Le commissaire européen au Commerce, Karel de Gucht, va déterrer la hache de guerre : il pourrait proposer ce mercredi 8 mai d'instaurer de nouvelles taxes d'importation sur les panneaux solaires provenant de Chine. Explications.

C'est le jour de la Victoire, célébrée en Europe le 8 mai, que Karel de Gucht pourrait choisir pour proposer à la Commission européenne d'imposer des "tarifs punitifs" de 30 %, voire 50 %, de la valeur du produit, sur les modules solaires chinois. Des taxes d'importation destinées à lutter contre des pratiques de distorsion de la concurrence dont bénéficieraient les producteurs asiatiques, soutenus par des subventions cachées illégitimes leur permettant de pratiquer un dumping des prix. Selon le quotidien Les Echos, cette mesure ne serait toutefois que provisoire : l'enquête lancée au mois de septembre 2012 ne devrait en effet rendre ses conclusions qu'en décembre de cette année. Cette taxe serait donc destinée à accentuer la pression sur des autorités chinoises pour qu'elles cessent ces pratiques frauduleuses.

 

Un affrontement économique
Aux Etats-Unis déjà, de telles mesures ont été décidées en 2011 et 2012. Pékin pourrait, en réponse lever à son tour des barrières douanières contre les produits européens entrant sur son sol. L'Allemagne, un des principaux partenaires commerciaux de l'Empire du Milieu voit donc d'un mauvais œil cette initiative qui assombrirait ses perspectives économiques, notamment dans le secteur automobile. Berlin appelle donc à la prudence. L'Institut économique indépendant Prognos estimait, au mois de février dernier, que l'application de mesures anti-dumping se traduirait par d'énormes pertes d'emplois dans l'Union, estimée à plus de 115.000 dans le cas d'une taxation à 20 %. La perte de valeur ajoutée serait alors de presque 5 Mrds €, tandis qu'en trois ans, le manque à gagner atteindrait les 18 Mrds € avec 175.000 emplois détruits. Dans le cas d'une taxe encore plus élevée de 60 %, les disparitions d'emplois pourraient même dépasser les 200.000 postes (dans la filière, en amont et en aval : fournisseurs de matières premières, de matériels, installateurs, concepteurs de systèmes, financeurs de projets) et la facture grimper à 27 Mrds €… Les mesures protectionnistes pourraient en effet entraîner un renchérissement du prix de l'énergie et retarder la transition écologique des énergies fossiles vers les renouvelables.

 

Des installateurs en faveur de taxes
Mais les installateurs européens, concernés par cette guerre des prix des modules photovoltaïques cristallins, se prononcent assez majoritairement en faveur de l'instauration de cette taxe qu'ils estiment justifiée pour des questions d'égalité et de libre concurrence. Rappelons que, outre l'enquête sur les capteurs, une seconde enquête anti-subvention a été ouverte portant sur le verre solaire provenant de Chine suite à un dépôt de plainte des industriels européens d'EU Pro Sun Glass. L'affrontement ne fait donc que débuter.

 

Le marché européen et les fabricants chinois :
En 2012, 16,5 GW de puissance photovoltaïque ont été installés et raccordés au réseau électrique européen, dont 15,2 GW provenant de modules cristallins. Le marché de ces modules est tenu principalement par les entreprises chinoises, pour qui l'Europe représente 80 % de leurs débouchés commerciaux.
Les pays de l'Union européenne ont importé pour plus de 20 Mrds € de panneaux solaires et de composants chinois.
Sources : EU Pro Sun & Europressedienst
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