports. "Le premier levier sera l'efficacité énergétique, dans le bâtiment et l'urbanisme. Egalement le développement des renouvelables avec une part croissante de l'électricité dans l'énergie, notamment pour la mobilité", estime le climatologue, confirmant la tendance déjà observée. Le spécialiste plaide pour une limitation des émissions liées aux villes : "Cela tient à leur conception". D'autres problèmes devront également être résolus, comme l'artificialisation des sols ou le problème de la diminution des surfaces arables. "Mais si elles sont bien conçues, les villes seront au cœur de la réussite", assure-t-il.
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